Jeudi 2 février 2012 4 02 /02 /Fév /2012 08:13

  Félix-Joseph Barrias est né en 1822. Il étudia à l'École des beaux-arts de Paris, puis suivit l'enseignement de Léon Coignet. Après avoir présenté plusieurs portraits au Salon de l'Académie des Beaux-Arts en 1840, le peu de succès remporté le pousse à s'orienter vers la peinture d'histoire et les sujets religieux. En 1844, il est enfin reconnu et remporte le grand prix de Rome pour son Cincinnatus recevant les ambassadeurs au sénat. Il est alors pensionné par la villa Médicis et séjourne à Rome de 1845 à 1849. En 1874, il réalisa "Gaulois et jeune fille prisonniers à Rome", une toile peinte à l'huile de 236 sur 171,5 cm, conservée aujourd'hui au musée Rolin à Autun.

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Par Lutece - Publié dans : Peintures d'Histoire - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 07:34

             Vercingétorix

 

     Chapitre VI - Vercingétorix, ami de César.

 

6. Ce que les Gaulois pouvaient penser de l’amitié de César.

 

Les calculs de César devaient être déjoués. Il jugea les Gaulois plus naïfs et plus crédules qu’ils ne l’étaient. Il les traitait trop volontiers en enfants qu’un hochet fait rester tranquilles.

L’aimable et triomphant proconsul n’apporta pas toujours, dans son appréciation des hommes, la science subtile et froide qui convenait à un manieur de peuples. Lui qui passa sa vie à réagir en vainqueur contre l’univers entier, il s’égara jusqu’à la veille de sa mort sur les sentiments de ses amis et de ses familiers. Sa confiance le perdit à Rome et faillit le perdre en Gaule. Aucun de ces chefs auxquels il donna le titre d’ami ne se crut tenu à une éternelle amitié. C’était pour eux une précaution contre les incertitudes du lendemain, un moyen de donner le change et de voir venir.

Ni Dumnorix, ni Ambiorix, ni Commios l’Atrébate, ni Vercingétorix n’entendirent engager leur parole qu’autant que le chef romain demeurerait véritablement l’ami de la Gaule, l’ami et non le maître. Quand tous ces satellites politiques de César se retournèrent contre lui, l’un après l’autre, aucun ne pensa violer la foi jurée : ils avaient mille motifs de croire que le proconsul y avait manqué le premier. S’il se plaignit, c’est qu’il se montrait un bienfaiteur ingrat : en le servant un ou deux ans, les Gaulois avaient suffisamment donné en échange d’un vain litre. Car, depuis 61, on avait tellement abusé de ce mot d’ami du peuple romain que les Gaulois avaient fini par l’estimer à sa juste valeur, et par le coter à peu près aussi exactement que les Romains eux-mêmes. Tous étaient prêts à lui déclarer ce que lui avait dit Arioviste, ami lui aussi du peuple romain de par la grâce de Jules César : Me croit-on assez barbare et assez innocent pour ne pas savoir ce que vaut une pareille amitié ? A-t-elle servi aux Éduens ? Ce litre n’a jamais été pour Rome qu’un prétexte à mettre des armées en marche. Les Gaulois pensèrent de même, jusqu’au jour où César leur eut montré que, si l’amitié du peuple romain était une formule de soumission, l’inimitié de César était une menace de mort.

 

7. Progrès continus du parti national : Dumnorix, Indutiomar, Ambiorix.

 

C’est qu’en effet la Gaule n’avait pas accepté comme un fait accompli la mainmise du proconsul sur ses libertés. Elle fut surprise, elle ne fut pas domptée. En dépit de cinq années de défaites partielles (de 58 à 84), le regret de la liberté, loin de s’atténuer, ne fit que grandir. Je ne parle pas seulement des blessures d’amour-propre que causèrent les pratiques politiques de César, favorable tour à tour aux sénats et à la royauté, débarrassant d’abord les cités de la crainte des tyrans et la leur infligeant ensuite. Mais il y a eu, depuis l’automne de 58 jusqu’aux révoltes générales, un progrès continu du patriotisme gaulois.

