Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 07:46

   À la veille des Grandes Invasions, l'occident romain ne pratiquait plus depuis longtemps déjà l’incinération alors que celle-ci était encore largement prédominante en Germanie libre. Les auxiliaires germaniques de l’armée romaine qui se fixèrent en Gaule au cours du Bas-Empire adoptèrent généralement la pratique de l’inhumation.

Une minorité d’entre eux, cependant, comme dans le cimetière d’Abbeville-Homblières (Aisne) demeura fidèle à l’incinération (3 cas pour 85 tombes), cette proportion étant parfois plus élevée, comme à Vireux-Molhain, dans les Ardennes (4 cas pour 47 tombes). Il est tentant d’expliquer ces exceptions par l’arrivée récentes des personnes concernées, venues de territoires où l’incinération était la règle, telle notamment la rive droite ou l’embouchure du Rhin qui était aux mains des Francs. Le même phénomène joua à nouveau, semble-t-il, lors de la conquête franque et de son organisation puisqu’on a découvert, une-necropole-bas-empire-decouverte-su-1024843.jpg mêlées aux inhumations les plus anciennes de plusieurs cimetières du nord de la Gaule (qu’il s’agisse de fondations nouvelles ou des prolongements de nécropoles du Bas-Empire) quelques cas d’incinérations. On peut citer, parmi d’autres, les sites de Vron et de Nouvion-en-Ponthieu (Somme), de Hordain (Nord), de Bulles (Oise) ou encore de Brèves (Yonne). Ces exemples d’incinérations ayant été révélées par des fouilles assez récentes, menées avec grande rigueur, on peut se demander si cette pratique funéraire, quoique minoritaire en Gaule du nord au lendemain des Grandes Invasions, n’a pas été sous-estimée jusqu’ici. En tous cas, la carte de répartition des incinérations d’époque mérovingienne, surtout denses entre l’embouchure du Rhin et la base du Jutland, prouve bien la connotation germanique de ce rite. Celui-ci devait d’ailleurs survivre longtemps encore en Germanie libre, notamment chez les Saxons. Son caractère païen manifeste le fera condamner par Charlemagne dans son capitulaire De partibus Saxonicae (782)

 

Source : Dictionnaire des Francs, les temps mérovingiens. Pierre Riché éd. Bartillat

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Mercredi 7 décembre 2011 3 07 /12 /Déc /2011 06:01

                Vercingétorix

 

Chapitre III - Le peuple arverne

 

1. Persistance des anciennes races en Auvergne

 

Ces contrastes qu’offraient la nature et la divinité se retrouvaient chez les hommes. Les Arvernes avaient des aptitudes fort diverses, et aucune nation, gauloise ou française, n’a fait plus longtemps hésiter sur son véritable tempérament, produit tout à la fois de durs rochers et de plaines sans rides. Il est possible cependant d’arriver à le définir.

Pays de montagnes et à l’écart des grandes routes, l’Auvergne des plateaux est peu attirante pour les étrangers. La population ne s’en renouvelle pas ; les invasions la pénètrent sans la traverser : les hordes de l’alaman Chrocus, les bandes du franc Thierry y débordèrent pour tout dévaster, puis se sont repliées en emportant leur butin. Elle n’est pas sillonnée de ces voies naturelles le long desquelles se déposent incessamment des alluvions de peuples. On a fait le relevé de tous les habitants de l’Auvergne qui nous sont connus à l’époque barbare : il n’y en a pas un qui soit à coup sûr d’origine germanique. Les Romains ont planté des colonies au pied du plateau, à Vienne, à Orange, à Arles, à Nîmes ; ils ont disséminé des vétérans sur les chemins des frontières du Nord-Est, depuis Lyon jusqu’à Trêves : l’Auvergne n’a reçu que les soldats malades en traitement à Vichy ou les négociants dévots au dieu du Puy de Dôme. Elle est, pour les gens du dehors, un pays non de séjour, mais de villégiature. J’excepte, bien entendu, les plus beaux recoins de la Limagne.

