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Mardi 23 avril 2013 2 23 /04 /Avr /2013 07:20

VIII. — LA NAVIGATION MARITIME.

 

Sur la mer, c’est trop souvent une demi-solitude.

 

Dès qu’on approche des rivages de l’Océan, inscriptions, tombes et sculptures se font plus rares. Alors qu’en Saintonge tant de bourgades intérieures montrent leurs thermes, leurs mosaïques ou leurs théâtres, nous cherchons vainement où sont les ports de la province. Le long de l’Océan gascon, ni à Port-d’Albret, ni à Capbreton, ni à Bayonne, et nulle part sur la côte basque, on ne perçoit un indice précurseur de la vie profonde qui ‘agita ces rivages dans les temps féodaux[124]. Certes, les ruines ne manquent pas sur les côtes d’Armorique : mais elles ressemblent à celles de l’intérieur, elles font songer moins souvent à des travailleurs de la mer qu’à des exploitations rurales, forestières ou industrielles, à de riches propriétaires de villas maritimes, épris de bains de mer, de parties de pêche, de beaux coups d’œil et de vastes horizons[125] : rien ne rappelle la puissance de la marine vénète ou des bâtisseurs de mégalithes, aucune inscription n’est consacrée aux divinités de l’Océan[126], et nous connaissons mieux les pêcheurs à la ligne de la Moselle que les mariniers de l’Armor. On dirait que César, après avoir détruit les vaisseaux des hommes du Morbihan, leur a interdit d’en construire de nouveaux et de s’approcher de la mer : c’est la punition que d’autres proconsuls avaient infligée aux Dalmates de l’Adriatique et aux Ligures de Provence. L’Empire a dû lever ces défenses : mais le mal était fait, et les peuples avaient pris d’autres habitudes.274.jpeg

 

Sur la Manche, la circulation est plus forte à mesure qu’on approche du Canal. Entre Boulogne et Douvres[127] elle atteint son maximum d’intensité. Ici c’est alors, comme sur terre entre Lyon et Langres ou entre Rome et Pouzzoles, ou sur la mer Intérieure entre Antioche et Alexandrie, c’est la pleine frénésie du mouvement mondial ; et l’on voit passer les services publics, les soldats, la poste, les empereurs, et toutes les marchandises et toutes les troupes d’hommes que les chefs et les armées de l’Empire entraînent à leur suite ; le commerce libre suit à son tour les mêmes sillages, pour profiter des avantages de mille sortes que l’État a aménagés sur son chemin favori. Il est même possible que les empereurs aient invité ou parfois obligé les voyageurs ou les transports à passer par Boulogne : il était assez dans leur pratique de concentrer le mouvement sur quelques points, pour le protéger ou le contrôler davantage[128].

 

Sur la Méditerranée occidentale, les temps ont bien changé depuis les luttes entre Carthage et Marseille. La paix romaine amena sur ses rives et sur ses eaux plus de silence que de travail. Arles et Narbonne centralisaient tout le trafic maritime, Fréjus fut un port de guerre, à l’existence d’ailleurs médiocre et courte. Quant à la colonie de Phocée, César lui a fait subir le même châtiment qu’aux cités d’Armorique, et la mer, sans lui être fermée, lui est devenue indifférente[129]. Si l’on veut mesurer exactement ce que Rome a donné et ce qu’elle a enlevé au monde ou à la Gaule, qu’on regarde, sur le golfe du Lion, Marseille inutile comme port, et c’était le plus merveilleux de l’Occident[130], et toute la vie maritime drainée vers les sites médiocres ou les bassins insuffisants d’Arles et de Narbonne[131].

 

Peu à peu, la Méditerranée oubliait les rapides élans et les glorieuses aventures des marines anciennes. D’Italie en Gaule et en Espagne, des voyageurs préfèrent maintenant les routes de terre ; il est rare que les empereurs prennent la mer pour venir au delà des Alpes : Claude l’a fait, mais il ne faisait rien comme les autres. La route de la Corniche et du Portus était devenue si commode qu’il fallait beaucoup de courage pour affronter le Mistral et le mal de mer. On laissait l’usage de la Méditerranée aux transports de marchandises, surtout à celles qui étaient destinées à Rome et pour lesquelles on n’exigeait aucune vitesse[132]. Car les habitudes de cabotage reprenaient, avec d’insupportables arrêts[133]. Certaines navigations se faisaient en une lenteur extraordinaire. Saint Paul, d’Asie à Rome, mit quatre mois au voyage, dont trois mois d’escale forcée dans l’île de Malte[134] : c’était le temps qu’il avait fallu jadis au Grec Pythéas pour se rendre de Marseille en Norvège[135].

 

Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V

 

[124] Port-d’Albret est aujourd’hui Vieux-Boucau.

[125] Cf. de La Borderie, Histoire de Bretagne, I, p. 84 et s., p. 150 et s.

[126] Voyez la pauvreté de l’Armorique, de la Normandie, et en général de tout le rivage de l’Océan, en sculptures, ex-voto, dédicaces religieuses, etc. (Espérandieu, IV, p. 153 et s.).

