Partager l'article ! NOS ANCETRES LES BARBARES A SAINT DIZIER: &n ...
Inviolées depuis 1500 ans, les sépultures de trois aristocrates de Champagne,certainement Francs d'origine et enterrés entre 520 et 550
ainsi que celle du cheval de l'un d'eux ont été mises à jour à Saint Dizier en 2002.
Jusqu'au 30 juin 2009, une exposition tout à fait exceptionnelle nous permet de les découvrir !
Ces contemporains des fils de Clovis livrent un pan de la longue épopée barbare qui fera de la dynastie mérovingienne la première puissance
européenne. Le mobilier funéraire des deux hommes et de la jeune femme est également exceptionnel, comptant près de 50 objets qui révèlent les premières traces d'un artisanat ancien : travail du
verre, orfèvrerie forge... Aujourd'hui restaurées , ces pièces témoignent du statut de ces aristocrates. Une épée porte par exemple un anneau doré et des inscriptions runiques*.
Les rois "barbares" de cette époque étaient ce que les sagas de scandinavie, dont les Francs étaient originaires, appellent des donneurs
d'anneaux ou (et oui !) Seigneurs des anneaux. Ils donnaient aux "grands" du royaume des anneaux que ces derniers soudaient à leurs épées.
Des bagues en or et pierres précieuses ont retrouvé leur éclat originel. Les analyses physico-chimique ont entre autres révélé la présence,
sur un fermoir d'aumônière,** de lapis-lazuli provenant des confins irano-afgans : c'est la première pierre précieuse de ce type retrouvée sur un objet de l'époque mérovingienne. De la soie
provenant d'Orient est également exposée, témoignant ainsi du fait que les Francs n'hésitaient pas à commercer bien loin de chez eux. La qualité, la quantité et les décors de la vaisselle et des
verreries sont également supérieurs à ceux découvert dans d'autres tombes de l'époque. Ces trésors découverts sont d'autant plus rares qu'au 19ème siècle, une grande partie du matériel
retrouvé dans des tombes de rois mérovingiens fut volé, tel le trésor de Childéric (le père de Clovis) :
Le 27 mai 1653, lors de travaux effectués près de l’Église St Brice, Adrien Quinquin, un ouvrier sourd-muet, mit fortuitement au jour, un
trésor. Il venait de découvrir la tombe de Childéric. Celle-ci contenait des pièces d’or et des monnaies d’argent, une bague sigillaire portant l’inscription «Childerici Regis », des bijoux, une
épée, mais surtout trois cents abeilles en or et verre grenat façonnées selon la technique des « bijoux cloisonnés » répandue à l’époque mérovingienne.
La « fouille » qui suivit sa mise au jour ne fut évidement pas menée avec la précision souhaitable. Le doyen de la paroisse ne recueillit qu’une partie du matériel découvert.
Jean-Jacques Chifflet, médecin et historiographe, étudia les pièces récupérées et publia en 1655 un ouvrage intitulé « Anastasis Childerici I Francorum Regis » qui reste de nos jours la source
essentielle pour la connaissance du trésor de Childéric.
Le trésor de Childéric fut offert en 1665 à Louis XIV par l’empereur Léopold Ier en remerciement de l’aide militaire reçue contre les Turcs. Le trésor de Childéric fut alors déposé au Cabinet des
Médailles de la Bibliothèque Royale où il fut pratiquement oublié.
En 1831 le Cabinet des Médailles fut victime d’un vol considérable. Dans le butin se trouvait le trésor de Childéric. Un certain nombre d’objets furent fondus et le reste fut retrouvé immergé
dans la Seine dans des sacs. Aucun inventaire du trésor n’ayant été dressé entre 1665 et 1831 on ne sait exactement l’ampleur de ce qui a été perdu à ce moment. Mais sur les 300 abeilles
initiales, il semblerait que déjà en 1665, il n’en restait plus que 27; aujourd’hui, seuls deux exemplaires peuvent témoigner de la richesse de Childéric.
Depuis lors, le trésor de Childéric (du moins ce qu’il en reste) est conservé au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale à Paris.
En héraldique, les abeilles sont un symbole d'immortalité et de résurrection suite à leurs métamorphoses, de grandeur d’âme et de sagesse et de sociabilité grâce à l’organisation sans faille de
la ruche et à leur caractère laborieux.
Considérées comme le plus ancien emblème des souverains de France, Napoléon fit broder les abeilles de Childéric sur son manteau impérial, rattachant ainsi symboliquement sa dynastie naissante
aux origines de la France.
L'exposition a en outre l'excellente idée de dépassé le simple cadre des fouilles, dressant un panorama du peuplement de l'Europe au VIème siècle, le contexte politique complexe d'un royaume
partagé que les descendants de Clovis se disputeront, les influences, les us et les rites communs, la christianisation... Plus de deux cents objets prêtés par les musées français et européens
sont ainsi mis en perspective avec le trésor de Saint Dizier, composant un ensemble spectaculaire : reconstitution des trois sépultures mérovingiennes dans des matériaux contemporains, mise en
scène des personnages parés de leurs riches attributs, tels qu'ils furent inhumés 1500 ans plus tôt.
Un catalogue complète l'exposition, rédigé par des scientifiques de renom et richement illustré. Des conférences mensuelles prononcées par des experts de l'époque mérovingienne (professeurs,
historiens...), ont lieu pendant toute la période de l'exposition. Des spectacles vivants réguliers viennent aussi animer la manifestation. Tous ces éléments nous permettront de comprendre qu'au
VIème siècle, les Francs ne sont plus des "Barbares".
Quelques photos de l'exposition :
http://www.linternaute.com/sortir/exposition/photo/nos-ancetres-les-barbares/les-tresors-de-nos-ancetres-les-barbares.shtml
http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Decouvrir/Multimedias/Visites_virtuelles/Les_tombes_de_Saint_Dizier/p-2346-Le_mobilier_des_tombes_aristocratiques_de_Saint_Di.htm
Vidéo de présentation de l'exposition :
http://www.ville-saintdizier.fr/video,80136,fr.html
* L'alphabet runique était l'alphabet utilisé par les anciens peuples de langue germanique, tels que les Anglo-saxons (pour écrire le vieil anglais) ou les Scandinaves.
** Bourse que l'on suspendait à la ceinture. Elles sont faites de tissus souvent richement brodés de fils d'or, d'argent ou de soie de couleur. On y rangeait de petits objets et des pièces de
monnaie.
_ Quand Clotilde exhorte Clovis
A partir d'une pièce en cuivre ou en bronze, on applique des bandelettes métaliques pour former des alvéoles. Ces alvéoles vont ensuites être remplies d"émail puis le tout sera cuit puis poncé et enfin poli.
Cette technique permet d'associer de façon harmonieuse différentes pierres précieuses, donnant un effet de fondu l'un dans l'autre, elle demande patience et habileté.