En revanche, elle garde, retient et attache les populations qui s’y sont établies pour faire souche de peuples. Elles y poussent vite des racines solides et profondes, semblables à ces pêchers et à ces cerisiers qui, étrangers à l’Auvergne, sont maintenant si heureux d’y produire. Les races, dit-on, s’y conservent avec leurs premiers caractères : leurs attributs physiques ne s’y usent pas, comme dans la plaine, par des croisements incessants. Les plus vieilles populations de la Gaule, les Ligures et les Celtes, s’y retrouvent (à ce qu’on suppose), à peine changées de ce qu’elles étaient il y a vingt siècles. Assurément, les anthropologues n’ont pas toujours été d’accord sur le nom qu’il faut leur donner : pour les uns, ce sont des Ligures que ces brachycéphales au type de Saint-Nectaire, petits, bruns, velus, lourds, robustes, et l’on sait que ce type domine dans toute la montagne, c’est-à-direP1010848 dans presque toute l’Auvergne ; pour les autres, les Celtes apparaîtraient en Limagne, dans ces dynasties de cultivateurs au type dolichocéphale, à la peau blanche, aux cheveux blonds, à la haute stature ; d’autres encore proposent, à propos de ces deux races, des noms différents. Mais tous paraissent d’accord pour dire que c’est là qu’habitent les représentants les plus purs des hommes de Gergovie, c’est-à-dire les héritiers les plus authentiques des compagnons de Vercingétorix, fantassins ligures ou cavaliers celtes. En Auvergne comme en Bretagne, des races archaïques se sont cramponnées au sol de granit.

 

2. Qualités nationales des Arvernes : courage, patriotisme local, esprit de résistance

 

Qu’elles se soient associées, pénétrées, fondues, c’est ce que les anthropologues acceptent pour la plupart, et il serait aussi imprudent de parler encore d’une race celtique ou ligure, que d’une race gauloise et même de races latines. Le métissage est la loi fatale de toutes les nations, et de la France plus que de toute autre. Il est bien vrai que les races, mêlées pour former un peuple, ont acquis et mis en commun un certain lot de qualités et de défauts, qui constituent le patrimoine héréditaire de ce peuple : mais ce lot, presque toujours, est fourni moins par le sang des hommes que par le sol du pays. Quelle que soit, chez les Arvernes, la largeur du crâne ou la couleur des cheveux, la nature de leurs terres leur a imposé une certaine nature d’hommes, et leurs montagnes ont été leurs premières et plus fortes éducatrices.

Les monts, les ravins et les tempêtes les ont endurcis à la marche, à la fatigue et au aiguilles-du-diable.jpg courage. Les Arvernes étaient parmi les plus intrépides de tous les Gaulois. Ce fut un superbe type de bravoure que cet Ecdicius qui, avec dix-huit cavaliers, attaque et surprend des milliers de Goths, les disloque dans la plaine, les enferme dans la montagne, ne se trompe jamais et surprend toujours. Car on dirait que la vaillance des Arvernes est rarement aveugle ou désordonnée : elle est précise, réfléchie, lucide. Vercingétorix ressemblera à Ecdicius. C’est que, dans ces régions, il ne suffit pas de ne point craindre, il faut aussi se méfier toujours : l’hiver, la rafale de neige est subite, le jour écourté et nébuleux, les routes sont glissantes de verglas ou pourries d’eau, et des pentes traîtresses longent les forêts pleines d’erreurs. Il est bon d’unir la présence d’esprit à la fermeté du jarret.

Ce rapport périodique avec la montagne prédisposait les Arvernes à un patriotisme plus sérieux et plus profond : patriotisme étroit des cités primitives et des tribus fermées, sans nul doute, semblable à leurs dieux dont l’horizon bornait la puissance ou dont une source limitait l’action, mais enfin sentiment d’amour pour la terre qu’on possède avec joie, pour le sol où l’on voit tracés les sentiers de la famille et du clan. Enserrés dans des vallées ou solidaires d’un même sommet, les Arvernes connaissaient mieux que d’autres peuples les frontières de leur demeure ; se sentant et se retrouvant davantage dans le pays de leurs pères, ils l’aimaient avec plus de force et de courage. Ecdicius et Vercingétorix ont été de bons patriotes : j’emploie le mot comme on l’employait au XVe siècle, pour désigner les citoyens unis des villes bourgeoises, les gardiens jaloux du chez soi municipal. Mais nous verrons que Vercingétorix connut aussi une forme plus large du patriotisme.