[127] Je dis Douvres (Dubra au pluriel), mais le grand port militaire et sans doute commercial de la Bretagne fut longtemps Rutapiæ, l’ancêtre de Sandwich. Les itinéraires disent a Gessorieco... Ritupis, et comptent assez exactement 430 stades (56 milles 1/4, soit un peu plus de 84 kilomètres). L’importance de ce port était telle que tout ce rivage breton porta le nom de littora Rutupina (Lucain, VI, 67 ; Juvénal, IV, 141). Le port de Rutupiæ servait aussi aux voyageurs d’Espagne : Excipit ex Gallia vel Hispaniis navigantes (Comm. Bern., p. 193, Usener) : ce qui montre que Sandwich a dû être fixé comme Boulogne pour port de débarquement. Le port de Sandwich a dû être préféré comme plus à proximité des ports du Rhin.

[128] Du moins dans certaines circonstances, ce qu’on peut supposer à la rigueur d’après Ammien, XX, 9, 9 (à Boulogne, ne quisquam fretum transire permitteretur).

[129] Claude, cependant, a débarqué à Marseille.

[130] L’Itinéraire maritime, parti de Rome, aboutit à Arles et non à Marseille (p. 507, W.). Un navire de charge, parti d’Alexandrie à destination de Narbonne, fait escale à Marseille où il arrive après 30 jours ; Sulpice Sévère, Dial., I, 1, 3.

[131] A nous en tenir aux textes relatifs à la navigation, on dirait qu’Arles concentrait surtout le fret avec l’Italie, en particulier celui qui résultait de l’annone, tandis que Narbonne avait des relations plus étendues avec l’Afrique, l’Égypte, la Sicile, également du reste avec l’Italie (on vient de découvrir à Ostie la mosaïque de la schola (?) des Narbonenses, sans aucun doute les navicularii ; Notizie degli scavi, 1916, p. 327). Il est d’ailleurs possible qu’il n’y ait là qu’une apparence. Les textes du Bas Empire décrivent dans les mêmes termes le commerce maritime universel de Narbonne (Afrique, Sicile, Espagne et Orient ; Ausone, Urbes, 123-6) et d’Arles (Orient, Assyrie, Arabie, Afrique, Espagne ; constitution de 418, Corpus legum, Hænel, p. 238 ; Expositio, dans les Geogr. Lat. minores, p. 122, Riese ; Lettres du pape Léon, 65, 3, Migne, P. L., LIV, c. 882). Mais pour Narbonne comme pour Arles, ce sont alors des développements tout faits.

[132] Les blés ou huiles embarqués à Arles ou à Narbonne.

[133] Voyez les Actes (note suivante), en particulier 28, 12 et s. : remarquez qu’il s’agit d’un transport à demi public, de 276 personnes, avec cargaison de blé et prisonniers d’Etat sous la garde d’un centurion (27, 1 ; 28, 16). Il faut 30 jours d’Alexandrie à Narbonne. De Narbonne, un navire de commerce va en 4 ou 5 jours droit en Afrique [il ne s’agit pas de Carthage, mais probablement de Bizerte, Hippo Diarrhytus, ou même de Bône, Hippo Regius], mais s’y arrête, semble-t-il, 15 jours, et repart pour arriver à Alexandrie après avoir mis 7 jours depuis la Cyrénaïque (Sulpice Sévère, Dial., 1, 3, 1). Cette lenteur fait comprendre que l’Itinéraire maritime, de Rome à Arles, compte les distances entre les plus petits ports, au total 59 traites, dont quelques-unes n’ont pas 4 milles (p. 503 et s., W.). — Toutefois, oit savait, le cas échéant, accomplir à la voile de très rapides traversées, et rappelant les prouesses maritimes des anciens Grecs, par exemple aller en 3 jours d’Ostie en Provence, 4 d’Ostie en Espagne, 2 d’Ostie en Afrique (Pline, XIX, 4). Encore au IVe siècle, on ne parle que de 4 à 5 jours de Narbonne en Tunisie, il est vrai adeo prospera navigatio. Tous ces chiffres représentent une vitesse de 123 à 150 milles, 1000 à 1200 stades, par 24 heures, laquelle correspond à la vitesse des anciennes navigations helléniques.

[134] On ne navigue pas pendant l’hiver et on cherche un bon port pour y passer la mauvaise saison, Actes, 27-28, en particulier 27, 12 ; 28, 11.

[135] Y compris le périple de la Bretagne.

Par Lutece - Publié dans : La Gaule Romaine - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Samedi 20 avril 2013 6 20 /04 /Avr /2013 12:17

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE

 

Chapitre III - Les fœderati.

 

Condition des Fœderati. — Leurs droits civils et politiques : 1° le connubium

 

Quelle était en somme la condition légale des Barbares désignés sous le nom de Fœderati ? Quelle part avaient-ils aux droits civils dont jouissaient les citoyens romains ? Comment et dans quelle mesure devenaient-ils sujets de l’Empire ? Jusqu’à quel point conservaient-ils leur existence propre, telle qu’elle avait été dans la Germanie ? Il est difficile de donner une réponse précise et satisfaisante à chacune de ces questions qui se posent naturellement devant l’historien. Les documents officiels que nous possédons sont incomplets ; nulle part les rapports, soit de la vie publique, soit de la vie privée, entre Romains et Barbares ne sont établis comme nous chercherions aujourd’hui à les déterminer ; les monuments sur lesquels étaient gravés les traités ont été détruits ainsi que les archives de la diplomatie romaine[57] ; la plupart des inscriptions qui pourraient nous guider dans nos recherches ont subi le même sort ou attendent encore l’heureux investigateur appelé à les découvrir[58] ; nous ne trouvons, soit dans la législation, soit dans les textes des auteurs contemporains, que des renseignements épars et incohérents. Les règles qui présidaient à tous ces contrats, à toutes ces alliances, bien que fondées sur l’ancien droit des gens des Romains, n’étaient pas toujours fixes et se modifiaient selon les besoins et les nécessités de la politique. Toutefois, il n’est pas impossible, au milieu de cette variété d’applications, de retrouver et d’indiquer certains principes généraux.

