Vercingétorix
Chapitre IV - La royauté arverne ; Bituit
6. Défaite de Bituit par les Romains.
C’est alors, vers l’an 125 avant notre ère, que les Romains décidèrent, pour aider Marseille impuissante et protéger les routes de l’Espagne, de se constituer une province au sud des Cévennes, entre les Alpes, le Rhône et les Pyrénées. Pour écarter les Arvernes de ce pays, ils eurent recours à la diplomatie et à la guerre.
Les Arvernes avaient en Gaule, pour principaux rivaux, les Éduens.
L’hostilité était naturelle et fatale entre ces deux peuples. Après l’Auvergne, le Morvan éduen est le seul
grand plateau de la Gaule celtique ; il domine, lui aussi, les vallées du Nord et le versant du Sud. Les Éduens s’étendaient de Moulins et de Nevers à Mâcon, et d’Avallon à Beaune ; ils
détenaient les routes les plus faciles de la Gaule centrale. Il y avait entre eux et les Arvernes non pas seulement la jalousie politique inhérente aux grandes nations, mais la concurrence
commerciale que se font des voisins placés sur les mêmes chemins. Bibracte était la ville la plus industrieuse des Gaules : elle a pu souffrir de la richesse des Arvernes. Enfin, les deux peuples
se touchaient de trop près pour être
d’accord : ils avaient (en tenant compte de leurs clientèles) frontière commune depuis Moulins jusqu’au sud de Saint-Étienne. Les Arvernes étant maîtres de l’Allier, les Éduens
avaient pris la Loire en imposant leur patronage aux Ségusiaves du Forez. En descendant vers le Nord, les bateliers du premier de ces peuples rencontraient, de Moulins à Nevers, les péagers du
second ; en cherchant les routes de l’Est et du Rhône, les caravanes arvernes arrivaient chez les vassaux de la nation rivale ; mais, pour gagner le Midi par le plus court, il fallait aux Éduens
traverser l’Auvergne et le Velay son satellite. Les deux États avaient la sensation de s’étouffer l’un l’autre.
On ne sait pas si les Éduens ont consenti, à un moment donné, à faire partie de l’empire arverne. Mais, avant 121, ils avaient engagé des pourparlers avec le sénat, et s’intitulaient déjà alliés ou amis du peuple romain.
L’unité celtique était rompue pour cette fois. Les Éduens espionnaient les Arvernes sur l’Allier, et, sur le Rhône, ils surveillaient les Allobroges, les plus redoutables des amis de Bituit. Comme Marseille dans le Midi de la Gaule et Pergame en Asie, ils étaient les traîtres officiels désignés pour fournir à l’intervention romaine un motif et un appui.
En 125, les Romains conquirent le pays des Salyens, ce qui fut un premier défi à la puissance arverne. Puis ils menacèrent les Allobroges, sous le double prétexte qu’ils avaient donné asile au roi des Salyens et causé quelques dégâts sur le territoire des Éduens. Bituit franchit alors le Rhône à la tête de ses deux cent mille hommes, Arvernes, Rutènes et autres, et quand il rencontra, au confluent de l’Isère, les trente mille hommes du consul Fabius, il jugea que ses chiens seuls auraient leurs portions (août 121).
Fabius souffrait de la fièvre quarte : il se fit conduire dans les rangs de ses soldats, tantôt assis dans sa litière, tantôt soutenu pas à pas : il encouragea lui-même ses manipules, expliqua la façon de combattre, montrant sans doute le peu que valaient ces hordes impétueuses, les décomposant, si l’on peut dire, pour les ramener à leur plus simple expression, un élan sans portée. Ce qu’il avait voulu arriva, et ce fut le triomphe de la précision militaire sur la synthèse de parade : cent vingt mille Gaulois périrent, contre quinze Romains. C’est là du moins ce que rapportent les historiens classiques.
Bituit estima que les dieux avaient prononcé contre lui ; il demanda une entrevue, on la lui accorda, mais on le retint pour plus de sûreté et on l’expédia en Italie. Les Arvernes et les Allobroges furent battus une fois encore, et on put triompher d’eux à Rome. Bituit fit merveille dans le cortège, avec son char d’argent et ses armes bariolées. Puis, on l’envoya captif à Albe.
7. Conséquences de la formation et de la chute de l’empire arverne.
La Gaule celtique, privée de son chef, était ouverte aux Romains. Peut-être quelques-uns songèrent-ils dès lors à la conquérir. Les Arvernes vaincus, leurs terres, du droit de la victoire, étaient à Rome. Soixante-dix ans plus tard. César dira qu’ils avaient été, eux et leurs clients, dans la main du sénat et que celui-ci aurait pu exercer, sur toute la Gaule, un très légitime empire, justissimum imperium.