En Auvergne, le citoyen et le pays se rendaient, en temps de guerre, des services réciproques. Si celui-là défend sa patrie, celle-ci le protège admirablement. Fallait-il abriter contre un assaut des armées ou une nation entière : on avait par exemple cette roche de Saint-Flour, une des rares cités vierges de France, ou encore cette terrasse trapue de Gergovie, dressée sur la plaine, nivelée en esplanade, aux flancs creusés comme des ravines ou droits comme des falaises. S’agissait-il de cacher longtemps des poignées d’hommes : il s’offrait partout, dans les Dômes ou le Cantal, de ces rocs massifs et escarpés, tels que ceux de Chastel-Marlhac, au sommet desquels la nature a ménagé des prairies et des sources, et où des cohortes peuvent, durant plus d’une saison, résister sans craindre la faim ni la soif. Enfin les cavernes étaient les dernières ressources des fugitifs, des bandes qui se dispersent pour se reformer aussitôt, de même que les gorges voisines étaient toutes faites pour favoriser les embuscades où les vaincus prennent une première revanche. L’Auvergne est le refuge des temps d’invasion, le réduit des défenses suprêmes, le camp retranché des désespérés.

 

À suivre...

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Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 07:07

  Au IVème siècle le christianisme se propagea très rapidement, mouvement illustré par Saint Bénigne à Dijon, Saint Marcel à Chalon, Saint Valérien à Tournus et Saint Symphorien à Autun. Les premiers sièges épiscopaux sont fondés à Autun, Chalon, Besançon, ils influenceront plus tard l’organisation territoriale et féodale. Dans le même temps les incursions Germaniques (Alains, Alamans, Burgondes, Francs, …) se multiplient. Rome installent alors les Burgondes dans la région de Mayence/Genève, avec pour mission de défendre la région, ainsi que les routes qui mènent en Italie.

  En 451 ils participent au côté d’Aétius à la défaite des Huns aux Champs Catalauniques (en Champagne). En se repliant les Huns dévastent la plus grande partie de la future Saône-et-Loire et du Juras (Autun, Macon et Besançon), filant ensuite vers l’Europe de l’est. rome_antique_image777.jpg

  Six ans plus tard, en 457, les Gaulois se révoltent contre les Romains, faisant allégeance aux rois burgondes Gondioc et Chilpéric : Chalon, Autun, Dijon mais aussi Grenoble appartiennent aux burgondes. En 476 Chilpéric meurt, en même temps que l’empire Romain s’écroule, et le royaume Burgonde est partagé entre Gondebaud et Godégisel à qui revient la partie nord avec Chalon. Grâce à leur mariage avec des princesses Franques catholiques ils peuvent s’appuyer sur le clergé. En 493 Clovis, roi des Francs, épouse Clotilde, nièce des deux frères. En 500 Godégisel trahit son frère et entre en guerre contre lui avec le soutien de Clovis. Il est finalement vaincu par Gondebaud et massacré ainsi que toute sa famille à l’exception de sa plus jeune fille Guntheuca. Gondebaud devint roi de toute la Burgondie et promulgue un code de lois, loi Gombette, qui fixe les règles principales du royaume :

_ Respect des ecclésiastiques et de leurs propriétés

_ Pratique de l’hospitalité (feu et couvert pour les voyageurs)

_ Libre usage ses bois morts à ceux qui n’en n’ont pas de propre

_ Hérédité des terres données par le roi, ce qui amènera à la féodalité.

_ Instauration du jugement de Dieu par le duel (il durera 1000 ans)

  Sous son règne la fusion et l’unité des Gaulois et des Burgondes se réalisent autour d’un roi apprécié et par des mariages entre les peuples. Gondebaud institue l’ancien royaume de Godégisel à son fils Sigismond et le fait acclamer sur le pavois. La même année, avec l’autorisation de son père, Sigismond se convertit au catholicisme, baptisé par Avit, évêque de Vienne, il est le deuxième grand prince barbare de Gaule à se convertir.