 

Parmi les droits que Rome refusait aux étrangers, peregrini, et qu’elle accordait par une sorte de privilège à ses alliés, il y en avait deux de la plus haute importance, et qui à eux seuls constituaient la plénitude des droits civils pour ceux qui n’étaient pas citoyens romains ; c’était le droit de mariage, connubium, et le droit de commerce, commercium. Nous verrons dans quel sens il faut entendre ces deux mots. Les sociétés antiques reposaient sur le privilège ; c’était la forme invariable, unique, par laquelle on pouvait y entrer.

Les peuples qui avaient le droit de mariage, connubium, pouvaient s’unir avec les Romains 270 par les liens du sang ; les mariages ainsi contractés étaient reconnus valables comme ceux des Romains entre eux, et assuraient devant la loi les mêmes prérogatives. Ce droit, fort recherché dès l’origine, à cause des nombreux avantages qui s’y trouvaient attachés, avait été successivement accordé aux Latins, aux Italiens, aux provinces, après le fameux édit de Caracalla, et enfin aux Barbares devenus les seuls peregrini. On sait que le droit latin, jus Latii, et le droit italique, jus Italicum, furent concédés de bonne heure à des villes qui se trouvaient en dehors de l’Italie, à titre de faveur ou de récompense. Il dut en être de même pour ces peuples étrangers réunis volontairement à l’Empire et dont l’alliance ressemblât à celle que Rome avait conclue autrefois avec les villes fédérées, distinctes des colonies, des municipes et des villes tributaires[59], comme les Fœderati se distinguaient des Dedititii, auxquels nous les voyons perpétuellement opposés[60]. En qualité d’étrangers, peregrini, les Barbares se trouvaient naturellement exclus du connubium et du commercium, réservés aux seuls citoyens ou à ceux qui avaient obtenu le droit de cité en faveur d’une loi spéciale ; c’est ce qui explique un certain nombre de mesures restrictives apportées par le législateur dans leurs rapports avec les Romains.

 

Ces rapports prirent un tel caractère qu’il ne fut plus possible de maintenir la séparation rigoureuse des deux races. Malgré les précautions que prirent les empereurs pour empêcher les mariages mixtes, le simple rapprochement des populations, les relations quotidiennes qui s’établirent entre elles, surtout dans les provinces voisines de la frontière du Rhin et du Danube, comme les deux Germanies, amenèrent nécessairement un mélange du sang ; réunies par des intérêts communs elles durent chercher à cimenter cette union par les liens plus étroits de la parenté. Nous savons d’une manière positive, par des inscriptions du Taunus[61], que les vétérans établis en qualité de colons militaires dans ces pays limitrophes s’unissaient à des femmes germaines ou gauloises dont les parents étaient venus fixer leur résidence sur le même territoire, et que les enfants nés de ces mariages prenaient à la fois le titre de citoyens romains et de citoyens de la tribu dont leur mère était issue[62]. Nous voyons également, par des inscriptions découvertes dans la Hesse et le Nassau, qu’à Mayence la population de la cité s’était formée du mélange des Romains avec les anciens habitants, et que les municipes du Taunus comptaient un grand nombre de Germains d’origine mêlés aux Romains et jouissant de nombreux privilèges[63]. C’étaient sans doute plutôt les Romains qui épousaient des femmes barbares, mais le fait n’a pas moins d’importance, et il paraît difficile de l’admettre sans supposer la possibilité réciproque d’alliance entre les Barbares et des femmes romaines. Il suffisait d’un rescrit, d’une autorisation spéciale de l’empereur, ayant force de loi, pour renverser les obstacles opposés à de telles unions et souvent la politique y était intéressée. Vopiscus, dans la biographie de Bonosus, nous dit que le lieutenant d’Aurélien avait obtenu l’autorisation d’épouser une princesse d’un rare mérite, appartenant à la nation des Goths, afin qu’elle pût le tenir au courant de ce qui se passait chez eux[64]. L’empereur Gallien, pour se concilier la faveur des Barbares et s’en faire un appui, avait épousé précédemment une princesse allemande, Pipa, fille du roi des Marcomans et accordé au père, par suite de cette alliance, un établissement important dans la Pannonie[65].

