Lundi 23 janvier 2012 1 23 /01 /Jan /2012 06:53

  On a longtemps crut que les Égyptiens avaient été les premiers à fabriquer de la bière. Or, des découvertes successives ont montré que le Moyen-Orient ancien avait connu ce breuvage. L'antique civilisation sumérienne nous a légué les premières traces écrites concernant la bière connues à ce jour : des textes gravés en caractères cunéiformes sur des tablettes d'argile, remontant à plus de six mille ans, attestent que parmi les victuailles des festins, la bière était omniprésente. Mais il est vraisemblable que les origines de ce breuvage sont encore plus anciennes .

  La bière a dû apparaître, en effet, à l'âge néolithique, dès que les premiers hommes ont commencé à récolter les céréales et à les conserver pour une consommation ultérieure. Par la cuisson des graines et leur fermentation dans l'eau, l'homme des cavernes a pu produire une boisson à la fois nourrissante, désaltérante et se conservant facilement.
  Appelée Sikaru et fabriquée généralement à partir d'orge, la boisson que consomment les Sumériens est déjà un produit complexe. Les Égyptiens montrèrent très tôt une dilection pour "le vin d'orge", qui fut leur boisson nationale. Les techniques de fabrication utilisées à l'époque, décrites sur les fresques de monuments et sur des papyrus, consistaient à broyer en farine les céréales (orge, millet, épautre –› variété de blé), puis, additionnées d'un peu d'eau, à former des pains avant d'être cuites au four, permettant ainsi de les conserver et de les transporter.

  À la même époque, à l'autre bout du monde, les Chinois connaissent également la bière et sont, techniquement, bien plus avancé que les civilisations se trouvant sur les bords de la Méditerranée. Le Tsiou, comme ils l'appellent, est une boisson à base de millet, bien clarifiée et ayant achevé sa fermentation. Il ne s'agit déjà plus de pain liquide, mais d'une liqueur enivrante. Les civilisations grecques et romaines n'accordèrent pas la même faveur à la bière que les Égyptiens qui la leur avaient fait connaître. Elles vont être les premières cultures à se détourner de la bière, au profit du vin, symbole du sang du Christ dès le début de la chrétienté.
   C'est pourtant, sous l'influence de Rome que la bière fut introduite dans la péninsule ibérique, et qui sera à l'origine de la diffusion de la bière en Gaule.
   Les Germains l'adoptèrent au Ier siècle avant notre ère. Ils la fabriquaient avec de l'orge, du froment ou de l'avoine malté et l'aromatisaient avec du miel ou du gingembre. Ils en transmirent l'usage aux pays du nord, qui en firent leur boisson exclusive après le IIIe siècle après J.C. À l'époque, on ne parlait pas de bière, mais de cervesia (“cervoise”). Ce terme évoquait la Ceresis vitis (“vigne de Cérès”) et faisait référence à la légende selon laquelle Cérès, déesse des moissons et des céréales, aurait découvert la boisson et en aurait fait bénéficier les peuples dont les terres ne se prêtaient pas à latonneau.jpg

culture de la vigne. La cervoise était donc appréciée des Gaulois. La popularité qu'elle allait connaître tient notamment, à la crainte des maladies que pouvait provoquer la consommation d'eau de mauvaise qualité. Par sa fabrication, la cervoise apparaissait donc comme une boisson sans risque. De ce fait, elle s'intégra à l'alimentation quotidienne. La préparation ressemblait fort à celle des Anciens. Toutefois, la brasserie progressa. Aux Gaulois revient le mérite d'avoir inventé le foudre et le tonneau en bois. Le premier était réservé à la fermentation et à la maturation, le second à la conservation et au transport.

 

     La fabrication.


