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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 14:24

LA FAMILLE GAULOISE.

Alors qu'un peu partout, dans l'Antiquité, mais surtout à Rome, la famille restait plus ou moins dépendante de la tribu, la famille gauloise apparaît comme une entité bien déterminée et formée des seuls membres qui lui sont essentiels : père, mère, enfants. Les individus agissent en leur nom propre et en celui-là seul. Au point que les parents très proches par le sang peuvent se trouver complètement séparés ou ennemis dans l'action : ce fut le cas pour Vercingétorix qui fut combattu à outrance par son oncle, le frère de son propre père.
Les Gaulois s'opposaient d'ailleurs systématiquement à toute formation de clans familiaux, comme ils s'opposaient avec un soin jaloux à tout pouvoir personnel. Une loi chez les Eduens défendait à deux frères d'être à la fois magistrats. Et l'on sait que le père de Vercingétorixfut mis à mort par sa nation simplement parce qu'il était soupçonné de vouloir exercer la tyrannie.
Par contre, la famille gauloise apparaît unie des liens les plus solides. Cela vient en grande partie de ce que les Celtes sont strictement monogames. La femme n'est pas regardée comme l'esclave, mais comme l'associée de l'homme; elle jouait un très grand rôle dans la vie de son époux. Même dans les querelles, elle intervient à ses côtés et, s'il faut en croire Ammien Marcelin (l'un des plus importants historiens de l'Antiquité tardive), c'est un adversaire redoutable dont les poings s'abattent rapides et durs "comme des engins de catapultes". Plutarque (philosophe de la Grèce antique), raconte même que les Gauloises intervenaient dans les conseils où se décidaient la paix et la guerre et que l'on recourait à leur arbitrage dans les contestations avec les étrangers.

SABINUS ET EPONINE.

Antérieurement à la conquête romaine, le territoire qui forme aujourd'hui le département de la Haute-Marne était occupé par les Lingones, l'un des peuples les plus anciens et les plus puissants des Gaules.
Ils avaient pour capitale Langres, qui a pris le nom du peuple, mais qui s'appelait auparavant Andomadunum.
Jules César, lors de sa conquête des Gaules ne chercha pas à combattre les Lingons mais au contraire il en fit ses alliés; et ceux-ci lui fournirent des vivres et des contingents dans sa guerre contre les Helvètes.
Vainement l'héroïque Vercingétorix essaya-t-il de les rallier à la cause de l'indépendance nationale. Dans cette lutte suprême du courage gaulois contre l'étranger, ils restèrent indifférents.
Plus tard même, quand Julius Vindex (Gaulois originaire d'Aquitaine et chevalier romain, légat (gouverneur) de la province de Gaule lyonnaise) voulut renverser Néron, ils se déclarèrent contre lui, et soutinrent avec les Trévires, dit Tacite, les intérêts de Néron ; ce dont Galba (empereur romain - 24 décembre 3 av. J.-C. - 15 janvier 69 apr. J.-C. -  qui régna de juin 68 à sa mort) les punit en privant leurs villes de leurs murailles et d'une partie de leur territoire.
Humiliés, ils changèrent d'attitude.
Vitellius et Vespasien se disputant l'empire, la confusion régnait au sein des armées romaines et des révolte se firent de plus en plus fréquentes en Gaule-Romaine.
Le combat mené par Vercingétorix, même s'il fut perdu, était un exemple pour de nombreux gaulois qui attendaient le moment de venger l'Arverne et les druides, malmenés par les Romains prêchaient la guerre.
Les lingons avec à leur tête un chef puissant et renommé qui s'appelait Julius Sabinus décidèrent alors de se révolter à leur tour et de chasser les Romains.
Le courageux et combatif Sabinus mena ses troupes au combat face aux Séquanes, fidèles alliés de Rome.
Après plusieurs combats, il fut vaincu. Réduit à la dernière extrémité, il hésita sur ce qu'il deviendrait. La fuite en Germanie lui était facile ; mais, uni depuis peu par amour à une jeune Gauloise nommée Éponine, il préféra braver tous les périls plutôt que de se séparer de celle qu'il ne pouvait ni abandonner niemmener avec lui.
Suétone (en latin Caius Suetonius Tranquillus), un polygraphe et un érudit romain ayant vécu entre le Ier et le IIe siècle, principalement connu pour ses Vie des douze Césars, qui comprend les biographies de Jules César à Domitien, raconte l'histoire de Julius Sabinus. Si Suétone, en tant que romain est très critique vis à vis du chef gaulois, il dresse un portrait beaucoup plus favorable de son épouse Éponine :