 

Que faut-il donc penser du texte si formel du Code Théodosien, par lequel les empereurs Valentinien et Valens, défendent sous peine de mort, aux habitants des provinces, de contracter des mariages avec les Barbares[66] ? On l’a souvent invoqué pour montrer que les Barbares ne jouissaient pas du connubium. Ce rescrit impérial, adressé à Théodose, alors maître de la cavalerie dans les Gaules et occupé à combattre les Allamans dans les Rhéties, comme nous l’apprend Ammien au vingt-huitième livre de son histoire[67], date de l’année 370 et non 365, ainsi que le mentionne Gaupp[68]. Il s’applique plutôt aux provinces dont l’illustre général avait le commandement militaire, qu’à toute l’étendue de l’Empire ; l’expression même de Gentiles dont se sert le législateur ne désigne qu’une catégorie des Barbares au service de Rome. Godefroi, dans son savant et judicieux commentaire, remarque que ce fut seulement une loi de circonstance, comme la plupart des constitutions des empereurs à cette époque et qui ne tarda pas à être abrogée, au moins en partie[69]. Il penche à croire que le droit de mariage, jus connubii, devait être accordé aux Barbares qui servaient dans les armées romaines[70]. Une raison de défiance motivée par certains abus, par la crainte des trahisons, des révélations indiscrètes ou dangereuses, pouvait seule déterminer à le leur retirer. Plus tard, ce qui n’était peut-être dans le principe qu’une tolérance toujours subordonnée à la volonté des empereurs et révocable à leur gré, tendit à devenir un droit général et parfaitement reconnu ; nous en avons la preuve certaine. Eunape, dans un fragment de son histoire qui nous a été conservé, raconte que le Goth Fravitta, un des chefs barbares, sollicita la main d’une Romaine et l’obtint de l’empereur Théodose[71]. Le poète Prudence, contemporain d’Arcadius et d’Honorius, c’est-à-dire du commencement du Ve siècle, dans le second livre de son invective contre Symmaque, parle de la fusion des deux races comme d’un fait accompli et ne laisse aucun doute sur le droit de mariage accordé aux étrangers, externi.


                                                  Nunc per genialia fulcra

               Externi ad jus connubii : nam sanguine misto,

             

              Texitur alternis ex gentibus una propago[72].


Enfin, Cassiodore, dans la quatorzième lettre du cinquième livre de sa correspondance, mentionne d’anciens Barbares qui s’étaient alliés par des mariages avec des femmes romaines, antiqui barbari qui Romanis mulieribus elegerint nuptiali fœdere sociari[73]. Ces anciens Germains, établis en Italie longtemps avant l’arrivée de Théodoric et des Ostrogoths, remontent évidemment au Ve ou au IVe siècle : ils devinrent plus tard, selon la remarque de Gaupp[74], après la conquête des Lombards, les aldii, aldiones-die alten, par rapport aux nouveaux arrivés. Placidie, la sœur d’Honorius, épousa successivement Ataulphe et Wallia, deux rois des Wisigoths fédérés, et Honorius lui-même éleva jusqu’au trône la fille du Vandale Stilicon. Ces alliances entre les chefs barbares et les princesses de la famille impériale ne pouvaient que susciter de nombreux imitateurs parmi les sujets des deux nations, et, comme dernière preuve d’une longue et ancienne tradition de ces mariages mixtes, nous les voyons maintenus dans la législation de presque tous les peuples qui fondèrent des royaumes sur les ruines de l’Empire, tels que les Bourguignons et les Francs dans les Gaules, les Ostrogoths et les Lombards en Italie[75].


[57] Suétone, Vespasien, c. VIII.

[58] Inscriptionum latinarum amplissima collectio (Orelli-Henzen), 3 vol. gr. in-8°, Turici, 1828-1856. — Brambach, Corpus inscriptionum Rhenanarum consilio et auctoritate societatis antiquariorum Rhenanæ, Elberfeld, 1867, 1 vol. in-4°.

[59] Pardessus, Loi salique, Dissert. I, p. 511-512.

[60] Cod. Théod., VII, tit. 13, loi 16.

[61] Le Taunus est le massif de montagnes qui sépare le bassin de la Lahn de ceux du Mein et du Rhin. On désigne aujourd’hui cette chaîne secondaire sous le nom générique de Höne : elle se rattache au Vogelsgebirge, traverse la Hesse-Darmstadt et le Nassau, ancien pays des Mattiaci, et vient aboutir à la rive droite du Rhin, près de Mayence. Le Taunus fut célèbre à l’époque de la colonisation romaine des bords du Rhin.

[62] De Ring., t. II, p. 265.

[63] 2 De Ring., t. I, p. 320. — T. II, p. 56, inscription du Taunus. — Brambach, op. cit., p. 271, n° 1444, inscription d’Heddernheim.

IN. H. D. D.

GENIVM PLATEAE NOVI VI

CI CVM EDICVLA ET ARA

T. FL. SANCTINVS MIL. LEC. XXII

P.... P.F.IMM. COS. ET. PER

PETVVS ET FELIX FRATRES C.

R. ET TAVNENSES EX ORIGI

NE PATRIS T. FL. MATERN. VE

TERANI COH.III. PRAIT. PIAE

VINDICIS ET AVRELIA AM

MIAS MATER EORVM C. R. D.D.

AGRICOLA ET CLEMEN† NO COS.

— Cf. Orelli-Henzen, n° 181.

[64] Vopiscus, Vita Bonosi, c. 11.

[65] Gibbon, t. II, c. X.

[66] Cod. Theod., III, tit. 14, loi 1.

[67] Ammien, l. XXVIII, c. V.

[68] Gaupp., op. laud., p. 208.

[69] Godefroy, Cod. Théod., III, tit. 14, loi 1.

[70] Godefroy, Cod. Théod., III, tit. 14, loi 1.

[71] Eunape, Excerpta legat., p. 53-54.

[72] Prudence, Lib. II contra Symmach., v. 615 et suiv.

[73] Cassiodore, Var., V, 14.

[74] Gaupp, op. cit., p. 499.

