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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 09:49

               Vercingétorix

 

Chapitre III - Le peuple arverne

 

3. Puissance de l'aristocratie ; esprit d'association et de famille

 

Une aristocratie vigoureuse et impérieuse prit pied dans ce pays où une cime commande à tant de basses terres, où un roc suffit à entraver l’existence d’une longue vallée : Tournoël, Murols, Chastel-Marlhac, Montboissier, le maître d’un de ces châteaux était fatalement celui de milliers d’hommes. Qu’on songe ensuite à ces immenses forêts, à ces plateaux dénudés, à ces pâturages monotones qui s’allongent souvent au pied de ces roches isolées et dominatrices, forêts et plateaux où il est malaisé de diviser la terre : on comprendra que l’Auvergne a été longtemps un pays de vastes domaines et de chefs de clans. Et, à part les différences que les religions et les siècles ont mises à l’extérieur de leurs corps et aux pensées de leurs âmes, tous ces maîtres de terres et d’hommes se sont ressemblés. Vercingétorix a commencé la lutte contre César avec ses clients et ses ressources personnelles ; Ecdicius, qui peut nourrir quatre mille pauvres dans une famine, déclare à lui seul la guerre au roi Euric et lève une armée à ses propres frais. Chez l’un et chez l’autre, la richesse et la puissance furent les plus sûrs garants de l’audace et du courage. Et on peut suivre d’âge en âge l’initiative impénitente de leurs héritiers, jusqu’au jour où la colère de Richelieu et les Grands Jours de Clermont ont fait les dernières brèches dans les châteaux.

En Auvergne, l’homme isolé se sentait impuissant : qui ne dépendait pas d’un grand s’associait à des égaux. Nous ne connaissons pas encore la vie d’une bourgade industrielle à l’époque gallo-romaine, telle que Toulon et Lezoux ; mais nous savons par Grégoire de Tours avec quelle rapidité les communautés de moines se sont formées dans la contrée, tantôt cachées dans les profondeurs des vallons, tantôt maîtresses des sommets eux- mêmes, et opposant ainsi à la force d’un grand la résistance d’hommes associés pour le travail. Plus tard, au Moyen Age, les communes des Bonnes Villes d’Auvergne ont offert de semblables asiles. À côté des bourgeoisies municipales (et ceci fut plus fréquent et plus durable en Limagne que n’importe où), se fondèrent des sociétés rurales, réunissant sous un maître ; électif les membres de plusieurs familles, ayant terres et traditions communes, et parfois aussi (est-ce certain ?) l’usage de repas pris en commun : on aurait dit une réminiscence des tribus antiques, et l’Auvergne, comme le Morvan, la présentait encore il y a peu d’années.

Aussi bien tout le peuple héritier des Arvernes a-t-il, de la vie d’autrefois, conservéfamille gauloise assez fidèlement l’esprit ou plutôt le sens patriarcal. La vie de famille est fort développée, surtout dans la montagne ; le prestige que la loi romaine donnait au père et au mari est à peine affaibli ; et l’existence même d’une maisonnée risque rarement de finir, car le montagnard ne redoute pas une lignée nombreuse, et la femme est capable de la lui donner. On a parfois, sur les hauts plateaux, l’image de la gens patricienne, avec cette différence que la vigueur des mères ne laisse pas s’éteindre le foyer domestique.

Fléchier écrivait, avec une malice d’assez mauvais goût, que chez les gens d’Auvergne, les femmes ne seraient stériles que longtemps après les autres, et le jour du Jugement n’arriverait chez eux que longtemps après qu’il aurait passé par tout le reste du monde. Les anciens étaient effrayés de cette multitude d’hommes que répandaient sur la terre les flancs robustes des femmes gauloises : peut-être pensaient-ils surtout au peuple arverne.

En tout cas, il n’est pas impossible qu’il ait eu dès l’antiquité cette prééminence de la fécondité qui rend les nations plus braves et le patriotisme plus tenace.

 

4. Goût des entreprises lointaines

 

Mais, sauf en Limagne, la terre, souvent ingrate, ne peut nourrir de grandes masses d’hommes : et il n’est pas certain que les Gaulois aient désiré acquérir à tout prix de nouveaux labours au détriment de leurs forêts. Aussi, cette population débordait et déborde sans cesse. Non seulement elle est trop productive pour se laisser entamer, pour ouvrir des vides à de nouveaux venus, mais elle devait toujours déverser des printemps d’hommes en dehors de son domaine.

Ce domaine, l’Arverne avait encore la tentation de le quitter en apercevant, des plus hauts sommets de sa montagne, l’immensité d’horizons nouveaux. Du Puy de Dôme, le regard se perd dans les plaines de l’Allier ; du Puy de Sancy, il descend vers la vallée de la Dordogne ; et du Mont Mézenc, il devine au loin les clartés de la Provence.

