Mercredi 30 novembre 2011 3 30 /11 /Nov /2011 06:15

                      Vercingétorix

 

     Chapitre II - Les dieux arvernes

 

 1. Auvergne et Campanie

 

Contact avec la nature, c’était rapport avec les dieux. Les terres où la nature fermente, sont celles où les dieux fourmillent. Telle était la Campanie italienne, porte de l’enfer et parvis du ciel, sauvage et bénie, patrie des sources bouillantes, des sommets solitaires, des forêts noires, des lacs inquiétants, région des surprises et des contrastes. Telle était aussi l’Auvergne, le pays gaulois qui ressemblait le plus à la Campanie, comme le Puy de Dôme rappelait le Vésuve, et comme la plaine de Limagne rappelait la terre de Labour.

L’Auvergne fut donc également un sol nourricier de divinités. Elle avait à foison ces sanctuaires où les premiers hommes logeaient les maîtres qu’ils se donnaient, l’immensité des bois, la hauteur des cimes, les fontaines limpides qui se transforment en grands fleuves, les chaleurs des sources, la profondeur des étangs. De tous les Gaulois, les Arvernes étaient les plus exposés à rencontrer des dieux.

 

2. Dieux des bois, des souces et des lacs


Les dieux s’y multiplièrent d’abord dans les forêts, ces temples primitifs de la Divinité, et les troncs rudement dégrossis furent les premières idoles. Une fois sous ces voûtes, les démons ne les quittèrent qu’avec peine : les contemporains de Vercingétorix s’épouvantaient encore à la vue de leurs croupes tortueuses ; et six siècles plus tard, dans les bois de chênes ou de hêtres du Cantal, les reclus chrétiens apercevaient les mêmes monstres à l’entrée de leurs cavernes.

Les plus tenaces des divinités furent celles qui se baignaient dans les sources. On peut même se demander, en songeant que leur popularité est après vingt siècles presque aussi vive qu’aux premiers jours, si elles ne sont pas destinées à survivre à ces grands dieux ou à ces saints notoires que la théologie leur a imposés comme suzerains. — La route qui mène d’Autun au Creuset laisse à gauche, après avoir traversé les bois, un étroit et frais vallon qui se dissimule derrière le hameau de Gamay. Il renferme, près du confluent des deuxautel1 sources du Mesvrin, une minuscule chapelle vaguement consacrée à saint Protais et à saint Gervais : chaque vendredi, des mères y conduisent, dans l’espoir de la guérison, les enfants infirmes. Or on peut voir, encastré dans la frêle muraille de l’édicule, un bas-relief gallo-romain qui représente les images de deux divinités des eaux : ce sont celles qui, il y a plus de dix-huit siècles, présidaient à ces mêmes sources et à des miracles semblables. L’horizon qu’on aperçoit de ce fonds de vallée a varié étrangement depuis les temps gaulois ; aux brouillards qui s’élevaient des forêts, ont succédé les fumées du Creusot : mais les habitudes des dévots n’ont point changé, et si le nom ou le costume de ces humbles dieux se sont transformés, leur âme et leur rôle sont demeurés immuables, comme l’eau des ruisseaux qui leur ont donné naissance.

Aussi ne risque-t-on pas de se tromper si l’on veut, à l’aide des écrits chrétiens et des inscriptions romaines, retrouver la vie religieuse des sources de l’Auvergne dans les temps gaulois. Sous les empereurs, un fidèle apportait à la fontaine de Taragnat une coupe d’argent ; un autre dédiait un anneau de bronze à celle de Vouroux : chacun proportionnait son offrande à sa richesse, mais la piété devait être égale, et tous avaient à cœur de remercier par des présents sincères les génies bienfaisants de ces deux sources. Quelques siècles plus tard, la fontaine de saint Ferréol près de Brioude rendait les mêmes services, par l’intermédiaire du grand saint arverne Julien : ses eaux douces et claires donnaient la vue aux aveugles et éteignaient le feu de la fièvre. De nos jours, la vertu religieuse des sources de l’Auvergne n’a point faibli : jadis, on dressait sur leurs bords une statue au dieu Mars, maintenant on vénère près d’elles une image de la Vierge, et la fièvre s’y guérit toujours.