[75] Gaupp, § 31, passim. — Lex Burgundionum, tit. 12, l. 5. — Ammien, l. XXVIII, c. XII. — I. Rip., tit. 60, l. 13. — Chlotarii regis constit. generalis circa. a. 560, c. VII-VIII. — Decret. Childeberti regis circa a. 595, c. II. — Edict. Chlotarii II a. 615, c. XVIII. — Edict. Theod. reg. c. XXXVI-LIV. — Manso, Geschichte des Ostgothischen Reiches in Italien, p. 94, — Luitprandi leg., c. CXXVII. 

Par Lutece - Publié dans : Livres/Romans - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Jeudi 18 avril 2013 4 18 /04 /Avr /2013 18:01

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE

 

Chapitre III - Les Fœderati.

 

Rois barbares fœderati.

 

Le roi Athanaric, qui avait été pendant longtemps l’ennemi irréconciliable de Rome, devint aussi l’allié de Théodose (rex fœderatus)[47]. Il reçut à Constantinople tous les honneurs dus à son rang. L’empereur vint à sa rencontre, le promena à travers les merveilles de la capitale et lui décerna, après sa mort, de magnifiques funérailles auxquelles il présida en personne[48]. La vue du site enchanteur, du port avec tous ses navires, des superbes remparts, arracha au Barbare un cri d’admiration ; la présence de tant de nations diverses réunies sous un même sceptre et les manœuvres exécutées sous ses yeux par les bataillons impériaux le fascinèrent au point de lui faire dire : Oui, l’empereur est un dieu sur terre et quiconque ose lever contre lui une main sacrilège mérite d’expier ce crime de tout son sang[49]. Mais ce n’était là que le prestige d’un homme, d’une ville, d’une civilisation brillante au dehors, malgré le mal profond et incurable dont elle était travaillée au dedans.269.jpg

 

Les fils de Théodose n’eurent pas, comme leur père, le talent d’en imposer aux Barbares et de maintenir l’équilibre prêt à se rompre. Ils voulurent s’affranchir de certains subsides payés aux alliés et particulièrement aux Goths[50]. Cette prétention leur coûta cher. Les Goths, qui se sentaient les plus forts, consentaient bien à demeurer les auxiliaires de l’Empire, en attendant qu’ils en devinssent les maîtres, mais ils n’entendaient pas qu’on marchandât leurs services. Les provinces, livrées sans défense, au moment où ceux qui étaient chargés de les protéger se tournaient contre elles, subirent les conséquences du refus d’Honorius et du mécontentement des Barbares. Les Goths, sous la conduite d’Alaric, leur nouveau chef, traversèrent les deux Pannonies, l’Illyrie, pénétrèrent en Italie et arrivèrent jusqu’à trois milles de Ravenne où s’était enfermée la cour[51]. Les Goths, plus exigeants cette fois, posaient un ultimatum au gouvernement romain : ils demandaient un établissement en Italie qui leur permît de vivre avec les habitants sur un pied d’égalité parfaite, c’est-à-dire de jouir des mêmes droits civils et politiques et de n’être plus considérés comme des étrangers ; ils menaçaient, dans le cas où leur demande ne serait pas accueillie, de s’en remettre au sort des armes[52]. Honorius ne parvint à conjurer le péril qu’en faisant avec eux un traité dont les conditions méritent d’être examinées avec soin, parce qu’elles montrent le changement qui s’était opéré dans la situation respective des Romains et des Barbares. Il ne s’agissait plus, comme par le passé, d’une simple autorisation accordée à quelque tribu ou peuplade de la Germanie de résider dans telle ou telle partie d’une province généralement voisine de la frontière, où elle n’était jamais que campée et enrégimentée sous les ordres des généraux de l’Empire ; c’étaient des provinces entières qu’on abandonnait en toute propriété à un roi ou à une nation barbare par une délégation spéciale de l’empereur, qui transmettait ses droits, ne se réservant, à l’exception des villes[53], que la souveraineté nominale du pays. Les principautés danubiennes et l’Égypte offrent de nos jours* un exemple analogue ; elles ont leur administration à part, sont gouvernées par des princes qui exercent le pouvoir royal, mais ne sont point détachées pour cela de l’empire turc dont elles relèvent comme le vassal relève de son suzerain. Ce n’est pas du reste le seul point de ressemblance entre les Ottomans, héritiers par la conquête des Césars de Byzance, et les Romains du Bas-Empire.

 