  En 507 Sigismond, qui règne notamment sur ce qui deviendra la Saône-et-Loire, s’allie avec son cousin par alliance, Clovis, roi des Francs, afin de lutter contre les Ostrogoths et les Wisigoths, officiellement afin de détruire l’arianisme, en réalité afin de s’étendre en Provence pour les Burgondes et au sud de la Loire pour les Francs. La coalition s’impose à la bataille de Vouillé qui voit la déroute des Wisigoths ; les deux rois sont rejoints par Gondebaud, père de Sigismond. Au retour ils assiègent Arles qui ne tombe pas et Théodoric, roi des Ostrogoths, reprend l’offensive, délivre Arles, annexe la Provence et remonte jusqu’à Valence s’emparant de tout le sud du royaume Burgonde. En 510 Gondebaud reprend Vivier et Avignon. En 511 Sigismond fait bâtir le monastère de Saint Maurice à Agaune (Suisse). En 516 Gondebaud meurt laissant Sigismond seul souverain.

  Il occupe alors une place de choix dans l’aristocratie de l’époque : gendre du roi des ostrogoths Théodoric, cousin de Clothilde reine des Francs. Il est de plus soutenu par les évêques locaux : Avit à Vienne, Maxime à Genève. Ses deux enfants Suavegotta et Sigéric, sont baptisés et Suavegotta épouse Thierry, fils de Clovis, régnant sur la future Austrasie (nord est du royaume). Enfin a lieu un dernier mariage qui supposé renforcer l’alliance entre Francs et Burgondes finit en réalité par la détruire : Clodomir, fils de Clovis et Clotilde épouse Guntheuca, fille de Godégisel, cousine germaine de Sigismond dont les parents tueront ceux de Guntheuca. Celle-ci va persuader Clodomir de les venger. En 522 Sigismond soupçonnant, à l’instigation de sa femme, son fils Sigéric de vouloir le détrôner le fait assassiner. Comprenant son erreur, mais trop tard, il se réfugie au monastère d’Agaune. Sous prétexte de venger son cousin, Clodomir, roi des Francs d’Orléans, se jette sur le royaume burgonde en 523.

  Sigismond et son frère Godomar vaincus s’enfuient, le premier à Agaune, le second dans les Alpes. Sigismond décide d’entrer dans les ordres, mais trahi il est exécuté avec toute sa famille. Guntheuca réalise sa vengeance. Cependant Godomar succède à son frère et allié aux Ostrogoths reprend le terrain perdu face aux Francs. En 524 Clodomir est tué à Vezerone (Isère). Son frère Clotaire épouse sa veuve et récupère son héritage. Dans le même temps les Ostrogoths de Théodoric envahissent le sud du royaume de Burgondie. Godomar convoque une grande assemblée du peuple Burgonde pour décider des actions à mener. Clotaire et Childebert réattaquent la Burgondie (534) et assiègent Autun où Godomar est enfermé. Celui-ci réussi à s’enfuir, les Francs prennent la ville et retournent chez eux. En 534, accompagnés de Théodebert roi d’Austrasie et de leurs neveux ils repartent à l’assaut. Les Burgondes sont vaincus ; Godomar, déposé mais vivant, est libre jusqu’à sa mort. C’est la fin du royaume de Burgondie. Les Francs établissent leur dynastie et leur autorité.

  L’époque Mérovingienne commence. Le nord de la Burgondie appartient alors à Thibertclotaire1er d’Austrasie, fis de Thierry (Langes, Besançon, Autun, Châlon, Nevers), le centre à Childebert (Mâcon, Genève, Lyon, Vienne) et le sud à Clotaire (Grenoble, Die, Valence). Puis, suite à la disparition de Thibert et Childebert, Clotaire devient roi d’un territoire qui comprend désormais une bonne partie de ce que fut la Burgondie.

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Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 09:26

               Vercingétorix

 

Chapitre II - Les dieux Arvernes

 

3. Dieux des montagnes

 

Les démons des lacs et des forêts étaient redoutés, les déesses des sources étaient charmantes : les dieux qui présidaient aux cimes des montagnes avaient l’humeur moins égale ; leur bonté n’était pas éternelle, ni leur méchanceté durable. Ils étaient tantôt calmes et brillants, comme le soleil qui dorait leurs sommets, et tantôt furieux et farouches, comme les nuages qui s’amassaient sur leurs croupes.