  La première étape est le maltage (on trouve des malts dans le commerce). Les Gaulois conservaient leurs céréales dans des silos, les grains germaient au contact des parois et dégageaient du gaz carbonique en quantité suffisante pour éviter que la germination ne s’étende à tout le silo (le gaz carbonique protégeait les grains de l’oxydation). On peut imaginer qu’un jour une Gauloise ait eu l’idée de récupérer ces grains germés, de les griller juste un peu pour les conserver plus longtemps, et le malt était prêt ! La couleur de la cervoise dépendra de l’intensité du grillage : blanc, blond, ambré, chocolat…

Le brassage a pour but de transformer l’amidon en sucre, mutation largement favorisée cervoise-brasseur.jpg par les enzymes et bactéries contenues dans le malt d’orge. On peut mélanger au malt d’orge d’autres malts ou des farines. Un beau jour de printemps, la Gauloise se mit en tête de préparer un gruau avec son orge germée. Quelques tours de meule pour disposer d’une farine grossière, de l’eau chaude, un chaudron, le brassin est prêt. Mais les aléas des travaux domestiques ont éloigné la Gauloise de son feu qui s’est presque éteint… On connaît la suite : le gruau commençait à fermenter !

Pendant longtemps, il y eut des préparations très variées, on parlait de pain qui se boit ou de cervoise qui se mange, cela jusqu’au Moyen-Âge. Le temps passe, les expériences se succèdent jusqu’à  la fabrication du pain levé à la levure de bière et de la bière, ou plutôt de la Cervoise. La mise au point a été délicate, car sans thermomètre il était difficile de maitriser la température de cuisson des ingrédients utiles à la fabrication de la boisson tant appréciée par les Gaulois.

Pour préparer 20 litres de cervoise, faire bouillir 4 litres d’eau, ajouter 8 litres d’eau à température ambiante et jeter 4 kg de malt moulu (eau à 50°). Attendre en remuant, en brassant. Prélever un tiers du mélange, le porter à ébullition et reverser, brasser (mélange à 61°).

Recommencer un peu plus tard (mélange à 72°), brasser. Filtrer à travers un tissu (le résidu, les drèches, contient encore du sucre et sera utilisé en cuisine). Passer huit litre d’eau très chaude (deux tiers d’eau bouillante pour un tiers d’eau à température, soit 78°), mélanger et laisser reposer. L’originalité de le cervoise tiendra à la qualité de l’eau, au mélange de malts, aux assemblages complexes, aux degrés de caramélisation, en un mot aux secrets de fabrication

Le mélange brassé, procéder à la fermentation après avoir aromatisé la cervoise (l’appellation de bière est réservée aux cervoises aromatisés au houblon). On fait bouillir le mélange avec des plantes aromatiques : des fleurs de sureau séchés, de l’aneth, des racines de benoîte, de la camomille… et on chaptalise avec du miel !

La fermentation « haute » est la plus simple, elle se déroule à température ambiante (18 à 24° C). Ajouter les levures, de préférence après les avoir délayées dans un fond de cuve avec un bol d’eau sucrée tiède. Mélanger, laisser fermenter une semaine. Rien n’est simple, il faut choisir la levure spécialisée, à moins de prendre simplement de la levure de… bière.

La cervoise est terminée mais trouble. Pour faciliter la décantation, la mettre au froid. la cervoise La cervoise est vraiment terminée. Pour obtenir bulles et mousse, il suffira d’ajouter du sucre sous forme de miel, à raison de 6 à 9g par litre. Mettre en bouteille ou consommer directement depuis un fût en fermentation. Tous les brasseurs s’accordent pour affirmer qu’il n’y a ni bonne cervoise ni bonne bière sans une eau spéciale, en générale de l’eau de source issue de massifs granitiques, légèrement acide. Les eaux calcaires sont rarement utilisées. Exclure les eaux chlorées.

 

Dans leur ouvrage "La cuisine gauloise continue" (éd. Bibracte & Bleu autour), Anne Flouest et Jean-Paul Romac nous proposent différentes recettes de cervoises : Cervoise à la fleur de sureau ; cervoise à la camomille ; aux petits fruits sauvages ; à l'aneth et au gigembre ; la cervoise du druide ; cervoise au vin de merise ; la petite cervoise de ménage...