La plupart des provinces ainsi cédées étaient déjà perdues pour Rome. Le seul moyen qu’elle eût de les faire rentrer même indirectement sous sa domination, tandis qu’elle se trouvait impuissante à les reconquérir elle-même, était de charger de ce soin les Barbares, alliés de l’Empire, en leur promettant la possession du pays, une sorte d’investiture romaine pour leurs chefs. Honorius faisait aux Goths une donation formelle des Gaules et de l’Espagne, de cette partie du moins qui avait été envahie par les Bourguignons, les Suèves, les Vandales et les Alains, mais il est évident qu’Alaric ne pouvait bénéficier des avantages du traité qu’autant qu’il parviendrait avec ses forces et ses ressources personnelles à chasser les envahisseurs pour prendre leur place[54]. Plus tard, le même traité fut renouvelé avec les successeurs d’Alaric, Ataulphe et Wallia, et ce fut l’origine du royaume des Wisigoths. Les chefs barbares, dans ces conditions, devenaient de véritables lieutenants des empereurs, et ne prenaient plus seulement le titre de fédérés, mais celui d’hospites (hôtes de l’Empire), qui exprimait mieux leur situation nouvelle[55]. Le principe de la politique romaine demeurait toujours le même ; les Barbares, dès les premiers temps, avaient été admis à servir comme auxiliaires dans les armées de l’Empire ; leur nombre, il est vrai, d’abord assez restreint, avait augmenté progressivement et, vers la fin du IVe siècle, on comptait presque autant de bataillons ou d’escadrons étrangers que de peuples connus des Romains[56]. Chaque peuple, chaque nation s’alliait avec Rome en vertu d’un traité particulier. A mesure que l’élément barbare tendit à devenir prépondérant et tellement nécessaire qu’il constitua la véritable force des armées romaines, il s’opéra une révolution inévitable : les conditions auxquelles ces différents peuples s’incorporaient à l’Empire changèrent avec les circonstances, leur autonomie fut stipulée d’une manière plus expresse et les nationalités barbares se substituèrent à l’antique nationalité romaine qui n’existait plus que de nom.


* Le livre a été édité en 1873.
[47] Zosime, l. IV, C. XXXIV.

[48] Jornandès, De reb. Get., c. IX.

[49] Jornandès, De reb. Get., c. IX.

[50] Jornandès, De reb. Get., c. IX.

[51] Jornandès, De reb. Get., c. IX.

[52] Jornandès, De reb. Get., c. IX.

[53] Les Romains dans ces cessions de provinces faites aux Barbares avaient l’habitude d’excepter les grandes villes, ainsi que le remarque judicieusement l’abbé Dubos, (l. III, c. VII). C’était là que se maintenait l’administration romaine avec les fonctionnaires de l’Empire, tandis que les campagnes se trouvaient abandonnées aux étrangers. — Cf. Gibbon, t. V, c. XXVI.

[54] Jornandès, De reb. Get., c. IX.

[55] L’abbé Dubos, l. I, c. X.

[56] Not. Dignitat., passim.

Par Lutece - Publié dans : Livres/Romans - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Mercredi 17 avril 2013 3 17 /04 /Avr /2013 18:46

 

Par Lutece - Publié dans : Les Gaulois - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Lundi 15 avril 2013 1 15 /04 /Avr /2013 06:50

VII. — LA NAVIGATION FLUVIALE.

 

On allait moins vite sur les voies fluviales, mais la sécurité était plus grande, et les transports moins coûteux. Aussi, en dépit de la concurrence des grandes routes, elles demeuraient fort recherchées par les messagers du commerce ; et les empereurs eux-mêmes ne les dédaignaient point dans les circonstances solennelles : car, autant qu’un chemin de terre, une rivière large et majestueuse se prêtait au déploiement des cortèges triomphaux[98].

 

Comme sur les chaussées, c’était sur les rivières de l’Est que la vie était le plus active. Celles qui passaient par Lyon, la Saône et le Rhône, détenaient peut-être à elles seules la moitié du trafic fluvial de la Gaule entière[99]. La domination romaine ne leur avait rien fait perdre de leurs hôtes, de leurs passagers et de leurs habitudes. Lourds chalands chargés de marchandises[100] que de vigoureux haleurs remorquaient en chantant[101], barge-romaine-du-1er vaisseaux à voiles que le vent secouait comme sur une mer[102], barques énormes que manœuvraient de fortes équipes de matelots[103], pirogues creusées dans des troncs d’arbres[104], convois de transports remplis de troupes[105], canots légers et rapides qui filaient à toute allure pour les estafettes[106] ou les amateurs de sports[107], bateaux[108] ou bacs[109] de passage où s’entassaient voyageurs, bêtes et véhicules, nageurs appuyés sur des outres qui traversaient à meilleur compte, trains de radeaux à lenteurs éternelles[110], navires de plaisance aux tentes de pourpre destinés aux voyageurs de distinction[111], un monde toujours étrange d’êtres et de choses se mouvait sur ces eaux : c’était, entre Arles et Chalon, le plus pittoresque et le plus bruyant des chemins fluviaux de l’Occident, et sans doute, dans le monde entier, n’y avait-il rien qui lui fût alors comparable, sauf le Nil au-dessous des cataractes. Encore n’était-ce point à son fleuve que l’Égypte devait sa capitale d’Alexandrie, tandis que la métropole de la Gaule romaine, Lyon, trônait au milieu même du chemin de ses rivières.

 

Des deux côtés de cette voie maîtresse, la vie gagnait les moindres affluents. À la différence d’aujourd’hui, la Durance, que ses riverains ne captaient pas encore, avait ses bateliers et ses passeurs. On naviguait ou on faisait flotter sur l’Isère, sur l’Ardèche et peut-être sur l’Ouvèze même, la rivière de Vaison. Genève possédait, sur le lac, sa flottille de bateaux et de radeaux[112].

 

Le mouvement devait être aussi très intense sur le Rhin, bordé de villes et de camps[113]. Mais je ne crois pas qu’il eût la variété pittoresque du trafic rhodanien : tout, sur cette voie frontière, se subordonnait aux règlements militaires, et les escadrilles de guerre qui stationnaient à Mayence[114], à Andernach[115], à Cologne[116] et à Nimègue[117], surveillaient et entravaient le va-et-vient d’une ville ou d’une rive à l’autre.