J’appelle de ce nom le désir de voir chaque cité obéir à ses lois traditionnelles, et toutes les cités de la Gaule s’unir en une seule fédération. La cause de l’indépendance nationale devenait de plus en plus inséparable de l’espérance d’un grand empire gaulois, à la manière rêvée par Dumnorix. Pour recouvrer l’autonomie, chaque cité devait s’associer à toutes : il n’y avait chance de succès que dans un effort collectif. L’idée d’une patrie commune, en puissance depuis des siècles chez les Gaulois, prenait corps au contact de César, de même que l’hellénisme se développa sous la pression des Barbares. Le patriotisme a besoin, pour grandir, de sentir l’adversaire ou l’étranger, c’est une vertu de réaction autant que de réflexion. Chaque année que le proconsul passait en Gaule, au lieu de l’acheminer vers la soumission définitive, le rapprochait au contraire de l’insurrection en masse.

Immédiatement après la défaite d’Arioviste, on entrevoit déjà la perspective d’un soulèvement national. On avait cru que César, ayant achevé la mission dont les Séquanes et les Éduens l’avaient chargé, ramènerait ses troupes au sud du Rhône : il les fit hiverner dans les vallées du Doubs et de la Saône. Aussi, lorsque, dans l’hiver de 58-57, les Belges se liguèrent contre Rome, ils furent encouragés par des Gaulois qui approchaient César ; et ceux-là, l’auteur des Commentaires les distingue fort nettement des démagogues en rupture d’ambitions : ce sont, dit-il, des hommes qui éprouvent à la vue de l’armée romaine la même impatience qu’à la vue des bandes d’Arioviste. C’étaient des âmes généreuses et fières, et vraiment patriotes.

Leur inspiration se fait sentir chaque année plus fortement. Les Bellovaques déclarent en 57 qu’ils veulent délivrer les Éduens de l’humiliante amitié de Rome. L’hiver suivant (57-56), les Vénètes et leurs voisins de l’Océan exhortent les peuples à demeurer dans cette liberté qu’ils tenaient de leurs ancêtres et à la préférer à cette servitude qui vient des Romains. — Un instant, il sembla que Dumnorix allait enfin grouper toute la Gaule contre Jules César.

Dumnorix, malgré la présence et les offres des Romains, rêvait encore des mêmes projets que du vivant de son beau-père Orgétorix. Il voulait pour lui un pouvoir plus vaste et plus noble que la royauté précaire des Éduens. En attendant, il demeurait auprès du proconsul, comme un dernier survivant des conjurations d’autrefois. Alors que, oublié ou mort, Diviciac disparaît après 57 du récit de César, son frère Dumnorix est encore un des chefs de la cavalerie auxiliaire. César, tout en le flattant, le surveillait ; mais Dumnorix le surveillait à son tour, et, tandis que le Romain se servait de son nom pour effrayer les sénateurs éduens, le Celte cherchait l’occasion de s’évader de son commandement vers la Gaule insurgée. Le parti patriote le regardait de plus en plus comme son chef naturel. Dumnorix faisait représenter sur ses monnaies l’appareil farouche d’un guerrier national, l’épée gauloise suspendue à son flanc, tenant de la main gauche la tête coupée de l’ennemi vaincu, agitant de la main droite la trompette et l’enseigne : une telle image sonnait comme une proclamation de guerre. — Il crut le moment venu lors de la seconde expédition de Bretagne (54). La conspiration était faite, les serments avaient été prononcés, le conseil des chefs organisé, la liberté de la Gaule jurée. César, prévenu au moment précis de son départ, donna l’ordre d’arrêter Dumnorix. Il se défendit l’épée au poing, criant qu’il était né libre et citoyen d’un peuple libre. On le tua. Les chefs conjurés suivirent César et attendirent.