Les collines de moindre importance avaient leur dieu protecteur et éponyme, gardien du village qui habitait tout proche : ce génie du lieu était le refuge des âmes dans les moments de doute, tandis que le château-fort voisin devenait l’asile des misérables au temps des invasions. Il y eut un sanctuaire païen sur cette pieuse colline de Brioude que devait plus tard dominer l’église de Saint-Julien ; un autre, à Lezoux, groupait à ses pieds la plus industrieuse des populations arvernes ; et de la hauteur de Saint-Bonnet, un dieu commandait à la plaine où s’élèvera Riom l’intelligente.

Mais les divinités des hauts lieux de l’Auvergne furent vile reléguées dans l’ombre par celle du Puy de Dôme, Dumias, ainsi qu’on l’appelait : nom à la fois du dieu et de la montagne, nomen et numen.

Le Dôme était visible de partout : son dieu était présent partout, il fut roi et maître, le-sentier-rouge.jpg ainsi que le sommet lui-même. À quoi bon s’adresser à de moindres génies, quand la puissance de la cime faisait à elle seule la richesse ou la ruine de la plaine entière ? L’obéissance va au plus haut, la piété au plus utile. Chez d’autres peuples, par exemple chez les Éduens, les sanctuaires de montagnes se sont multipliés : le mont Saint-Jean, le mont de Sène et bien d’autres, avaient le leur ; toutes ces hauteurs se ressemblaient plus ou moins, aucune de leurs divinités ne prit le pas sur les autres : la religion, dans les campagnes éduennes, tendit à se maintenir dispersée. En Auvergne, la suprématie du Dôme fut reconnue sans peine. Autant que l’unité religieuse pouvait exister dans ces populations à la pensée courte qui adoraient le dieu le moins éloigné, le Puy de Dôme assura chez elles une communion de culte ; éloignés de leur patrie, c’était à leur grand dieu que les Arvernes envoyaient leurs souvenirs et adressaient leurs sacrifices.

Il arriva chez eux ce qu’il était advenu, cinq ou six siècles avant l’ère chrétienne, dans les bourgades latines. Les divinités abondaient sur les terres du Latium, et elles étaient toutes de même nature que celles de l’Auvergne : elles habitaient les collines, les forêts, les sources et lacs. Mais elles reconnurent comme dieu suprême celui du Mont Albain, qui dominait la plaine et les rochers de ses deux mille coudées, et qui ne tarda pas à devenir le Jupiter Latiar, le Jupiter souverain du peuple latin.

 

4. Les grands dieux et leurs résidences

 

En Gaule ainsi qu’en Italie, dans l’Auvergne ainsi que dans le Latium, les dieux locaux, c’est-à-dire fixés à une parcelle du sol, à un lambeau de territoire, au domaine d’une tribu, furent, les uns après les autres, rattachés à des divinités puissantes et universelles, de qui ressortirent, sinon tous les hommes et tous les lieux, du moins tous les hommes de la race et tous les lieux qu’elle avait en partage. Quelques êtres célestes surgirent, dont les noms évoquèrent l’idée de personnes vivantes et définies, Jupiter ou Mars en Italie, et, en Gaule, Teutatès, Taranis, Ésus, Bélénus.

Il arriva souvent que ces croyances à de plus grands dieux furent encouragées par les prêtres, supérieurs au reste du peuple par l’intelligence et par l’ambition, mais sans doute aussi par la bonté et par le désir du calme et de l’union. Car l’humanité s’élève en même temps que ses dieux grandissent, et le plus honorable est parfois le plus lointain ; si les sanctuaires locaux engendraient les luttes civiles, les tribus d’une même nation avaient un nouveau motif de s’unir quand elles voyaient un dieu souverain au-dessus de leurs génies particuliers.