Aussi les Arvernes eurent-ils, au moins aussi tôt que les autres Gaulois, le goût des courses lointaines, et le gardèrent-ils plus longtemps que d’autres. On trouve des hommes de leurs tribus parmi ces Celtes, qui, des siècles avant notre ère, franchirent les Alpes pour aller fonder une Gaule italienne. Quand, en 207, Hasdrubal traversa les plaines narbonnaises, il y rencontra des Arvernes, et il n’eut pas de peine à les entraîner vers les champs de bataille de l’Apennin. Dans le siècle qui suit, nous verrons des armées arvernes sur le Rhône ; et, si l’hégémonie de ce peuple s’étendit alors jusqu’à l’Océan et aux Pyrénées, il n’est pas improbable qu’elle s’établit à l’aide de bandes humaines périodiquement descendues vers la Gaule de tous les flancs du plateau central.

Il est toujours dangereux d’expliquer le passé par le présent. Pourtant, quand une nation a offert du Moyen Age jusqu’à nos jours les mêmes caractères, on peut croire qu’elle les possédait déjà dans l’antiquité : si les anneaux sont assez nombreux et assez solides pour faire à partir du présent une chaîne continue, il peut être permis de l’allonger vers le passé de quelques siècles encore. D’autant plus que la terre de France a peut-être plus changé, depuis trois siècles, que la terre de Gaule en un millénaire. Or, de nos jours, l’habitant de l’Auvergne, du Cantal surtout, est parmi les Français un de ceux qui émigrent le plus volontiers ; il y a trente ans, on évaluait à plus de dix mille le total des départs annuels, sans que du reste la population de l’Auvergne en fût diminuée ; sous Louis XIV, les intendants portaient au même chiffre (dix à douze mille) le nombre des  émigrants de la province ; au Moyen Âge, les gens de ces pays étaient les plus envahissants des pèlerins de Saint-Jacques, priant et bricolant partout. Ne serait-ce pas pour des causes semblables qu’avant l'ère chrétienne, les seuls combattants étrangers que Carthaginois et Romains aient rencontrés au sud des Cévennes fussent des soldats arvernes ? Émigrant dans une société paisible, pèlerin dans les âges de foi, l’Arverne était, aux époques d’aventures, l’homme des longues équipées.

 

À suivre...

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Published by Lutece - dans Livres-Romans
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commentaires

sittelle 16/12/2011 18:22

J'ai tous les Pernoud depuis bien trente ans... elle a vécu la guerre au château de Rosny sur Seine (Sully) où elle a classé les archives( sa bio: Villa Paradis). Dans ce roman, c'est vrai, il y a
des bases historiques intéressantes et M. de Grèce annonce clairement la couleur;il y a d'autres historiens qui partageraient sa vue je crois d'après le site Herodote; en tout cas il n'enlève rien
à la personne et la sainteté de Jeanne , bien au contraire. Bonnes vacances.

sittelle 14/12/2011 14:24

Merci de la lettre de décembre; je pense à cliquer, mais je doute que cela serve à quelque chose; mes amis blogueurs sont mécontents du système également... je viens de regarder mes statistiques de
novembre: 3098 visites et 455 commentaires pour 1,59 euro; juste de quoi garder le blog gratuitement pour un an avec les points. En principe je choisis un thème pour la pub dans les références de
publication; je choisis presque toujours Renault puisque l'usine est chez nous, mais ça ne sert à rien, c'est OB qui choisit en fait.
Je saisis cette occasion pour vous demander si vous avez lu la Conjuration de Jeanne d'Arc de Michel de Grèce?... un aspect très intéressant . Bonnes vacances

Lutece 16/12/2011 01:21



Concernant la pub, ma décision est quasiment prise, je vais la supprimer début 2012. J'ai écris à OB pour leur dire que s'ils ne partagent pas plus équitablement les recettes publicitaires, si
celles-ci sont dérisoires pour les bloggeurs, je retirerai purement et simplement la pub de mon blog et ferai part de ma décision aux bloggeurs de ma connaissance. De moi tout seul évidemment,
ils se fichent pas mal, mais si nous sommes nombreux à retirer la pub de nos blogs, cela va obligatoirement les faire réagir. J'ai aussi signalé mon mécontentement concernant le fait que nous ne
controlons plus du tout le choix des annonces publicitaires. Si encore cela nous avait permis d'améliorer notre rémunération cela pourait être acceptable, mais ce n'est pas du tout le cas. J'ai
la très nette impression d'être pris pour un idiot et il y a des limites !


Non je n'ai pas lu la Conjuration de Jeanne d'Arc, et je ne lirais pas ce livre car c'est un roman, et je me méfie des romans
historiques sauf lorsque j'ai confiance en l'auteur. A propos de Jeanne d'Arc je préfère lire Régine Pernoud, véritable et honnête spécialiste de notre héroïne nationale.


A bientôt.



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