La ferveur la plus ardente se déployait autour des eaux thermales. Sur ces points, les mœurs ont changé, et l’esprit laïque de la médecine et de la mode a chassé la religion, qui s’est réfugiée vers d’autres stations. Mais, sous la domination gauloise ou romaine, un malade ne séparait pas la force d’un dieu et l’action de l’eau. Les thermes du Mont Dore étaient un temple autant qu’une piscine, et pendant tout le Moyen Age le terrain qu’ils ont occupé s’appela terroir du Panthéon. A Vichy, autour des eaux chaudes et sulfureuses qui étaient le salut des malades au teint jauni et l’espoir inutile des pâles phtisiques, il y avait encombrement de dévots, de dieux et d’ex-voto. Toutes les prières n’allaient pas à la divinité de l’endroit. Suivant ses préférences, chaque malade adressait sa reconnaissance au dieu qui l’avait conduit jusqu’à la source. Ceux-ci suspendaient un anneau à l’image de Diane ; ceux-là remerciaient le divin empereur. Mais tous songeaient sans cesse à quelque puissance céleste, et il n’y a pas longtemps qu’on découvrit à Vichy, près d’un seul puits, en un seul trésor, quatre-vingts plaquettes d’argent, obscures et naïves offrandes faites aux dieux guérisseurs.

En Auvergne comme en Campanie les lacs ont longtemps fixé les imaginations craintives. Je ne sais si les Gaulois voyaient sortir les ombres de l’insondable lac Pavin, comme les lac_pavin.jpg Grecs de Cumes les évoquaient des abords du lac Averne : mais ils plaçaient volontiers dans ces eaux silencieuses et hypocrites l’asile inviolable d’une divinité profonde, qu’il ne fallait troubler que par des présents. — Trois jours de suite, sur les bords d’un lac du Gévaudan, la foule des paysans s’entassait pour faire des libations et des sacrifices : elle jetait dans les eaux des pans d’étoffes, des toisons de laine, des fromages, des gâteaux de cire, des pains, sans parler d’offrandes plus riches, et pendant ces trois jours c’étaient des fêtes et des orgies que venaient enfin interrompre les orages suscités par le dieu en colère. Grégoire de Tours affirma qu’un saint prêtre mit fin à la superstition du lac. Il s’illusionnait. Il y a trente ans, elle était fort vivace : le deuxième dimanche de juillet, les campagnards s’y livraient encore, et c’étaient les mêmes présents faits à la divinité des eaux, vêtements, toisons de brebis, pains et fromages, et beaucoup de pièces de monnaie.

 

À suivre...

Par Lutece - Publié dans : Livres/Romans - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 28 novembre 2011 1 28 /11 /Nov /2011 07:39

  Jacques Bainville est un journaliste, chroniqueur de politique étrangère, historien et académicien français, né le 9 février 1879 à Vincennes (Seine), mort le 9 février 1936 à Paris. Jacques Bainville fut un proche de Charles Maurras.

  Grande figure du monarchisme nationaliste et de l'Action française, il exalta la politique de la monarchie française (Histoire de France, 1924) et s'inquiéta de la faiblesse de la démocratie face à la puissance allemande (la Troisième République, 1935). Il est élu le 25 mars 1935 membre de l'Académie française

  Dans un ouvrage remarqué, Les Conséquences politiques de la Paix, publié en 1920, Jacques Bainville est de ceux qui ont dénoncé le Traité de Versailles de 1919 et les compensations très importantes demandées à l'Allemagne. Il y estimait que ce traité humiliait l'Allemagne et la pousserait à la revanche dans un avenir proche et Bainville y décrit le processus de déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, à savoir l'annexion de l'Autriche par le Reich, la crise des Sudètes avec la Tchécoslovaquie et un pacte germano-russe contre la Pologne. Profondément anti-communiste et anti-germaniste, il écrivait : « il s'agit d'une paix trop douce pour ce qu'elle a de dur, et trop dure pour ce qu'elle a de doux ».

 

 

Par Lutece - Publié dans : Histoire de France - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 26 novembre 2011 6 26 /11 /Nov /2011 10:21

                VERCINGETORIX

 

     Chapitre I  Le pays d'Auvergne

 

8. Source et lacs

 

Dans la montagne même, tout près des plus âpres sommets, se cachaient en replis sinueux des coins charmants de verdure et de fraîcheur. L’Auvergne abondait en gorges étroites et fermées où l’eau demeure éternellement limpide et murmurante, à l’ombre touffue des hêtres et des sapins. Les vallées de la Gère, de la Rue, de l’Allier donnent l’impression d’une longue demeure bien close, faite d’arbres, de roches et de mousses, qui appartiendrait à la même divinité : la source, infinie d’aspects et de voix, grondant, sautillant ou riant, mais toujours attrayante et bavarde. Qu’on s’arrête un instant à rêver le long de la Rue, entre Le Chambon et Condat, dans le dédale des sapinières : nulle part on ne se sentira plus loin du monde, plus près de la nature, plus en contact intime avecSources-de-la-Tuilerie--2-.jpg elle. Et les ermites chrétiens furent autrefois, dans ces obscures vallées, étrangement heureux.