Quelques semaines se passent ; puis, cette même année 54, ce sont l’éburon Ambiorix et le Ambiorix trévire Indutiomar qui se soulèvent. Mais ils ne sont pas isolés. Ambiorix déclare, qu’il le sache ou qu’il l’espère, que les chefs gaulois se sont unis pour reconquérir la liberté commune ; la Gaule a pris, disait-il, la résolution d’être indépendante. Indutiomar a reçu des délégués de presque toutes les cités. À la fin de l’automne de 54, il n’y eut aucune nation, sauf les Éduens et les Rèmes, qui ne donnât de l’inquiétude à César ; des députés et des messages se croisaient en tout sens ; des assemblées se tenaient dans les lieux écartés ; on traçait même des plans de guerre, et déjà l’Armorique avait levé et concentré ses contingents. Ambiorix et Indutiomar héritaient des espérances semées par Dumnorix. — Ils prirent trop tôt les armes, et grâce à la résistance désespérée de certains légats de César et à la hardiesse militaire de Labienus, le mouvement fut localisé dans la région voisine de la Germanie. Indutiomar fut tué, Ambiorix bloqué dans son pays. Mais la conjuration de toute la Gaule n’en demeurait pas moins à l’état de sourde menace.

Ni Dumnorix, ni Ambiorix n’auraient pu réussir, je crois, à la traduire en acte et à la formuler en empire. Ambiorix n’était que le chef lointain d’une peuplade sauvage, à demi germanique. À l’appel de la Gaule Indutiomar avait répondu par l’appel aux Germains ; et, s’il l’avait emporté, il eût été pour ses alliés aussi gênant qu’Arioviste. — Dumnorix, lui, était un franc Gaulois et chef dans la plus noble des nations. Mais il n’y était pas le maître absolu, et cette nation était irrémédiablement compromise, depuis trois générations, dans l’alliance romaine : toutes les trahisons étaient venues d’elle ; Dumnorix lui-même, tour à tour comploteur et résigné, gendre d’Orgétorix et officier de César, s’était usé dans huit années d’incertitudes.

Mais, qu’au centre même de la Gaule purement celtique, se soulève une nation forte et populeuse, que l’amitié romaine n’ait point avilie et que son passé de gloire et ses souvenirs d’alliances désignent à l’obéissance de tous ; qu’à la tête de cette nation se dresse un chef nouveau, au nom intact, que la puissance de sa famille, le prestige de sa personne, la tradition de ses ancêtres invitent à commander à son peuple : l’union se fera bientôt, dans toute la Gaule, autour de ce peuple et de ce chef.

C’est après l’échec des conjurations de Dumnorix et d’Ambiorix que l’arverne Vercingétorix, fils de Celtill, renonça à l’amitié de Jules César pour défendre la liberté de la Gaule.

 

À suivre...

Par Lutece - Publié dans : Livres/Romans - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 08:33

   Les lieux habités par l'homme sont fréquemment caractérisé par des mots désignant la maison. « Maison » est issue de mansionem (accusatif de mantion), de la famille du latin manere « rester, demeurer ». Le terme apparaît rarement seul, trop courant pour se passer d’un élément déterminant. En Vendée, sont issus de manere des noms formés avec –main « maison » comme La Mainborgère, avec –mans comme Manfray « maison froide », Le Mans et Le Mans Brun – qui n’ont aucun rapport avec Le Mans dans la Sarthe, capitale des Gaulois Cenomani ou Cenomanni. Mes ou , mai, may,meix… apparaissent dans Le Mée (Eure-et-Loir, Mesum 1192), Les Mées (Sarthe, Manso 1028), Meys (Rhône) ; on les panneau-mas-blanc-des-alpilles.png trouve dans Beaumetz (Pas-de-Calais), Messas (Loiret) avec le latin arsus « brulé », Royaumeix (Meurthe-et-Moselle) avec royal. La langue d’oc qui, elle, utilise le dérivé mas, possède des toponymes comme Mas-Blanc-des-Alpilles (Bouches-du-Rhône), le Mas-Grenier (Tarn-et-Garonne) ou le Mas-d’Azil (Ariège).


   Parmi les dérivés des mansionem, le bas-latin a créé un nouveau terme, mansionile, devenu en français médiéval maisnil, mesnil, « maison avec terrain ». Il en existe des quantités, avec ou sans déterminant. Si le Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) évoque le terrain crayeux (XIe siècle), Ménilmontant, village rattaché à Paris en même temps que Belleville en 1860, serait, d’après Marianne Mulon*, un mesnil-Mautemps, du nom d’un possesseur, encore qu’une charte de 1224 latinise le nom en mesnilium mali temporis « mesnil du mau(vais) temps » ; les pentes de Ménilmontant ayant, de toute façon, favorisé la déformation en montant.