 

Sources : http://jean.balsalobre.pagesperso-orange.fr Histoire de la bière - La cuisine gauloise continue, Anne Flouest et Jean-Paul Romac éd. Bibracte & Bleu autour

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Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 16:13

              Vercingétorix

 

      Chapitre V - Celtill, père de Vercingétorix

 

7. Victoire de la première avec l’aide des Germains.

 

Ce qui devait se produire arriva. Au lieu d’avoir les Germains en grosses masses, comme au temps des Cimbres, la Gaule les eut par bandes. Il y avait toujours, sur l’autre rive du Rhin, des hordes germaniques à la recherche d’aventures et de terres. A l’appel des Arvernes et des Séquanes, il en accourut quelques-unes sous les ordres d’Arioviste. Les Éduens furent battus (71-61 av. notre ère).

Le parti opposé triompha. Mais comme, dans les dernières affaires, c’étaient les Séquanes et non les Arvernes qui avaient eu le principal rôle, le premier de ces peuples prit pour lui la prééminence dans la ligue qui l’avait emporté. Les chefs de Besançon eurent le pas sur ceux de Gergovie. Au fur et à mesure que les Germains se mêlaient des choses celtiques, l’axe politique de la Gaule se déplaçait. Il reculait vers l’Est. Bientôt, il semblera passer même chez les Helvètes.

Les Séquanes, avec l’appui d’Arioviste, essayèrent davantage. Ils voulurent imposer leur suprématie, aux Éduens et à leurs amis. Il semble qu’ils aient réussi, et que par là une certaine communauté de dépendance fût rétablie chez les Celtes de la Gaule centrale.

Il est à peine besoin d’ajouter que jamais union ne fut plus précaire et plus nominale. D’abord les, Éduens ne cessaient de grincer des dents et d’invoquer le sénat. Puis Arioviste se persuada qu’il valait mieux travailler pour son propre compte : il se fit remettre les otages et les tributs qui revenaient de droit aux Séquanes ; il s’installa chez eux en se faisant octroyer le tiers de leurs terres ; il demanda bientôt d’autres territoires pour de nouvelles troupes qu’il appelait. — Il y avait cinquante ans, la Gaule avait vu la bande germaine qui détruit et qui s’échappe ; elle voyait maintenant celle qui s’arrête et qui s’établit. Déjà apparaissait dans son histoire cette succession de faits qui, quatre ou cinq siècles plus tard, constitueront les invasions germaniques.

Arioviste, commandant aux Séquanes auxquels la Gaule paraissait soumise, revendiquait avec outrecuidance l’empire des nations celtiques, comme, après la défaite de Bituit, le sénat romain avait cru pouvoir y prétendre.

Le sénat de ce temps, celui de Cicéron, fort occupé des affaires intérieures ou des triomphes orientaux de Pompée, comprit assez mal ces événements lointains de l’Occident. Les députés gaulois qui vinrent le trouver contribuèrent médiocrement à l’éclairer. Ne sachant plus quel peuple favoriser, il les caressait tous également. Le roi des Séquanes, la nation éduenne, n’étaient-ils pas également ses amis ? En 89 même, on donna à Arioviste ce titre convoité, comme si l’on sanctionnait par là ses prétentions sur la Gaule. Peut-être les sénateurs bornaient-ils leur politique à souhaiter à tous ces Barbares une haine réciproque.

Mais que les Gaulois, suivant leurs penchants, se rassurent ou s’inquiètent. Cette indifférence de Rome ne sera pas éternelle. Deux faits se produisent, l’un qui légitime, l’autre qui annonce son intervention. — En 61, un sénatus-consulte de quelques lignes promet assistance au peuple éduen, et cela devait suffire le jour où un proconsul aurait le désir de franchir le Rhône au confluent. Et deux ans plus tard, en 89, César reçoit ce proconsulat des Gaules dont il attendait la gloire et la richesse.

Comme la Grèce prise entre Philippe et le sénat, la Gaule voyait à son horizon un double nuage, celui de Rome qui se formait lentement vers le Sud, celui de la Germanie qui éclatait déjà dans le Nord.