L’Auvergne était le pays des fontaines vives, pures et saines, qui étaient pour les hommes la condition même de la vie. Elles naissaient partout, subitement, spontanément ; après une pluie, il en sort de nouvelles, même d’entre les pavés des rues ; il est rare que l’on ait besoin de la citerne ou du ruisseau, chaque village a sa source. Au temps où elles étaient des nymphes, l’homme n’avait qu’à les désirer pour les voir apparaître. Au temps où elles dépendaient des ermites, émules de Moïse, il suffisait de leur prière ou d’un coup de leur baguette pour  les faire jaillir du rocher, s’épandre dans la plaine, où elles désaltéraient hommes et bestiaux.

Puis, non loin des eaux des sources, mobiles et vivantes, s’étalent les eaux dormantes des lacs et des étangs. L’homme admirait en Auvergne, dans les crevasses circulaires des cratères éteints, des lacs sombres et bleus, aux bords taillés comme à l’emporte-pièce, aux eaux d’une profondeur inouïe, et mystérieuses dans leurs frémissements soudains, qui semblent nés des entrailles du sol : on dirait que leur surface ne reflète point les choses de la terre, mais qu’elle voile celles d’en bas.

Enfin, parmi ces sources, beaucoup n’assurent pas la santé aux vivants, mais la guérison aux malades. Terre des eaux chaudes et minérales, l’Auvergne était, dans la Gaule, le Gaulois-eau.jpg principal réservoir des espérances ou des illusions de ceux qui souffraient. De Vichy à Chaudesaigues, c’était une chaîne continue de lieux salutaires. Aucune de nos grandes stations n’a été ignorée des Romains, et ce sont les Gaulois, sans nul doute, qui les leur ont fait connaître. Vichy était, aux premiers siècles de l’ère chrétienne, la ville d’eaux la plus en vogue de la Gaule, ce qu’elle est encore maintenant, et peut-être aussi dès lors la plus cosmopolite. Le Mont Dore avait ses dévots, que ne rebutaient pas les averses déplaisantes des jours d’été. Royat eut les siens, et Chaudesaigues, et bien d’autres.

Ainsi, sur ces sommets où se formaient les tempêtes, sous ces roches d’où jaillissaient les sources d’eau claire, dans ces chaudes fontaines qui dissipaient la maladie, l’homme saisissait sur le vif le travail de la nature.

 

À suivre...

Par Lutece - Publié dans : Livres/Romans - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 16:41

  À la mort de Childebert, Clotaire hérita de l’intégralité du royaume de son père Clovis. Il devint alors le deuxième roi de France.clotaire1er

   Clotaire eut l’ambition de son père sans en avoir les vertus. Il reconstitua le royaume de Clovis, mais n’exerça pas avec la même autorité ni la même sagesse. Loin d’administrer son royaume dans l’intérêt de ses sujets, il combattit les siens et mena des guerres qui dévastèrent les terres, tuèrent des gens et ruinèrent l’économie.

 

  À la mort de son père, Clotaire a 14 ans. Du royaume divisé entre les quatre fils du clo-clot-chil-thie roi des Francs, il hérite de la plus petite portion mais c’est celle dont son père avait lui-même hérité. Le voilà roi de Soissons, royaume exigüe, mais compensé par l’aspect historique de celui-ci. Composé d’importantes cités gallo-romaines devenues sièges épiscopaux, comme Laon, Noyon, Cambrai, Arras, Thérouanne et Tournais le royaume de Clotaire comprend logiquement Soissons, avec son riche palais qui avait été la résidence successive des proconsuls romains (Aetius, Egide, Paul, Syagrius), ainsi que de son père Clovis.


   Vers 520, Sigismond roi de Burgondie fait étrangler son fils Sigéric qu’il soupçonne de vouloir lui ravir le trône. Les héritiers de Clovis apprenant la nouvelle, décident d’aller punir Sigismond qui est de plus le cousin de la reine Clotilde. C’est aussi et surtout l’occasion de s’emparer de la Burgondie. Clotaire, Childebert et Clodomir lèvent donc des troupes, tandis que Thierry, gendre de Sigismond ne participe pas à l’expédition. Les trois frères, s’imposent face aux armées burgondes, et s’emparent du territoire. Clodomir étant le seul à avoir une frontière attenante à la Burgondie, c’est lui qui prend possession des terres, Clotaire et Childebert se dédommageant probablement  avec le trésor royal.