   Les « Maison-Rouge » seraient-elles d’anciennes auberges situées le long des voies romaines ? Certaines sans doute. Mais, hormis quelques exemples (Rouge-Maison dans l’Aisne, la Marne, le Pas-de-Calais), Maison-Rouge conserve l’ordre substantif –adjectif du français moderne, plaidant pour le caractère récent de la formation. Par ailleurs, l’adjectif « rouge » peut caractériser n’importe quel bâtiment de cette couleur, sans que l’on puisse établir systématiquement un lien de proximité avec une voie.

Autre mot du bas-latin, casa, au sens de « maison » à, lui aussi, fourni d’innombrables toponymes, formés sur chese, chiese en langue d’oïl, sur casa en langue d’oc. S’il a lui-même disparu du vocabulaire français, il a tout de même engendré la préposition chez (d’abords chiés, 1130-1160), très employée devant des noms de personnes : Chez-Fortuneau, Chez-Gallant, Chez-les-Gens, Chez-les-Rois (Charente-Maritime). Les dérivés peuvent être seuls : La Chaise (Aube, Charente), La Chase (Lozère), La Chèze (Côtes-d’Armor), Caix (Somme), La Quièze à Saméon (Nord), Kiesa 1221, avec une phonétique picarde, ou s’accompagner de déterminants : Casefabre (Pyrénées-Orientales) avec faber, forgeron ; Casalta (Corse) « maison haute », Chèzeneuve (Isère). Dans le midi de la France, les dérivés donnent ; La Chaze-de-Peyre (Lozère), et les divers Cazals (Ariège Lot, Lot-et-Garonne), Cazaux (Ariège, Haute-Garonne, Gers, etc…)

Chaze-de-peyre
 Chaze-de-peyre2

  Borde « cabane, maisonnette, métairie » est un mot d’origine germanique (francique bort « planche », d’où borda « cabane » en latin tardif), désignant d’abord la maison isolée, puis des hameaux : La Borde (Aisne, Aube, Haute-Marne, etc…), Les Bordes (Cher, Côte-d’Or, Loiret, etc…). On connaît des dérivés Le ou Les Bourdeaux (Vienne, Deux-Sèvres), Bourdigal et Bourdigaux en composition Bordesoulle (Vienne) soulle « seule ». Quant à la ville de Bordeaux  (Gironde), elle est mentionnée dans l’Antiquité romaine sous le nom de Burdigala, mais l’évolution phonétique qui a abouti au pluriel Bordeaux et laisse supposer une interférence avec le mot germanique borde, n’est pas claire. Dès le VIIe siècle, est attestée une forme Bordel, puis on trouve au XIIIe siècle, Bordeu.


  Certains toponymes ont une connotation régionale. Pierre Gauthier** nous apprend queBourrines photographiées vers 1890 par Jules-César Robuch La ou Les Bourrine(s) se trouvent tous dans le marais breton-vendéen (18 exemples), dont ils évoquent l’habitation typique : « celle-ci tire son nom d’un adjectif formé sur le mot bourre désignant ici les joncs servant à la couverture ; à l’origine, on disait maison bourrine sur le modèle de maison teubline « couverte de tuiles » ou chaumine « couverte de chaume ». Le bousillage (Vendée) conserve le terme désignant « le torchis de terre et de paille détrempée » qui permet de construire cette habitation ; on le retrouve à Le Bousillé (Deux-Sèvres) ». En Île-de-France, Senlisse (Yvelines) Scindelicias en 862, n’a rien à voir avec Senlis (Oise), issu du nom d’un peuple gaulois, mais désigne des maisons couvertes de berdeaux (du latin scindula « bardeau »). Quant aux nombreux Malassis, Malassise (la maison de Malassize en 1373 à Voinsles, Seine-et-Marne), ils désigneraient des habitations mal construites, plutôt que mal situées.

 

  * Marianne Mulon, Noms de lieux d'Île de France, éd. Bonneton

** Pierre Gauthier, Noms de lieux du Poitou, éd. Bonneton

 

Photos : La Chaze de Peyre _ christiane53.over-blog.com  -  Bourrines vendéennes _ bourrines photographiées vers 1890 par Jules-César Robuchon

 

Source : L'Archéologue N° 105

Par Lutece - Publié dans : L'histoire des mots - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Samedi 28 janvier 2012 6 28 /01 /Jan /2012 09:37

              Vercingétorix

 

     Chapitre VI - Vercingétorix, ami de César.