 

Mais sur la Moselle, de Coblentz à Metz, la vie civile reprenait ses droits, stimulée plutôt que gênée par l’approche des garnisons : le long de ses eaux claires, au pied des coteaux verdoyants qui se miraient en elles, s’affairaient sans relâche les gabares chargées de tonneaux, les barques de pêche, les canots de la jeunesse désœuvrée[118]. Il semblait que la nature aurait voulu, par delà les Faucilles, continuer en Moselle la route vivante de la Saône et du Rhône, et faire sur toutes ces eaux une même ligne de travail et de gaieté, depuis Arles filleule de la Méditerranée jusqu’à Trèves voisine du Rhin. Comme l’on comprend qu’un audacieux légat ait rêvé un jour de réunir toutes ces rivières, pour ouvrir avec elles, au milieu même de la Gaule, la plus belle route du monde entier !

 

Sur les trois grands fleuves de l’Atlantique, au contraire, nous n’avons pas la même impression d’énergies qui s’activent et de marchandises qui se pressent. On s’explique aisément pourquoi. La voie de terre, de ce côté, a été victorieuse de la rivière. Seine, Loire et Garonne servaient jadis aux transports vers le nord ou vers le sud, entre la Gaule et la Bretagne a ceux-ci prennent maintenant la route de Boulogne, directe et rapide. Quant au commerce dans la direction de l’est ou de l’ouest, entre l’Espagne, la Gaule et l’armée du Rhin, il n’a pas le moindre besoin des fleuves. Ils se trouvèrent donc réduits à un service intérieur, et encore les courbes allongeaient tellement les distances et les temps, qu’on ne résistait pas à la tentation, entre Roanne et Nantes, Sens et Rouen, et même Toulouse et Bordeaux, de prendre la route de terre : il en allait autrement entre Arles et Chalon, sur le Rhône et la Saône, ligne aussi droite que celle d’une voie romaine.

 

De ces trois fleuves océaniques, c’est encore la Seine qui résista le plus à la concurrence, sans doute à cause de la forme régulière de son bassin, des chemins convergents et rapprochés qu’étaient tous ses cours d’eaux. Entre eux, Paris et les abris de son île se présentaient comme un centre et un refuge naturels. Aussi la cité garda-t-elle sous les empereurs ses nautes ou marchands de l’eau, corporation hardie dont les membres demeurèrent pendant longtemps armés et équipés à la gauloise ; et dans la plus belle ruine qu’elle nous a laissée de ce temps, la grande salle de l’édifice mystérieux de Cluny, on peut voir encore, sculpté en la forme d’une console, un avant de navire chargé d’armes, symbole peut-être de la puissance que la nature assignait à Paris[119].

 

Ni sur la Loire[120] ni sur la Garonne nous n’avons remarqué jusqu’ici rien de pareil. Il y a un port à Nantes[121] et à Bordeaux, et il fallait en ces deux villes un nombre imposant de barques et de gabares pour la traversée des fleuves et le transport des pierres ou des barriques[122]. Mais le trafic fluvial nous paraît limité aux besoins immédiats de la cité. À Bordeaux, les commerçants forment une partie notable de la population : tout porte à croire que leurs marchandises allaient par les routes de terre, surtout par celles du Centre et du Nord. De son activité d’alors, il nous reste des images innombrables : aucune ne rappelle la vie de son fleuve[123].

 

Camille Jullian - Histoire de la Gaule, Tome V

 

[98] Claude en 43, d’Arles à Chalon ? ; Vitellius en 69, de Chalon à Lyon.

[99] Dion Cassius en rappelle l’importance, XLIV, 42, 4.

[100] Sans doute à fond plat (cf. note suivante). C’est à eux que je rapporte les stlattæ d’Ausone sur la Garonne et le Tarn (Epist., 22, 31) et de la mosaïque d’Althiburus, et les pontonia d’Isidore (Orig., XIX, I, 24) ; peut-être aussi les planæ carinis de Germanicus sur le Rhin (Tacite, Ann., II, 6).

[101] Helciarii, sur la Seine à Lyon (Sidoine, Epist., II, 10, 4) : sur la Moselle, Ausone, Mos., 41-2, où je laisse malorum au lieu de la correction mulorum (si on l’acceptait, ce serait le halage par bêtes de somme, et non à bras d’hommes, ce qui était du reste aussi en usage : Horace, Sat., I, 5, 19) ; monument de Cabrières-d’Aigues, halage sur la Durance vers Cavaillon (Bonnard, p. 241) ; monument d’Igel, sur la Moselle (Esp., VI, p. 455) ; autre, sur la Moselle (Esp., VI, p. 340 : voyez l’attache de la corde au mât). — Ausone (Mos., 47) semble parler de chemins de halage pavés.

[102] Ce sont les pontones de César (De b. c., III, 29, 3), quod est genus navum Gallicarum ; César les appelle ailleurs naves onerariæ (id., 40, 5). C’est également à ce genre que la mosaïque d’Althihurus applique le mot de ponto, dont le sens s’est déplacé plus tard. Cf. aussi les grands navires de transport pour hommes, chevaux et vivres, navires pontés, construits par Germanicus sur le Rhin, et, de même, les naves angustæ pappi proraque et lato utero, les uns et les autres destinés à naviguer aussi sur la mer (du Nord, Tacite, Ann., II, 6), comme, je crois, ceux du Rhône dont parle Ammien. Sur le Rhône, grandissimas naves, ventorum difflata jactati sæpius adsuetas, Ammien, XV, II, 18. Espérandieu, n° 5261 (sur la Moselle ?).