Sigismond a été capturé par Clodomir. Mais Gondomar, son frère, reçoit l’appui de Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths installés en Italie, et reprend possession de la Burgondie. Voilà qui ne plait guère à Clotaire et Childebert qui ne se privent pas d’en faire le reproche à leur frère. Humilié, Clodomir fait éxécuter Sigismond et sa famille, puis, en 524, repart à la conquête de la Burgondie.

  Cette fois-ci, c’est Thierry qui l’accompagne. Les deux frères ne rencontrent que peu de résistance. Rapidement dominé, Gondomar se réfugie dans les Alpes. Clodomir se rue à sa poursuite, mais prit dans un embuscade, il perd la vie.

  Mis rapidement au courant des événements, Clotaire décide de tirer les marrons du feu. Pendant que Thierry regagne l’Austrasie, et que Childebert hésite sur les décisions à prendre, il entre dans Orléans avec sa truste et envahit le palais où se trouvent encore Gontheuque, la femme de Clodomir, avec ses trois jeunes fils. Malgré les protestations de la jeune femme, il déclare qu’elle devient son épouse. Du même coup, il prend possession du royaume de Clodomir ainsi que de son trésor. Clotilde, apprenant la mort de son ainé et le sort fait à sa veuve, se rend aussitôt à Paris et demande à Childebert de réclamer pour elle ses trois petits-fils. Clotaire les remet volontiers aux envoyés chargés de cette mission. Il possède maintenant sans opposition de ses frères, le beau royaume de Clodomir : toute la moyenne et basse vallée de la Loire, avec ses places fortes, ses vignes et ses vergers. Il ne demande pas autre chose. Ces trois gamins n’auraient fait que lui compliquer la vie.


  La situation matrimoniale de Clotaire est fort compliquée, si comme ses frères, il a été élevé dans la foi catholique, il a conservé certaines coutumes héritées de ses ancêtres germaniques.  Il est luxurieux, avide, et désire s’approprier territoires et richesses par n’importe quel moyen. Et les femmes font parties de ces moyens. Il avait épousé, quand il avait à peine vingt ans, une jeune fille du nom d’Ingonde qui appartenait à son entourage et qui était probablement de basse extraction. Nous ne savons rien d’elle, sinon qu’elle mit au monde successivement cinq fils et au moins une fille. Celle-ci qui portait le nom de Closinde, épousa plus tard le roi des Lombards Alboin. Les deux premiers fils, Gonthier et Childéric, moururent en bas âge. Les trois suivants, Charibert, Gontran et Sigebert, devaient grandir dans l’ombre de leur père et hériter d’une partie de son royaume.

  On pouvait supposer qu’Ingonde, quand son royal mari fit de Gontheuque sa femme, protesta avec véhémence ; qu’il y eut même entre eux une entrevue orageuse. Il n’en fut rien ; car Ingonde, n’étant pas princesse de sang, était tolérée dans la maison du roi, qui était plus son maître que son époux. C’était là un statut très commode, pour le maître comme pour son épouse morganique. Le maître pouvait en effet s’en défaire quand il voulait, car c’était un lien précaire ; et l’épouse se trouvait de toute façon heureuse d’avoir été choisie, elle, femme de condition modeste, pour entrer dans le lit du maître. Tandis que Gontheuque étant de haute noblesse, il était légitime que le roi l’épousât. Et l’on peut d’autant moins parler de rivalité entre les deux femmes que Clotaire avait choisi l’une par amour et l’autre par intérêt. La seconde tout en ayant des droits théoriques supérieurs, n’était en fait qu’une royale prisonnière.

  Ces mœurs apparaissaient clairement dans une anecdote que nous rapporte sans broncher le pieux Grégoire de Tours. Alors que Clotaire n’avait encore pour épouse qu’Ingonde, qu’il aimait passionnément, celle-ci lui tint ce propos :

_ Mon maître a fait de sa servante selon son bon plaisir, et lui a ouvert son lit. S’il veut mettre le comble à ses bienfaits, que mon seigneur le roi veuille écouter une demande sa servante. Daignez, je vous en prie, choisir pour ma sœur, qui est votre esclave, un mari agréable et fortuné, pour que je n’en sois plus humiliée, et que, enorgueillie, je vous serve plus fidèlement.