Éponine, douée d'une rare beauté, et d'une vertu encore plus rare, épousa Sabinus, homme très riche et très ambitieux. Pendant les troubles qui désolèrent la Gaule, sous les règnent d'Othon, de Vitellius et de Vespasien, chaque général d'armée, chaque gouverneur de province se crut en droit de prétendre à l'autorité souveraine.
Sabinus, soutenu des habitants de Langres, ses compatriotes, osa se faire saluer empereur. Cet homme vain, audacieux, disait descendre de Jules-César; il conçut l'espérance d'abattre ses compétiteurs, et de régner sur les Romains. Mais il devait expier sa révolte par la défaite entière de ses troupes, et gémir sur le sort de ses partisans. Les uns échappèrent par la fuite au courroux du vainqueur, les autres se donnèrent eux-même la mort, pour éviter detomber au pouvoir des généraux romains, ennemis implacables dans leur vengeance.
Sabinus aurait pu trouver un asile au fond de la Gaule; mais il aimait tendrement sa femme, et en était tendrement aimé. Ne voulant pas l'abandonner, il se retira dans une maison de campagne, où se trouvaient des souterrains qu'il était impossible de découvrir. Parmi les nombreux domestiques de Sabinus, deux affranchis honorés de sa confiance, connaissaient seuls le secret de ces souterrains. Sabinus Leur communiqua la résolution qu'il avait prise de s'enfermer dans ce triste séjour, jusqu'à l'époque où les événements lui permettraient d'espérer la grâce de sa rébellion. Pour empêcher toute recherche, il fit courir le bruit de sa mort. Il assembla auparavant ses esclaves, et leur dit qu'après le malheur qu'il venait d'éprouver, il ne savait que trop que ses ennemis nourrissaient l'intention de lui faire souffrir les plus cruels supplices, et que, pour échapper àleur barbarie, il était déterminé à se donner lui-même la mort. Après ce discours, il les remercia de leurs services, leur distribua des récompenses, et les congédia tous, à l'exception de ses deux affranchis, qui reçurent de lui des instructions particulières. Ensuite il s'ensevelit dans le souterrain, et commanda qu'on mit le feu à sa maison.
Les deux affranchis publièrent partout que leur maître avait pris d'une main un breuvage empoisonné, tandis que de l'autre il avait incendié sa maison, afin de préserver ses restes de tout outrage. Ce récit plongea Éponine dans la plus vive affliction : ses regrets, ses larmes, ses sanglots accréditèrent le bruit déjà universellement répandu, et les personnes les plus distinguées de la ville s'empressèrent de venir porter des consolations à la femme de Sabinus. Cependant de désespoir d'Éponine s'accroissant à chaque heure, elle ne se sentit point la force de survivre à la perte d'un époux adoré : déterminée à le suivre au tombeau, elle passa trois jours sans prendre de nourriture. Sabinus, informé de la situation affreuse de sa femme, et craignant qu'elle ne porta trop loin sa douleur, envoya un de ses affranchis lui révéler la vérité.
Rendue au bonheur par cette nouvelle inattendue, Éponine sentie combien il était important de feindre, et ne changea rien à l'expression extérieurs de sa tristesse. Mais, brûlant d'impatience de revoir son époux, elle alla le trouver la nuit. Comme cette course mystérieuse n'éveilla nul soupçon, elle la renouvela chaque jour pendant sept mois. Néanmoins, la plus légère imprudence pouvait faire découvrir cet important secret; Éponine renferma son mari dans un coffre rempli de vêtements, et le ramena ainsi chez elle. Les affranchis représentèrent à leur maîtresse qu'elle compromettait la sûreté de Sabinus en le laissant dans une maison fréquenté par tant de monde. Cette tendre épouse céda à leurs raisons. Sabinus fut donc conduit dans sa triste demeure, où, pendant neuf ans, il reçut chaque jour les visites d'Éponine, sans que personne se doutât qu'il existait encore.
                                 Sabinus et Éponine par Étienne-Barthélémy Garnier (1810)