 

8. Le parti national : Orgétorix et Dumnorix.

 

Le seul moyen de salut qui lui restât était dans l’union de toutes ses cités. Un pouvoir respecté au-dessus de chaque peuplade, les chefs de nations étroitement fédérés : peut-être n’était-il pas trop tard pour réaliser ce dessein. Les plus grands chefs de clans des principales nations résolurent cette tentative : Orgétorix chez les Helvètes, Dumnorix chez les Éduens, Castic chez les Séquanes, un autre chez les Bituriges. Le complot ne paraît pas avoir eu d’adhérents chez les Arvernes : Vercingétorix, le fils de Celtill, était fort jeune encore, et les autres chefs de son peuple ne furent pas compromis dans cette entreprise.

Les conjurés s’unirent entre eux par des mariages, présages de la confédération future. orgetorix-Rhone.gif Orgétorix donna sa fille à Dumnorix, et tous deux devinrent les vrais artisans du complot national. Chacun chez soi, les chefs devaient se mettre à la tête des mécontents et de la tourbe des plébéiens, et préparer dans leur cité la chute de l’aristocratie et le rétablissement à leur profit de la royauté. Orgétorix serait roi des Helvètes, Dumnorix, des Éduens ; Castic, dont le père avait été roi chez les Séquanes, reconquerrait le titre dont les nobles l’avaient écarté. Enfin les Helvètes s’apprêtèrent à quitter leur pays, où ils étaient trop nombreux, pressés par les Germains et bloqués par la montagne ; ils se fixeraient quelque part dans les grandes plaines vacantes de l’Ouest : mais, en cours de route, leur armée, brochant sur toute la Gaule, en assurerait l’empire à Orgétorix, Dumnorix et leurs amis (61-59 avant notre ère).

Malgré toutes ses discordes, la Gaule n’avait donc point perdu le goût de la liberté et le sentiment national. La pensée de devenir un seul empire végétait toujours dans les diverses cités. Le patriotisme celtique était, comme le panhellénisme, un sentiment léger et subtil, se dissipant sous le souffle d’un orage plus fort, se reformant aussi vite qu’il se dispersait. À tous les moments de crise, il se leva des hommes d’une ambition intelligente pour dire que, s’il fallait avoir des maîtres, mieux valait obéir à des Gaulois. Entre les alliés de Rome et les victimes des Germains, Orgétorix et Dumnorix constituèrent un tiers parti, fédéral et national, monarchique et populaire, et ils se liguèrent pour rétablir l’union faite jadis par l’arverne Celtill.

 

À suivre...

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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 06:45

Depuis le Ier siècle, la religion chrétienne fait l'objet dans l'ensemble de l'Empire, de persécutions de la part des autorités romaines. En Gaule, l'épisode le plus connu de ces persécutions est celui des martyrs de Lyon (Lugdunum) en 177, sous le règne de Marc Aurèle ; mais c'est sous le règne de Dioclétien (284-305) que les chrétiens de l'empire seront les plus opprimés.

  La victoire de Constantin (306-337) contre Maxence, le 28 octobre 312, lors de la bataille du pont Milvius près de Rome, marque le début d'une ère nouvelle pour les chrétiens. En effet, avant d'engager le combat, l'empereur Constantin s'est placé sous la protection du Christ en inscrivant notamment, sur les boucliers de ses soldats, les deux premières lettres en grec de celui-ci. À partir de ce moment, tous les empereurs romains, à l'exception de Julien (361-363), sont chrétiens tandis que le paganisme reste la religion officielle de l'État romain jusqu'à la fin du IVe siècle.

  Logiquement, l'adhésion des empereurs à la religion chrétienne va très progressivement avoir une influence sur la population de l'Empire, à commencer par les  représentants de l'autorité romaine.