  Clotaire se rendit donc dans la ville où était restée sa belle sœur Arégonde, pour voir à quoi celle-ci ressemblait, et ainsi choisir à qui il l’a mariera. Clotaire fut ébloui par la beauté de la jeune femme. « Le roi qui était débauché à l’excès, dit Grégoire de Tours, fut enflammé de passion pour Arégonde ; et il se l’associa par un mariage ». On voit ce qu’est ce type d’union : celui qui, selon la coutume germanique, permet à un homme de condition élevée de prendre officiellement une femme de condition inférieure, en attendant de s’unir pour la vie à une autre, choisie dans sa caste. C’était cette sorte d’union qu’avait pratiquée Clovis avec la mère de Thierry avant d’épouser Clotilde. Mais Clovis pour autant que nous puissions le savoir, n’avait alors qu’une seule concubine, qu’il renvoya lorsqu’il eut conclu un mariage légitime. Clotaire, lui, non seulement ne renvoie pas Ingonde quand il épouse la reine Gontheuque, mais il lui ajoute une nouvelle concubine : une véritable polygamie. Et qu’en pensaient les évêques gaulois ? Il semble bien que, tout en prêchant la sainteté du mariage monogame, ils toléraient, comme impossible à éviter, cette coutume ancestrale d’un peuple trop fidèle à sa loi.

  De retour à son palais, Clotaire déclara à Ingonde qu’il avait trouvé l’époux parfait pour sa sœur : lui-même ! Elle n’en fit pas un drame, le principal était de ne pas se faire chasser du palais. Et Arégonde donna naissance à un fils, Chilpéric, nom du grand-père maternel de Clotaire.


  En confiant les enfants de Clodomir à Clotilde, Clotaire semble avoir oublié qu’ils sont les héritiers légitimes du royaume de leur père. Or, ces enfants vont grandir, être éduqués, instruits, entrainés à la guerre, et un jour réclameront leur dû.

  Clotaire et Childebert ne l’entendent pas ainsi, ils se réunissent pour prendre une décision sur la conduite à tenir. Deux options leur apparaissent : soit les héritiers ont le crâne tondu, ce qui signifie leur destitution ; soit, ils doivent mourir.

  Clotilde reçoit un message de Childebert et Clotaire, l'invitant à leur faire parvenir Théodebald, Gunther et Clodoald afin de proclamer leur royauté. Mais aussitôt arrivés,massacre-enfants-de-clodomir Clotaire assassine l'aîné, Théodebald, d'un coup de couteau dans l'aisselle. Épouvanté, Gunther se jete aux pieds de Childebert qui, choqué est sur le point de céder aux suppliques de son neveu, mais Clotaire lui fait alors remarquer qu'il était à l'origine de l'entreprise, Childebert repousse alors Gunther contre Clotaire qui l'égorge. Au moment de s’en prendre à Clodoald, celui-ci a disparu. Ses protecteurs, probablement d’anciens amis de son père, avait réussi à le soustraire à ses odieux oncles, puis le conduisirent en Provence, hors de portée de ceux-ci. Ayant préféré renoncer à la royauté plutôt qu'à la vie, il se fera tondre les cheveux. Mieux connu sous le nom de saint Cloud, il deviendra par la suite abbé de Nogent-sur-Seine, lieu qui prit ensuite le nom de Saint-Cloud.

 

  En, 531, Thierry annexe la Thuringe. La conquête n’a pas été facile et Thierry a même dû faire appel à Clotaire pour triompher. Naturellement, Clotaire a droit à sa part du butin, mais il se montre trop gourmand, et les deux frères n’arrivent pas à s’entendre. Il se montre à ce point insupportable que Thierry projette de se débarrasser de lui. Mais il manque un peu d’imagination et le piège qu’il temps à son frère est trop grossier. S’étant installé dans la résidence principale de rois de Thuringe, il fait appeler Clotaire pour discuter à nouveau des suites de leur victoire. Les murs de la pièce où il siégeait étant luxueusement couverts de tentures ; derrière lesquels des guerriers armés étaient posté, mais il n’avait pas remarqué leurs pieds dépassaient. Clotaire entre dans la pièce, voit tout de suite le danger, fait immédiatement demi-tour, puis revient au bout de quelques minutes entourés de solides antrustions. Le guet-apens a échoué, et bien évidement, Thierry s’excuse d’avoir fait peur à son frère auquel, bien entendu, il ne veut aucun mal.