[103] Monument de Blussus à Mayence, sur le Rhin (Bonnard, p. 147 ; C. I. L., XIII, 7067) ; barques de Neumagen, chargées de barriques, sur la Moselle (Esp., n° 5184, 5193, 519S) ; etc. Il ne serait pas impossible qu’elles eussent un mât et pussent aller aussi à la voile. C’est à ce groupe qu’Ausone semble appliquer (en Garonne) le mot acatus (var. acatia, acatium ; Epist., 21, 31).

[104] Lembus caudiceus, Ausone, Mos., 197 ; cf. Tite-Live, XXI, 20, 9 (sur le bas Rhône). Peut-être le bateau à pagaie, Bonnard, p. 143 ; Déchelette, Manuel, I, p. 542-3 (beaucoup de pirogues citées peuvent être romaines).

[105] Il est certain qu’on embarquait souvent des troupes à Chalon, par exemple lors de l’expédition de Constantin coutre Maximien en 308 : l’armée se rend du Rhin à Chalon, et s’y embarque pour Arles (Panégyrique de Constantin, Pan. Lat., VII (VI), 18). Cf., sur le Rhin, les vaisseaux de transport, sans doute de troupes, à deux gouvernails ; Tacite, Ann., II, 6. — Les phaseli d’Ausone doivent être de légers vaisseaux de transport pour marchandises (Epist., 22, 31).

[106] Cursoria au féminin ; Sidoine, Ép., I, 5 (sur le Pô) ; Ausone, Ép., 2, 5-10 (sur la Moselle). Cf. les vegetiæ (mot rectifié : Aulu-Gelle, X. 25, 5 ; mosaïque d’Althiburus) ; vegetorum, genus fluvialium navium aput Gallos, C. gl. L., IV. p. 191 ; V, p. 518, 613.

[107] Exercices de canotage sur la Moselle, Ausone, Mos., 200 et s. (lembi remipedes).

[108] Les listres sont des barques ordinaires servant aux transports à petite distance, ou aux passages ; Ausone, Ép., 22, 31 (Garonne) ; César, De b. G., VII, 60, 4 (Paris) ; I, 12, 1 (Mâcon).

[109] Je me demande si le mot geseoreta chez Aulu-Gelle (X, 25, 5) n’est pas le nom gaulois d’un bateau de passage, le radical de ce mot se retrouvant dans les noms de deux ports de la Gaule, Gesoriacum, Boulogne, et Gesocribate.

[110] Ratis, sur la Garonne et le Tarn ; Ausone, Ép., 22, 31.

[111] Cf. Sidoine, Ép., VIII, 12, 5. Il faut rappeler à ce propos le goût des Gallo-romains pour les villas riveraines des cours d’eau.

[112] Ratis peut d’ailleurs signifier aussi un bac ou bateau plat à rames pour eaux très peu profondes.

[113] Cf. le monument de Blussus. — La batellerie remontait l’Aar et les lacs suisses.

[114] C., XIII, 6712, 6714 (navalia). — Il y a peut-être une flottille sur le lac de Constance avant 300. — Le port et la station militaires d’Altripp près de Spire ne sont mentionnés que sous le Bas Empire (C. I. L., XIII, II, p. 175 ; Bœcking, Not., p. 966).

[115] Point certain (XIII, II, 7681 ; cf. ibid., p. 489). — On a tort de placer une station à Brohl : les soldats de la flotte n’y sont venus que pour y travailler aux carrières.

[116] A Alteburg près de Cologne : c’est, je crois, le vrai centre de la classis Germanica (XIII, II, p. 506). — Il n’est pas sûr que le camp naval de Bonn ait été maintenu.

[117] Douteux ; cependant l’importance des constructions (navalia ?) donne le droit de supposer une station navale à Nimègue. — Stations terminales vers la mer : à Voorburg près de La Haye, sur le canal de Corbulon (XIII, II, p. 637), à Katwyk sur la mer, port du Vieux Rhin (XIII, II, p. 641), au grand port commercial de Vechten.

[118] Nautæ Mosallici à Metz, XIII, 4335.

[119] C. I. L., XIII, 3026.

[120] Il n’est pas inutile de rappeler que César signale des embarcations sur la Loire à Nevers (VII, 55, 8).

[121] Le port, vicus Portus (C. I. L., XIII, 3105-7), me parait être le quartier du port, en aval de la ligne du Canal (Mattre, Géogr.... de la Loire-Inf., 1893, p. 381, préfère en amont, au port Maillard ou à Richebourg), la ville de Nantes proprement dite restant bâtie sur la partie haute, là où s’élèvera la ville murée du Bas Empire, au confluent de l’Erdre, et sous le nom de Condeviens = vicus du confluent (Ptolémée, II, 8, 8). Portu(s) Naamnetu(m), Table, 1, 2, désigne Nantes.

[122] A Nantes, nautæ Ligerici, associés au vicus du port dans une dédicace religieuse (XIII, 3103).

[123] Les scènes où interviennent des embarcations paraissent purement mythologiques (Esp., n° 1103, 1100), très différentes des représentations réalistes que nous avons trouvées en si grand nombre sur la Moselle.

Par Lutece - Publié dans : La Gaule Romaine - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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