PRÉFETS DE LA VILLE DE ROME *

de la mort de Constantin à la mort de Constance II

______________________________________________

CONVICTION

RELIGIEUSE

________________

Maecilius Hilarianus (13 janvier 338 - 14 juillet 339) Probablement païen
L. Turcius Apronianus (14 juillet - 25 octobre 339) Probablement païen
Fabius Titianus (25 octobre 339 - 25 février 341) Païen
Aurelius Celsinus (25 février 341 - 1er avril 342) Païen
Lollianus Mavortius (1er avril - 6 juillet 342) Païen
Catullinus Philomatius (6 juillet 342 - 11 avril 344) Païen
Q. Rusticus (11 avril 344 - 5 juillet 345)

 ?

Petronius Probinus (5 juillet 345 - 26 décembre 346) Probablement chrétien
Caecilianus Placidus (26 décembre 346 - 12 juin 347) Païen
Ulpius Limenius (12 juin 347 - 8 avril 349) Païen
Flavius hermegones (19 mai 349 - 27 février 350) Probablement païen
Fabius Titianus (27 février 350 - 1er mars 351) Païen
Aurelius Celsinus (1er mars - 12 mai 351) Païen
Celius Probatus (12 mai - 7 juin 351)  ?
Clodius Celsinus Adelphius (7 juin - 18 décembre 351)
Probablement chrétien
L. Aradius Valerius Proculus (18 décembre - 9 septembre 352)  Païen 
Septimius Mnasea (9 - 26 septembre 352)   
Naeratius Cerealis (26 septembre 352 - 8 décembre 353)  Chrétien 
Memmius Vitrasius Orfitus (8 décembre 353 - 13 juin 356)  Païen 
Flavius Leontius (10 novembre 356)   Probablement chrétien 
Memmius Vitrasius Orfitus (28 avril 357 - 25 mars 359)  Païen 
Junius Bassus (25 août 359)
Chrétien
Tertullus (Automne 359 - automne 361)  Païen 

 

* Créée durant la monarchie romaine, la fonction de Prefet de la ville a continué à exister durant la République et a pris une grande importance dans l'antiquité tardive.

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Mercredi 18 janvier 2012 3 18 /01 /Jan /2012 05:43

              Vercingétorix

 

     Chapitre V - Celtill, père de Vercingétorix.

 

5. L'aristocratie arverne renverse Celtill.

 

Mais la notion d’un grand empire se séparait rarement de celle d’une grande monarchie. Ce fut un roi que ce biturige Ambigat dont les Gaulois célébraient encore la légendaire domination. Bituit avait eu, de la royauté, la réalité et l’appareil. Celtill aspira à lui ressembler, et à changer son titre contre celui de roi.

Ce Celtill fut, sans nul doute, un chef semblable à d’autres chefs, mais plus riche et plus influent que ses rivaux. Nous devinons sans peine comment il procéda, l’histoire est banale dans l’antiquité. Il avait plus d’amis que les autres nobles, plus d’esclaves, de mercenaires, de clients, de parasites et de débiteurs. Un parti put se former autour de lui, plébéien, militaire et monarchique ; et ce parti ne différa guère de ceux que groupèrent les Pisistrates à Athènes ou Manlius à Rome, guettant la royauté de leur nation à travers la faveur populaire et le prestige de la gloire des armes.

Les autres chefs furent les plus forts. Ils réservèrent à Celtill le sort prévu par la celti.jpg coutume des peuples anciens contre les aspirants à la tyrannie, celui que les patriciens avaient infligé à Manlius. Il fut condamné à mort. Le jugement fut solennel, public, porté par la cité tout entière contre celui qui avait voulu lui faire violence. Puis l’exécution eut lieu : l’usage était que le coupable pérît sur le bûcher, voué aux dieux du peuple outragé.

Les Arvernes frappèrent l’homme et ne touchèrent pas à la famille. Ils ne lui imputèrent pas le crime de son chef. C’est ainsi qu’après l’expulsion de Tarquin le Tyran ses congénères demeurèrent à Rome et purent aspirer à la gouverner par des moyens légitimes ; aucune grave malédiction ne fut portée non plus contre la race dont Manlius était sorti. Les dieux se contentaient d’abord de la victime désignée par la faute.