En Gaule, les druides paraissent avoir été, je ne dis pas les initiateurs, mais les dru.jpg propagateurs de ces dieux à nom propre et personnel, de ces cultes à portée lointaine et à vaste horizon, et gros d’ambitions celtiques. Ils étaient les arbitres des sacrifices voués à ces puissances célestes, et pendant longtemps ils ne doivent pas avoir séparé leurs intérêts sacerdotaux de la cause des grands dieux gaulois.

Ceux-ci ne détruisirent pas cependant les génies des montagnes et des fleuves, pas plus que le règne de Mars ou de Jupiter ne mit fin à la sainteté populaire des collines et des bois de la campagne romaine. Seulement, presque toujours, ces génies se transformèrent, élargirent leur nature, et devinrent les avatars locaux d’une divinité plus importante ; ils furent, si l’on peut dire, la présence réelle d’un grand dieu sur un petit territoire. Les sources de Vouroux et de Taragnat, les montagnes de Brioude et de Saint-Bonnet servirent de lieux de séjour à un Apollon ou à un Mars gaulois, et leurs anciens génies ne furent plus que les Apollons ou les Mars de l’endroit. Ces dieux souverains, dont le domaine était infini, se ménageaient ainsi de petites et fort nombreuses résidences.

 

5. Teutatès au Puy de Dôme

 

Le principal de ces dieux gaulois était Teutatès. Il prit pour lui les plus hauts sommets, ainsi qu’avait fait Jupiter en Italie, et il s’installa au Puy de Dôme, le plus digne des sanctuaires que la nature lui ait bâti dans la Gaule.

Ce dieu gaulois a laissé aux Romains un terrible souvenir : c’était une divinité farouche, féroce, ivre du sang des hommes, immitis placatur sanguine diro, disait le poète Lucain. Les sacrifices humains étaient fréquents à ses autels, et les druides étaient les ministres ordinaires de ces rites barbares. — Mais les Romains et les Grecs, qui insistaient sur ces horribles détails, oubliaient que leurs dieux avaient pendant longtemps aimé les victimes de ce genre, et que les combats de gladiateurs ne différaient ni par leur origine ni par leur caractère des holocaustes d’hommes chers à Teutatès. Il n’est aucune religion ancienne qui n’ait dans son passé une tare de ce genre. D’ailleurs, Teutatès ne paraît pas plus cruel qu’Ésus ou que Taranis : de tels usages étaient le crime du culte et non pas la faute du dieu.

En revanche, le roi du Puy de Dôme et des Arvernes prit, peu à peu, une allure sympathique qui démentit les rites de ses autels. Si ce sont les druides qui ont arrêté les traits de sa physionomie, ils l’ont fait fort semblable à l’Hermès grec et au Mercure romain, qui étaient des divinités aimables et intelligentes. Le Teutatès des Celtes ne leur était point inférieur : c’est lui qui avait inventé les arts dont vivait l’industrie humaine ; il encourageait les marchands et favorisait la fortune, il protégeait les voyageurs et guidait les caravanes ; c’était le dieu des sentiers paisibles, des ateliers acteutates2.jpgtifs, des foires populeuses, des réunions d’hommes groupés pour le travail.

Peut-être eut-il un rôle plus important encore, s’il est vrai que son nom signifie le dieu du peuple. Ne serait-ce pas alors, tel que le Wuotan des Germains et le Yahvé des Juifs, le dieu politique ; par excellence du nom celtique, présidant aux assemblées de la nation sur les montagnes saintes, la tirant de la servitude et la conseillant dans la liberté, ouvrant aux marches pacifiques les grandes routes de ses domaines, maître de toutes les tribus et de toutes les cités, et planant au-dessus des Arvernes et des Éduens comme Yahvé au-dessus d’Israël et de Juda ? — Mais qui pourra jamais transformer en vérité cette séduisante hypothèse ?

Ce qui demeure certain, et ce qui est fort étrange, c’est que les Gaulois, qu’on disait les plus destructeurs des hommes, avaient fini par préférer à leur Mars, ce détrousseur des grands chemins, leur Mercure, ce bon gardien des routes, au dieu qui tue celui qui amasse. Peut-être est-ce encore aux leçons des druides qu’il faut rapporter le mérite de cette singulière union entre un peuple batailleur et une divinité pacifique. En tout cas, le grand dieu gaulois était plus vif et plus gai que Jupiter romain, ennuyeux et dominateur, que Mars latin, solitaire et grossier. Teutatès se fût moins entendu avec eux qu’avec Hermès et Athéné : il était sur le chemin de l’Olympe grec, plutôt que sur celui des divinités italiotes. C’était, tel que le définit César lui-même, le symbole du progrès humain. Il habitait sur l’âpre sommet du Puy de Dôme, mais il regardait vers la Limagne féconde.