  Les deux frères finissent par s’entendre sur le partage du butin. À une exception près :radegonde01 la fille du roi défunt Berthar, qui n’a pas fui devant les combats. Elle s’appelle Radegonde, elle a douze ans. La jeune fille est très belle et est de sang royal, aussi les deux frères ont-ils l’intention de l’épouser lorsqu’elle aura atteint l’âge de se marier. La querelle reprend de plus belle jusqu’à ce que Clotaire menace Thierry de prendre les armes s’il ne cède pas. La campagne contre les Thuringiens a été prolifique, à quoi bon risquer de tout perdre pour une femme se dit Thierry, qui renonce à la princesse.

Clotaire emmena donc Radegonde avec ses esclaves et ses trésors dans l’une de ses villas, à Athies, dans les sud-est de l’actuel département de la Somme. Il la fit élever comme une future reine ; non seulement il l’entoura d’un luxe royal, avec des servantes dévouées et des gardes efficaces, mais il lui fit donner une éducation intellectuelle et religieuse.

Quand Radegonde fut en âge de prendre époux, Clotaire ordonna que l’on prépare la cérémonie de mariage. Mais la jeune femme déteste son futur époux, très pieuse, il n’est Radegonde_a_la_table_de_Clotaire.JPG pas question pour elle d’épouser cet homme violent et libidineux. Elle décide donc de prendre la fuite[1]. La rocambolesque escapade est un échec, Radegonde s’en remet donc à la Providence. Elle sera l’épouse de Clotaire et reine des Francs. 

Une épouse bien distante en vérité, qui ne vit pas à la cour et qui lorsqu’elle partage le lit de son époux lui fait bien comprendre son désintérêt.

 

 

 

[1] voir l'article : Radegonde, épouse de Clotaire Ier

Image 1 :  Portrait de Clotaire 1er éxécuté par Jean-Louis Bézard (2ème quart du 19e siècle)

Source : Clotaire Ier Fils de Clovis, Ivan Gobry éd. Pygmalion _ Venance Fortunat, Vie de Radegonde

Par Lutece - Publié dans : Les Mérovingiens - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 24 novembre 2011 4 24 /11 /Nov /2011 15:15

                        Les arènes d'Arles

sergei_chepik_les_arenes_d_arles.jpg

  Sergei est un artiste Russe, Français d'adoption.

  Âgé d'une trentaine d'année, Sergei Chepik osa mettre en images en une allégorie saisissante l’horreur et la faillite du système communiste. La maison des morts est l’œuvre d’un peintre maîtrisant son art avec une originalité et une puissance aux antipodes deschepik-work2.jpg banalités de l’art contemporain. Le tableau, achevé en 1987, ne fut pas exposé en Union soviétique : interdit. Chepik aussitôt choisit la voie de l’exil, s’installa en France et épousa Marie-Aude Albert, universitaire et spécialiste de la littérature russe. Il vient de mourir, ce 18 novembre, dans son atelier de Montmartre, à l’âge de 58 ans.

  En ces temps où trivialités, obscénités, profanations d’artistes de cour que nos deniers publics bichonnent et subventionnent, le départ inattendu de Sergei Chepik refocalise l’attention sur l’art véritable.

                        Le théâtre d'Arles

sergei_chepik_theatre_d_arles.jpg

  Chepik l’orthodoxe était profondément croyant ; tel le Gréco, il pouvait montrer une humanité torturée mais comme lui, Chépik révélait aussi la lumière du Christ, l’espoir de la Rédemption qui peut tout transfigurer.

   Son œuvre témoigne d’une autre modernité, celle qui n’a pas rejeté toute la tradition de l’art, celle qui se développe toujours en esquissant son propre chemin vers le vrai, le bien et le beau.

Chepik-resurrection                        La résurection
 sergei chepik cabaret                                Cabaret
 sergei chepik russian tale                  Conte Russe, Ivan Durac
 chepik-the nativity2                 La sainte vierge (ou la nativité)

 

Hommage à Sergei Chepik sur Scripta manent

Par Lutece - Publié dans : Peintures d'Histoire - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Présentation

Site sélectionné par :

elu-sdj.gif

Vercingétorix - Camille Jullian

Articles à venir

_ L'Histoire en pièces - Les Gaulois

_ Les débuts de l'urbanisation de la Lutèce gallo-romaine

_ Clotaire Ier, 2e Roi de France 2/2

 

Recherche

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés