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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 01:01

Le vaste territoire historique que l’on nommait jadis la « nation picarde », occupant les plaines situées entre l’Île-de-France et la Flandre et incluant l’Artois et le Hainaut, doit en grande partie son origine à la période de l’indépendance celtique. Toponymie, coutumes et traditions, noms et emplacements des villes, découpage des différentes entités le constituant sont en effet un héritage direct de cette époque et de cette culture. Cela ne veut évidemment pas dire que les autres strates historiques n’ont pas compté. Mais toutes se sont fondues dans une personnalité culturelle héritée de cette période fondatrice.

  

  Que l’on en juge plutôt à travers la pérennité du découpage. Le pays des Bellovaques est devenu le Beauvaisis, celui des Silvanectes a laissé son nom au Senlissois, le territoire des Veromanduens est devenu le Vermandois, celui des Suessions, le Soissonais, celui des Ambiens, l’Amiénois. Enfin, le pays des Morins est devenu... le Boulonnais (c’est le seul qui, tout en conservant le territoire tribal a pris un nom différent). Six tribus celtes ont légué aux siècles suivants les noms et les limites de ce qui furent des évêchés, des comtés, des pays... Dès cette époque antérieure à la conquête romaine, un réseau de routes reliait les principales localités fondées par ces tribus. On reconnaît aisément leurs noms dans les anciennes capitales de celles-ci : Amiens, Beauvais, Soissons, Senlis ou Vermand en attestent. Quant au seul nom qui échappe à cette règle, celui de Boulogne-sur-Mer, il porta lors de sa fondation celui de Bononia pour être romanisé ensuite en Portus Itius avant de reprendre plus tard son nom celtique à peine modifié en Bolonia.

carte-picardie

 

   Formation des peuples celtes de Picardie

  Or, il est remarquable de constater que chacune de ces entités picardes correspond à un espace économico-culturel cohérent avec ses spécialités, ses traditions, ses nuances architecturales et ses productions spécifiques. Comme si, à travers ces constantes, le vieux découpage celtique adressait au monde moderne un clin d’oeil signifiant : « Nous sommes toujours là ! » Les écoliers de ce pays n’apprennent pas — et c’est regrettable — l’Histoire de ce qui fut l’élément fondateur de la personnalité de leurs terroirs. On leur parle de Rome mais pas de ceux qui furent là avant. Comment les peuples celtes se formèrent-ils dans ce qui allait devenir la Picardie ? L’histoire vaut d’être contée car elle n’est pas des plus connues.

  Dès le Premier Âge du Fer et probablement même dès la fin de l’Âge du Bronze, les régions situées au nord de la Seine appartenaient déjà à un ensemble de populations celtiques. Mais c’est à partir du début du IIIe siècle avant J.-C. que la future Picardie va prendre son découpage définitif avec l’arrivée et l’établissement des tribus belges, appartenant également au monde celtique, mais provenant de secteurs situés très à l’est du Rhin (d’où la future confusion des auteurs latins avec les « Germains », encore pieusement compilée par bien des historiens actuels qui ne se rendent pas compte que ce terme n’avait pas alors le même sens), en fait d’Europe centrale. Parmi ces nombreux groupes belges, citons les Parisii, les Nerviens, les Ménapiens, les Atrébates, mais aussi évidemment nos fameux Suessions, Ambiens, Bellovaques, Silvanectes, Morins et autres Veromanduens cités plus haut. Il paraît attesté que cette installation ne se fit pas sans heurt, même si les deux groupes de populations qui s’affrontèrent étaient d’une commune origine celtique. Quelques témoins de ces temps sont parvenus jusqu’à nous, le plus impressionnant étant sans nul doute celui de Ribemont-sur-Ancre, dans la Somme [voir plus bas]. Un trait commun à tous les grands peuples celtes de Belgique (dont faisait partie la future Picardie) est constitué par le maintien à leurs frontières de très petites tribus qui sont vraisemblablement les vestiges des populations pré-belges (tels les Catuslogi de la baie de Somme).

 

Gaulois-photo1 

   Les sanctuaires celtes de Picardie

 

  C’est en Picardie que l’on trouve l’une des plus grandes concentrations de temples et sanctuaires celtiques, qu’il faut bien attribuer aux druides. Outre Ribemont-sur-Ancre et Gournay-sur-Aronde, il faut aussi citer Tartigny, Rouvroy-lès-Merles, Saint-Maur-en-Chaussée, Estrées-Saint- Denis (Oise), Conchil-le-Temple (Pas-de-Calais), Saint-Vast-en-Chaussée, Fouilloy, Estrées-sur-Noye, Cocquerel, Proyart, Chilly, Fluy, Fontaine-sur-Somme (Somme) Ces temples, de plan généralement carré ou rectangulaire, ont continué à être fréquentés après la conquête de la Gaule et ont donné lieu à des réaménagements gallo-romains qui masquaient bien souvent les temples indigènes que l’on s’attache à retrouver aujourd’hui.

  L’entrée des temples était orientée face au soleil levant et ils contenaient toujours, pour autant que l’on ait pu procéder à des fouilles poussées, un bosquet d’arbres, à l’intérieur de l’enclos, témoin pérenne du rite druidique du bois sacré.

  On peut donc dire que la Picardie fut doublement celtisée. D’abord à la fin de l’âge du Bronze et au tout début de l’âge du Fer, puis par une seconde vague au IIIe siècle avant J.-C.

  Rien d’étonnant donc à ce que cette région ait conservé un tel héritage celtique, toujours présent à travers des traditions, des lieux et des toponymes.

 

Ribemont-sur-Ancre

  En 1982, un ossuaire gaulois fut découvert à Ribemont-sur-Ancre. Les premières interprétations furent erronées car on voulut y voir un témoignage de sacrifices. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’on comprit enfin de quoi il s’agissait vraiment. L'archéologue J.-L. Brunaux, qui a fouillé le site, croyait en effet au début que le temple celtique avait été le lieu de sacrifices humains importants, du fait de la présence de nombreux ossements, avant de comprendre, une dizaine d’années plus tard, qu’il n’en était rien et qu’il s’agissait d’un considérable monument commémoratif de la victoire des Belges sur les premiers occupants et que les corps exposés avec leurs armes correspondaient à un très ancien rite d’exposition de trophées (qui n’était d’ailleurs pas exclusif aux Celtes, à certaines périodes). Cet extraordinaire sanctuaire fut érigé sur le lieu d’une importante bataille gagnée par les Belges (Ambiens) sur le peuple celte antérieurement établi (de souche vraisemblablement armoricaine). Le millier de cadavres de ces derniers (décapités après leur mort selon le rite bien connu de la conservation des têtes) constitua le trophée. 10 000 armes gauloises y ont également été trouvées, associées à ces restes.

 

    Source : Magazine Keltia N° 16 article de Fabien Régnier

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Published by Lutece - dans Les Gaulois
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commentaires

Keltia magazine 10/02/2013 23:25

Bonjour,
Merci de bien vouloir citer l'auteur de l'article que vous avez publié (il s'agit de M. Fabien Régnier).
Cordialement,
R. Martin
de l'équipe de Keltia magazine

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