Le frère de Celtill, Gobannitio, conserva chez les Arvernes son rang et son influence. On peut même soupçonner ce Gobannitio d’avoir aidé à renverser son frère. Les aspirants à la tyrannie eurent souvent dans leur famille leurs pires adversaires : Brutus et Tarquin Collatin frondèrent contre le chef de leur clan le gouvernement des patriciens de Rome ; et l’Éduen Dumnorix, qui rêvera d’imiter Celtill, se heurtera à son frère Diviciac. Gobannitio allait devenir un des gardiens les plus vigilants de celte autorité des grands que son frère Celtill avait tenté de renverser.

Celtill laissait un fils en bas âge, nommé Vercingétorix. Les Arvernes furent plus cléments pour lui que les Romains ne l’avaient été pour le fils de Bituit. Celui-ci avait partagé la captivité de son père : Vercingétorix conserva, non seulement la vie et la liberté, mais l’héritage du condamné. On lui laissa ce dont les dieux l’avaient fait héritier, cette richesse en hommes et en choses qui pouvait lui permettre de conquérir dans son pays la situation réservée aux hommes de sa race.

 

6. Formation des deux ligues arvernes-séquanne et éduenne

 

Une fois encore l’unité de la Gaule fut brisée après la mort de Celtill. Cependant, le morcellement ne fut pas absolu. Toutes ces convulsions militaires et politiques, ces alternatives d’union et de désunion, laissaient aux cités gauloises, en même temps que l’impuissance à former un empire, le regret de vivre isolées. N’avait-on pas vu en Grèce, après le groupement de tous les peuples à Platées, se constituer les deux ligues de Sparte et d’Athènes, compromis entre le besoin de s’entendre et l’instinct de se combattre ?

Quatre coalitions se formèrent entre le Rhin et l’Océan, les Cévennes et la Garonne, dans le domaine qui restait aux Gaulois encore libres. Les peuples situés de l’embouchure de la Seine à celle de la Loire fondèrent la fédération de l’Armorique, qui sans doute fut maritime aussi bien que terrestre. Les nations de la Belgique, auxquelles l’invasion des Cimbres avait donné le sentiment de leur force et de leur solidarité, demeurèrent groupées pour la plupart autour des Suessions. Mais les deux principales ligues furent celles qui reconnurent la suprématie des deux grands États de la Gaule centrale, les Arvernes et les Éduens.

Entre ces deux États et ces deux ligues, l’hostilité fut aussi constante qu’entre Sparte et Athènes, Israël et Juda. La Gaule était vraiment un pays à deux têtes. La rivalité entre les deux peuples se répercutait dans les moindres cités, dans les cantons, dans les clans, dans les familles mêmes. Il devait y avoir des amis des Arvernes chez les Éduens, et inversement, comme Athènes eut ses amis à Sparte.

Les deux nations suzeraines s’appuyaient sur des cités clientes et sur des peuples amis. On a déjà nommé la clientèle habituelle des Arvernes, les gens du Velay, du Rouergue, du Quercy, du Gévaudan. Les Éduens avaient sous leur dépendance particulière les peuples du Forez, du Beaujolais et de la Bresse. — Les deux rivaux s’étaient acquis chacun une alliance utile et puissante parmi les nations de premier ordre. Les Bituriges du Berry, qui commandaient vers la Loire moyenne les abords du plateau de l’Auvergne, s’étaient unis aux Éduens ; il en fut de même des Sénons, leurs voisins dans les vallées de l’Yonne et de la Seine, ce qui assurait aux nobles du Morvan un débouché dans le bassin de Paris. Mais en revanche les Séquanes de la Franche-Comté, qui disputaient aux Éduens les deux rives et les péages de la Saône, avaient accepté l’alliance des Arvernes : car ce fut une cause ordinaire de jalousie entre les cités gauloises que la possession des deux bords et le monopole des droits sur les rivières importantes. — Au delà de la Marne, les Belges ne se désintéressèrent pas absolument de ces querelles : des liens d’amitié, sinon de clientèle, se nouèrent entre les Éduens et l’une de leurs principales nations, les Bellovaques.