 

À suivre...

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Jeudi 1 décembre 2011 4 01 /12 /Déc /2011 06:06

     La médecine thermale

 

Les villes d’eau revêtent une importance primordiale pour les Gallo-Romains et des sources thermales comme celles de Vichy, Néris-les-Bains et Bourbon-l’Archambault dans l’Allier, Bourbonne-les-Bains en Haute-Marne et Bourbon-Lancy en Saône-et-Loire, faisaient déjà l’objet d’une exploitation rationnelle. Une légende prétend d’ailleurs que Julie, fille de l’empereur Auguste, vint en cure à Dax (Aquae Tarbellicae). Quant à l’empereur lui-même, on affirme qu’il vantait la qualité des eaux thermale des Pyrénées. Il n’est que de regarder sur un itinéraire routier romain, la Table de Peutinger, la taille des malade.jpg vignettes symbolisant les villes d’eau pour mesurer toute cette importance. Médecine et religion s’imbriquaient intimement près de ces sources aux eaux desquelles une divinité avait conféré des vertus curatives. Le dieu Borvo –ou Bormo- se trouve ainsi à l’origine de noms de lieux déjà évoqués comme Bourbon ou Bourbonne, tandis qu’Apollon régnait sur bien des sources et fontaines, éclipsant largement Esculape, le dieu romain officiel de la médecine dont huit inscriptions et seize représentations seulement sont connues pour l’ensemble de la Gaule.

On venait chercher la guérison dans ces sanctuaires des eaux et les pélerins malades, en témoignage de reconnaissance pour l’amélioration de leur état ou en oblation avant le traitement, offraient des ex-voto à la divinité de la source. Ex-voto qu’ils déposaient directement dans l’eau ou disposaient dans les édifices cultuels. Plusieurs milliers en bois, pierre, bronze ou terre cuite, représentant la partie de corps malade, ont été recueillis en Gaule, principalement aux sources de la Seine (Côte-d’Or) et à la source des Roches à ex voto-sein Chamalières dans le Puy-de-Dôme. Leur diversité ne manque pas d’étonner, non plus que leur facture naïve et on y découvre pêle-mêle des têtes –parfois seules, parfois superposées- des jambes, des genoux, des pieds, des bras, des mains, des seins, des organes sexuels, des troncs, des yeux et même des planches anatomiques, c’est-à-dire la représentation d’organes internes (poumons, trachée, foie…) sculptés en bas-relief sur des planchettes.

 

     Les plantes médicinales


Elles conféraient à la Gaule une place de choix au sein de la médecine antique. Après la cueillette, elles étaient vendues brutes ou déjà préparées, chez des herboristes ou droguistes, les seplasiarii, dont les plus prospères assuraient l’expédition par ballots dans tous le monde grec et romain.

Deux plantes surtout jouissaient d’une grande renommée : l’herbe de Saintonge et le nard celtique. La première appelée aussi absinthe de Saintonge, était réputée souveraine contre les vers intestinaux et les maux de ventre. La seconde n’est autre que la valériane officinale qui croît très facilement dans les endroits humides. Ses racines s’avéraient les plus efficaces et on les mettait à sécher sur des claies avant de les prescrire sans doute sous forme d’onguents, d’huiles ou d’infusions. Ses propriétés étaient multiples et on l’utilisait comme diurétique, comme potion pour le foie et elle entrait pour une large part dans la composition d’antidotes.

D'autres plantes utilisées portaient des appellations d'origine gauloise à côté de leur noms grecs et latins. Parmi de nombreux exemples, citons le nénuphar (Baditis), l'aigremoine (Korna), la camomille (oualoida) et la grande chélidoine (thona).

 

Source : Les Gallo-Romains, Gérard Coulon éd. Armand Colin

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