 

4. De quelle manière César commandait à la Gaule.

 

Ce semestre de campagnes militaires et politiques (avril-septembre 58) présente donc en raccourci toute l’œuvre que les Romains se sont assignée en Gaule ; les quatre années qui suivirent (57-54) furent consacrées par César à développer le programme qu’il avait d’abord tracé.

À l’intérieur, il imposa l’hégémonie romaine aux différentes ligues qui, en 58, n’avaient point suivi l’exemple des Séquanes et des Éduens : celles des Belges au delà de la Marne, de l’Armorique sur l’Océan, des Aquitains non gaulois au sud de la Garonne. Mais, plus encore qu’à cette tâche intérieure, César s’appliqua à fixer et protéger la frontière de la Gaule. Du côté des Alpes, la route fut ouverte vers l’Italie ; les Cantabres furent rejetés en Espagne ; les Bretons, menacés sur leur île, n’eurent plus la tentation de secourir la Gaule ; et les Germains, deux fois attaqués chez eux, finirent par comprendre que le Rhin allait être la limite sacrée de la chose romaine. Ainsi, avant que la Gaule eût été franchement conquise, César en avait pacifié les abords : la future province était créée, pour ainsi dire, par le dehors.

Périodiquement, les cités gauloises alliées de César envoyaient à son camp des délégués, qui formaient, sous sa présidence ou sous sa protection, le conseil général des Gaules. Elles entretenaient des otages auprès de lui ; il s’approvisionnait chez elles de blé, de fourrage, d’armes et de munitions ; il entrait librement dans leurs places- fortes. Leur noblesse formait dans l’armée romaine la cavalerie auxiliaire. C’était le proconsul qui fixait leur contingent militaire. Il était le chef suprême des armées gauloises unies à ses légions. Il ne commandait pas à la Gaule d’une manière très différente de celle d’un Celtill ou d’un Bituit.

Les cités étaient libres de s’unir, comme autrefois, sous le principal des plus autorisées. Il y avait, comme avant l’arrivée de César, deux grandes ligues : les Éduens avaient recouvré leurs anciens clients, et en avaient acquis de nouveaux ; les Rèmes avaient remplacé les Séquanes et les Arvernes à la tête de la seconde confédération. Mais c’était l’amitié de César qui était la principale garantie de l’hégémonie de l’une et l’autre nations.

  À l’intérieur des cités, il respecta de même, au moins dans les premiers temps, les usages établis. Mais il s’ingéniait de manière à disposer des hommes et des décisions. Il les faisait gouverner par ses amis, ses protégés ou ses obligés. Ambiorix, un chef des Éburons, la plus indomptable et la plus sauvage des nations belges et l’avant-garde de la Gaule entre la Meuse et le Rhin, regardait César comme son bienfaiteur : il lui devait la liberté de son peuple et de son fils (en 57). Chez les Trévires, leurs voisins de la Moselle, le proconsul donna le pouvoir à Cingétorix, qui avait (peut-être dès 58) réclamé l’amitié du peuple romain. Il distribua sans doute à profusion ce titre d’ami, ami du peuple romain ou ami de César. La clientèle de César s’étendit sur la Gaule entière, plus encore que celle des Rèmes ou des Éduens.

Ainsi, la Gaule continuait à être tenue comme elle avait l’habitude de l’être, par les liens flottants de la foi jurée et de la vassalité personnelle. César n’était pas un proconsul commandant à des sujets de Rome ; c’était un chef suprême parlant à des amis et à des clients.

 

5. César restaure la royauté : Vercingétorix, ami de César.

 

Le sénat de Rome, s’il fut assez intelligent pour comprendre ce qui se passait à Bibracte ou à Reims, ne pouvait s’en réjouir. Un proconsul à sa dévotion aurait agi d’une autre manière. Ces procédés de César faisaient pressentir le dictateur, le candidat à la royauté. Avant d’être prince ou roi à Rome, il s’essayait à l’être en Gaule.