Mais toutes les mesures de la prudence faillirent échouer contre un événement qui causa à la fois aux deux époux les plus vives alarmes que la plus vive joie. Éponine Devint enceinte. Pour cacher àtous les yeux sa grossesse, il imagina de se frotter d'une certaine drogue propre àfaire gonfler sa peau : de sorte que l'enflure générale de son corps déguisa sa véritable situation. Éponine mit au monde deux enfants jumeaux, qu'elle nourrit dans la caverne de Sabinus.
Les nouveaux devoirs qui la tenait souvent éloignée de sa maison, ouvrirent un vaste champ aux conjonctures. O, épia les démarches d'Éponine avec tant de soin qu'on parvint à découvrir la retraite de Sabinus. On l'arrêta ainsi que sa femme; et tous deux, chargés de chaînes, furent conduit à Rome avec leurs enfants.
Éponine se jette aux genoux de Vespasien, lui présente ses enfants, et les larmes aux yeux : "Depuis longtemps j'aurais sollicité de votre clémence la grâce de Sabinus. Egaré Parde mauvais conseils, il songeait plutôt, en se mettant à la tête d'un parti, à se dérober à la violence de nos tyrans, qu'à monter sur le trône; mais j'ai attendu que mes fils, innocent des fautes de leur père, fussent en état de joindre leurs pleurs et leurs soupirs aux miens. Ils ont pris naissance dans une retraite souterraine; là je les ai nourris; là, privés de la lumière et de la société des hommes, ils ont, depuis neuf ans, expié le crime de leur père. Soyez touché de leur infortune; n'exercez pas sur ces malheureux enfants un acte de rigueur inutile à votre pouvoir". Ces paroles, Sabinus, Éponine et leurs jeunes fils prosternés aux pieds de Vespasien, émurent toutes les âmes. Nul témoins de cette scène ne doutait que l'empereur n'accorda la vie de Sabinus aux prières d'une femme qui avait donné un si rare exemple d'amour conjugal et d'amour maternel. Mais l'ambitieux Vespasien, que dévorait sans cesse la soif de la puissance, et que tourmentait l'effroi de la perdre, méconnut le plaisir si doux de pardonner; il se montra inexorable, et condamna Sabinus à mort.
Constamment généreuse, Eponine voulut partager le supplice de son époux. Dès qu'elle n'espère plus le sauver, ses larmes cessent de couler : "Je ne regrette pas de perdre la vie", dit-elle avec fierté à Vespasien, "puisque j'ai du moins joui de la félicité de passer neuf ans avec mon mari dans les ténèbres d'une caverne. Mon sort est plus beau que le vôtre, malgré l'éclat et la pompe qui environnent votre trône. Mon coeur ne me reproche rien; vous ne pouvez en dire autant; et, quelle que soit votre grandeur présente, vous n'empêcherez pas que le souvenir de vos cruautés ne souille à jamais votre mémoire".
Éponine couronna la vie la plus vertueuse par une mort héroïque.

Les fils d'Eponine et Sabinus  furent séparés, envoyés l'un à Delphes l'autre en Égypte.

 

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Published by Lutece - dans Les Gaulois
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commentaires

Bandelier 30/01/2016 14:29

j ai vecu a chalindrey enfant j allais souvant voir cette grotte c un de mes meilleurs souvenir merci pour toutes ses informations c est tres emouvant pour moi j etais tres jeune a l epoque j ai 50 ans a présent merci

mendragor 16/08/2009 13:45

J'ai toujours plaisir à venir te lire.Au sujet de la famille, les Gaulois avaient beaucoup de valeurs que les Romains ne connaissaient pas et n'ont d'ailleurs jamais eues. Je suis peu présent sur Over-blog car très pris ailleurs mais je reste toujours un de tes fidèles lecteurs...Tes articles sont de grande qualité.
Bon début de semaine.

Lutece 22/08/2009 17:32


Merci pour ton sympathique soutient. Le blog a une audience satisfaisante et en progression, cela me motive pour continuer à rédiger des articles.
Amitié.


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