En dehors de la Gaule, l’un et l’autre parti cherchèrent des appuis : ils ne répudièrent pas plus l’accord avec l’étranger que les Grecs d’aucune époque. Les Éduens demeurèrent de plus en plus attachés au peuple romain, et leurs chefs, comme Diviciac, finirent par apprendre le chemin de Rome et l’hospitalité des sénateurs en vue. — Contre les Romains, protecteurs dangereux de leurs adversaires, les Arvernes eurent recours à des auxiliaires germains, qui pouvaient devenir plus redoutables que les Romains eux-mêmes. D’autant plus que le sénat, ayant tour à tour sur les bras Mithridate, Sertorius, Spartacus, les pirates et Catilina, ne pouvait guère, au nord du Rhône, envoyer que des formules et des décrets.

 

À suivre...

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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 08:09

   Dans la sociéte gauloise de la fin de l'indépendance, la guerre était un phénomène quasi permanent. De ce fait, les hommes s'étaient organisés militairement en conséquence. Les Gaulois de ce temps, connaissaient les grand principes de la guerre et les paramètres de la manœuvre. Ils combattaient en établissant des stratégies embryonnaires et en appliquant des tactiques élaborées.

   Une certaine habitude de la violence, qui n’était pas réservée d’ailleurs à la seule civilisation celte, s’explique entre autres par les conceptions religieuses exaltant le héros et le sacrifice suprême ; mais aussi sur les fondements matériels de la société qui repose sur une véritable « économie de la guerre », le tout sur fond de conflits avec l’étranger.

L’art de la guerre dans la période du IIe et Ier siècles avant J.C., a connu de profondes mutations par rapport à la période antérieure : mise en place progressive d’un processus de décision codifiée, structuration des forces, accroissement des effectifs, développement d’un art du commandement avec des préoccupations stratégiques embryonnaires et leur traduction tactiques sur le terrain modifiant la manière traditionnelle de combattre. La diversification de l’armement précède ou accompagne le développement des armes « tactiques » et, en particulier, celui des troupes montées, véritable fer de lance des armées. Dans l’infanterie, on assiste à la substitution partielle de formations plus légères et mobiles à l’antique phalange grecque. C’est aussi l’époque du développement des fortifications et des premiers balbutiements dans l’art de la poliorcétique (science du siège des places fortes). Certains nobles celtes (les equites) tentent alors de détourner cette force naissante à leur seul profit, faisant de la guerre un métier à part, une activité de professionnels et non plus un spectacle d’amateur en quêtes d’émotions fortes.


     Sur le champ de bataille.


  À partir du IVe siècle av. J.C., les armées étaient disposées d’après le modèle méditerranéen. L’infanterie occupe le centre de la ligne de front et place des réserves en profondeurs. Les ailes sont occupées par la cavalerie.

  Le rôle de l’infanterie consiste à barrer le passage à l’adversaire. Pour cela elle combineEvariste-Vital Luminais - Combat de Romains et de Gaulois de l’infanterie légère et de l’infanterie combattant au corps à corps. L’infanterie légère est disposée en première ligne, pour engager en premier lieu le combat avec ses armes de jet couvrant ainsi le front ennemi de projectiles et l’empêchant d’avancer. Elle se retire lorsqu’elle a épuisé ses munitions, ou lorsqu’elle se retrouve pressée par un adversaire qu’elle n’a pu faire reculer. L’infanterie au corps à corps prend alors le relais pour continuer le combat.

  La cavalerie, de part sa rapidité, a un rôle d’appui et peut tenter de déborder les ailes ennemies pour l’encercler ou protéger les ailes de son propre camp afin d’éviter toute manœuvre de la part de son adversaire.

  Ces manœuvres d’encerclements sont toujours tentées par les belligérants, car lorsqu’elles réussissent, elles peuvent entraîner des victoires relativement rapides et peu couteuses en hommes pour le vainqueur.

 

Sources : A. Deyber, Les Gaulois en guerre : stratégies, tactiques et techniques. Essai d'histoire militaire (IIe - Ier siècles av. J.C.) éd. Errance _ Histoire Antique & Médiévale N° 52

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