Aussi, se préparant à la tyrannie du monde et à la conquête de l’aristocratie romaine, il cesar.jpg n’eut pas toujours pour les sénats des cités gauloises le respect et les attentions que Flamininus et Paul-Émile avaient témoignés à ceux de la Grèce. Le régime oligarchique des chefs ne trouva pas chez lui les sympathies exclusives que le patriciat éduen avait espérées. César ne tarda pas à moins s’inquiéter de ces aspirations monarchiques et populaires contre lesquelles Diviciac l'avait mis en garde. Du jour où il se crut le maître en Gaule, il pensa qu’il lui était profitable d’avoir comme amis des tyrans ou des rois gaulois. Après tout, leur situation ressemblerait un jour à la sienne, et, dans ses luttes contre la noblesse italienne, il trouverait un appui plus utile chez des rois amis de César que chez un sénat frère du peuple romain. Aussi peu à peu voyons-nous se réorganiser en Gaule, avec l’appui du proconsul, ces monarchies que Rome et César lui-même avaient contribué à renverser.

César avait fait hiverner ses légions chez les Carnutes en 57-56, et il s’y était cherché des amis. Le principal des chefs de cette nation, l’homme qui y avait le même rang que Vercingétorix chez les Arvernes ou Castic chez les Séquanes, était Tasget, fils ou descendant des rois du pays, le représentant de la famille souveraine à laquelle l’aristocratie avait enlevé le titre royal. Tasget s’était attaché à la fortune de César, le suivit dans ses guerres, se comporta près de lui à la Gauloise, bravement et loyalement. Aussi, dès l’année 56, et peut-être avec l’aide des légions, Tasget reçut de César l’investiture du pouvoir royal qu’avaient détenu ses ancêtres : la monarchie fut rétablie chez les Carnutes, à la grande colère des sénateurs du lieu, et à la surprise, sans doute, de ceux de la Gaule. — Les Sénons étaient, comme les Carnutes, un peuple d’une grande puissance et d’une haute influence. Au moment de l’arrivée de César, ils obéissaient à leur roi Moritasg, descendant d’une ancienne dynastie : ils réussirent, vers ce temps-là, à se débarrasser de la royauté ; mais plus tard le proconsul leur imposa comme monarque le frère même de Moritasg, Cavarin. — Ces deux faits ne peuvent être des exceptions : nous ne voyons nulle part César substituant à la monarchie le régime sénatorial, et nous connaissons le nom de quelques rois dont il s’est fait le créateur. Quand les familles royales lui manquaient dans un pays, il cherchait ailleurs. Commius, qu’il fit roi chez les Morins (en 57 ?), était un Atrébate. Et c’est parce qu’il aimait à forger des rois que, en manière de plaisanterie, il offrait quelque royauté gauloise aux Romains qui cherchaient fortune près de lui.

Il y a plus. Le bruit courut en Gaule qu’il avait fait espérer à Dumnorix le titre de roi des Éduens. Dumnorix avait affirmé ce propos devant le sénat de son peuple ; César le rapporte sans le démentir, et j’incline à croire qu’il a fait l’offre, soit sincèrement, pour s’attacher Dumnorix, le plus célèbre et le plus influent des chefs gaulois, soit par une double ruse, pour le brouiller avec les sénateurs éduens et les tenir en respect sous la menace de la monarchie.

Ce fut dans des intentions semblables que le proconsul donna le titre d’ami, mais d’ami de César, à Vercingétorix. Le fils de Celtill était le chef du clan le plus puissant de l’Auvergne ; son père avait failli être roi et avait commandé à toute la Gaule ; il pouvait, le moment venu, s’inspirer des souvenirs paternels, et prétendre aux mêmes rôles qu’Orgétorix et Dumnorix. César prit les devants ; il crut se le concilier en lui attribuant le titre d’ami ; peut-être même lui fit-il, comme à Dumnorix, la vague promesse d’une royauté sur son peuple.

 

À suivre...