Il ne le voulut pas : il allait avoir, sur les bras, Jugurtha et bien d’autres ennemis. Seulement, il n’entendit pas que la Gaule conservât même un semblant d’unité.
L’empire arverne n’exista plus, chaque nation conserva ou reprit son autonomie. Mais, comme cet empire avait été l’œuvre de la royauté, comme les Gaulois en confondaient peut-être l’idée avec le prestige de la famille de Luern et de Bituit, les Romains s’arrangèrent pour supprimer l’hérédité du pouvoir royal : le sénat se fit livrer Congenat, fils de Bituit, et le garda à Rome. Au reste, à part cela, il laissa les Arvernes et la Gaule jouir de leurs propres lois. Il se contenta de réunir à son empire les pays situés au sud et à l’est des Cévennes. Les Volques, les Salyens, les Allobroges, les Helviens de l’Ardèche durent reconnaître, au lieu de l’alliance arverne, la souveraineté du peuple romain. Leur territoire forma la province de Gaule Transalpine, à laquelle Narbonne devait donner le nom de Gaule Narbonnaise.
De cette domination des Arvernes et de cette victoire des Romains, il resta deux impressions plus ou moins exactes dans les générations qui suivirent : — que les Gaulois n’étaient demeurés libres que par la grâce de Rome, — que les Arvernes avaient autrefois commandé à toute la Gaule. Les Romains ne voulurent pas oublier leur rôle de vainqueurs généreux, mais les Gaulois ne purent perdre le souvenir des liens qui les avaient attachés au peuple arverne.
À suivre...
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Romains, admirateurs de Paul-Émile,
habitués à des troupes disciplinées et scientifiques, aux légions calmes et denses, à ce glabre imperator dur et sec comme une action de la loi, et qui n’apparaissait dans l’éclat de la
gloire que le jour du triomphe, furent étonnés de retrouver en Gaule l’image des pompeuses royautés militaires de l’Orient. Pour un roi arverne, la vie était un triomphe perpétuel.
Des monnayeurs suivaient leurs armées, toujours prêts
à transformer en flans les colliers d’or, et à ouvrer les flans en pièces figurées. Ces premières monnaies étaient de serviles imitations des statères grecs, surtout de ces philippes au type du
bige dont le père d’Alexandre inonda le monde : le nom même de Philippe demeurait inscrit en toutes lettres. Les Arvernes copiaient les monnaies les plus populaires des pays civilisés, comme
certains États de l’Afrique reproduisent les thalers de Marie-Thérèse. Au début, les copies furent assez bonnes : sans doute des artisans grecs, aventuriers ou captifs, ont servi de monnayeurs.
Puis, elles dégénèrent, deviennent fort laides à voir, ignobles presque, les lettres se réduisent à des jambages sans valeur, les corps se transforment en un amalgame d’articulations géométriques
: c’est que l’ouvrier gaulois a remplacé le praticien grec. Il traduit toujours le même type : la routine gagne vite chez les Arvernes. Mais enfin, la première monnaie gauloise vient de ce
peuple, et la monnaie a souvent aidé à unifier des empires : témoin celui de Darius et la France de saint Louis.
encore que fort légers, de croire que
les Lémoviques du Limousin et les tribus de la Loire moyenne (Carnutes d’Orléans et Chartres, Andes d’Angers, Turons de Tours, Aulerques du Mans) lui ont été particulièrement attachés. La nation
des Allobroges s’est vaillamment comportée sur les champs de bataille, côte à côte avec les Arvernes et sous les ordres de leur roi. Mais, parmi les autres amis du peuple arverne, beaucoup
n’attendaient sans doute que l’heure du danger pour répudier l’obéissance.
l’immense empire
qu’ils avaient autrefois donné au nom celtique. Leurs prêtres, les druides, enseignaient que tous les Gaulois descendaient d’un même dieu. Et, quelle que fût la cité de ces prêtres, ils formaient
un seul corps, ils avaient des réunions périodiques, ils obéissaient à un seul chef. Si les rivalités entre peuplades empêchaient la cohésion politique, un vague instinct de conscience nationale
maintenait le goût de l’unité, et les prêtres, si souvent favorables à la création des grandes puissances publiques, ne décourageaient pas cette tendance.
légionnaires romains.