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Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 06:47

   Saint-Witz est une petite ville du Val d’Oise, comptant près de 3 000 habitants. Situé à une trentaine de kilomètres au nord-est de Paris et à 17 km de Chantilly, la commune aujourd’hui en plein expansion (pour le meilleur et pour le pire), est dominée par une colline. Celle-ci, au centre de grandes étendues plates, lui valut dès le IIe siècle, l’appellation  de Mont-Médius (le Mont du milieu) donnée par les romains. Puis, au cours des siècles, le nom se transforme maintes fois en diverses dénominations, telles que Mont-Melianus, Montmilliant, Mons-Melii, Monsmediolanus ou Mons-Medius, jusqu’à devenir de nos jours Montmélian, non sans avoir subi différentes orthographes. colline-de-montmelian.JPG

La colline de Montmélian fut un lieu de culte pour les Gaulois qui venait y vénérer Teutates. Le sommet de la colline, entièrement boisée, est couvert d’arbres feuillus, principalement chênes, ormes et châtaigniers. Or, pour les Gaulois, la forêt détenait un pouvoir sacré, c’était le centre de la vie religieuse. On y pratiquait le culte de Teutates, on s’y réunissait autour des druides pour les fêtes et les cérémonies. La forêt présentait aussi de nombreux avantages et offrait quantité de facilités : ses chênes fournissaient des glands dont se nourrissaient les porcs ; les fruits du cornouiller mis à fermenter donnaient la cervoise, boisson favorite des gaulois. De plus, elle abritait sangliers, cerfs et daims qui constituaient des mets particulièrement appréciés lors des fêtes. Les menuisiers et charpentiers, y trouvaient le bois nécessaire à la construction des habitations ou autres.

  Les hommes s’y sont donc installés et ont transformé le paysage naturel de landes et de buissons. Ils ont chassé le cerf et le sanglier, ont défriché les broussailles, les bois, ont cultivé la terre, surtout les céréales et ont élevé des bovins et des porcs.

 

  Conquise par César, la Gaule se romanise. Sur la colline du Mont mélius, Mercure remplace Teutates. De nouveaux habitants s’installent dans le pays. Ils établissent un castrum avec garnison et temple où l’on adore le dieu Mercure. Autour de cette place fortifiée gallo-romaine, des paysans et des artisans viennent s’établir. Ils formeront plus tard le premier village de Saint-Witz.

  Dans toute la région, de nombreux sites d’habitat et des exploitations agricoles isolées se créent et témoignent d’une période prospère qui s’étendra jusqu’aux premières invasions barbares de la fin du troisième siècle. Le nombre et la dispersion des sites d’habitats gallo-romains identifiés par les archéologues en sont la preuve.

 

     L'ère chrétienne.

 

  Au IIIe siècle, Régulus d’Arles (appelé aussi Saint Rieul), originaire d’Argos (Grèce) quitta la Provence pour évangéliser le nord de la Gaule. Se dirigeant vers la Picardie pour y prêcher l’Évangile, il apprit en faisant halte à Louvres, qu’une foule était réunie sur la colline de Montmélian pour adorer Mercure et se livrer au commerce. Il s’y rendit aussitôt.

  Ses talents de prédicateur firent merveille et par la grâce de Dieu, ses paroles ébranlèrent la foule. Puis, touchant de son bâton de voyageur la statue du dieu païen, celle-ci s’écroula. A cette vue, beaucoup se convertirent et, rentrés dans leurs foyers, racontèrent ce dont ils avaient été témoins. Saint Rieul invita aussitôt tous les assistants à adorer le vrai Dieu. Il édifia sur les lieux un Temple (probablement celui de Mercure modifié) et pour la première fois, le Saint Sacrifice fut célébré sur la colline. Il dédia cette nouvelle église à Notre Dame qui, depuis, est protectrice de la colline. Ce sanctuaire à la Vierge Marie servit de paroisse aux foyers proches et accueillit des pèlerins qui venaient à certaines fêtes où à l’occasion de foires ou de marchés. Ainsi naquit le pèlerinage à Notre Dame de Montmélian qui existe toujours. Saint Rieul poursuivit son œuvre d’évangélisation jusqu’à Senlis dont il devint le Saint patron.

 

Photo : le blog de Jean le Francilien et Tigroo le chat

 

Source : Saint Witz à travers l'Histoire, Anne-Marie Weisse et Marie-France Minaud (disponible à la mairie de Saint-Witz)

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