Lundi 15 décembre 2014 1 15 /12 /Déc /2014 07:17

Une borne militaire ou milliaire (latin : milliarium) tire son nom de la mesure romaine le mille (1000 pas : 1480 ml. Le monde Romain dont les voies sont un phénomène essentiel a  livré, jusqu’à présent, environ 4000 bornes (en Gaule : 600). La borne de Victorin est un bon exemple de cette documentation très précieuse à plusieurs titres : archéologie des voies, inscription gravée sur la borne...


   Histoire de la borne et intérêts archéologiques


Mise au jour en avril 1822 près du Craon de Birmont (9 km au nord de Reims), lors de travaux de voirie au bord de la route de Vervins, actuelle N. 366 et déjà connu comme voie romaine vers Bavay, elle semble bien avoir été découverte en place sans réemploi depuis l’Antiquité. Les bornes romaines étaient parfois réutilisées pour faire des sarcophages ou des calvaires. La non réutilisation de la borne permet d’étudier sur le terrain sur des cartes les hypothèses concernant le bornage des voies, le point de départ en ville du décompte des distances (ici : 4 lieues) et la survivance dans le paysage de l’emplacement des bornes antiques : parcellaire, chemins, lieux-dits.

 

   La dédicace à l’Empereur : exploitation du texte gravé (épigraphie)


La facture est très médiocre, mais la lecture aisée après interprétation des abréviations et restitution de deux lettres abîmées à la ligne 5. Voici la traduction proposée : A l’Empereur César Marcus Piavonius Victorinus, pieux, heureux, invincible, auguste, grand pontife, consul revêtu de la puissance tribunitienne, père de la patrie, proconsul ; quatre lieues depuis la cité des Rèmes.

 

Cette titulature impériale et de formes courantes au IIIème siècle, elle perpétue l’idéologie impériale, pouvoir réel est donc divin, élaborée depuis Auguste.

Une mauvaise lecture du XIXe siècle (proconsules civilatis remorum) avait fait croire à certains que la cité avait à sa tête des proconsuls...

La distance depuis Reims est mentionnée en lieues, mesure gauloise officialisée au début du IIIème siècle (un lieu : 1,5 mille : 2222 ml. Phénomène fréquent sur les bornes surtout à l’époque de l’empire gaulois.

 

Victorin, empereur gaulois

 

Dans cette période troublée de l’autodétermination face à Rome, Victorin, d’abord associé à Postumus, a régné comme empereur de décembre 268 à début 270. C’est pendant cette courte période que la cité, pour faire preuve de son loyalisme envers l’empereur gaulois, lui a vraisemblablement dédié cette borne au bord d’une voie déjà construite certainement depuis le Ier siècle après J.-C.

0233.jpg

 

La borne est en pierre calcaire de l’Aisne. Cassée, elle fut restaurée en 1963.

 

Hauteur : 1700 mm

Largeur max : 600 mm

Epaisseur : 350 mm

Les lettres gravées ont une hauteur de 55 mm pour la première est de 45 mm pour les les autres lignes.

 

IMP CAES MAR

PIA VONIO VICTO

RINO PF IN AUG

PM TRIB P COS PP

PR OS CREM

            LIIII

 

IMPeratori CAESari MARco

PIA VONIO VICTO(RINO)

Pia Felici Invicto AUGusto

Pontifici Maxima TRIBunitia

Potestate ConSuli/Patri Patriae

PR [oc] OnSuli Civitate

REMorum

Leugae IIII

 

Source : Musée Historique Saint-Rémi à Reims

Par Lutece - Publié dans : La Gaule Romaine - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Jeudi 11 décembre 2014 4 11 /12 /Déc /2014 16:54

Funérailles ou pompe funèbre (Tac. Hist. IV, 62 ; Cic. Mil. 13 ; Quint. 15 ; Suet. Tib. 32).


Les Romains des classes pauvres étaient enterrés pendant la nuit et sans aucun appareil ; mais les personnes opulentes étaient portées à leur dernière demeure avec beaucoup de solennité, accompagnées d'un long cortège de parents, d'amis et de clients, qu'un entrepreneur (designator) rangeait dans l'ordre suivant :

D'abord venait une bande de musiciens jouant de la longue flûte des funérailles (tibia 0231.jpg longa), et immédiatement derrière eux des femmes payées pour faire l'office de pleureuses (praeficae), qui entonnaient des complaintes funèbres, arrachaient leurs cheveux et chantaient les louanges du défunt ; ensuite marchait le victimaire (victimarius), qui devait tuer autour du bûcher les animaux favoris du défunt, chevaux, chiens, etc. Venait ensuite le cadavre sur une riche bière (capulum, feretrum, lectica funebris) immédiatement précédée par des personnes qui portaient des bustes ou images (imagines) des ancêtres du mort et les récompenses publiques qu'il avait reçues, comme les coronae, phalerae, torques, et aussi par un bouffon (archimimus) chargé de représenter sa personne et d'imiter ses allures. Après la bière s'avançait une longue file d'esclaves et de serviteurs conduisant les animaux qu'on devait sacrifier, pendant qu'on brûlerait le corps, et enfin la voiture vide du défunt fermait la marche, comme c'est encore l'usage chez nous.

Tous ou presque tous ces détails sont présentés dans l'ordre ci-dessus sur un bas-relief d'un sarcophage romain où l'on voit les funérailles de Méléagre ; sujet parfaitement approprié à une personne qui, pendant sa vie, avait été fort adonnée à la chasse. Il a été gravé par Bertoli (Admirand. Rom. planches 70 et 71).

 

Source : Dictionnaire des Antiquités Romaines et Grecques, Anthony Rich éd. Molière

Par Lutece - Publié dans : Dictionnaire des antiquités romaines - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Vendredi 5 décembre 2014 5 05 /12 /Déc /2014 18:10

   Chronique maritale

 

Femme battue et adultère par vengeance. La vie de Tétradie possède tous les éléments d’un mélodrame.

Fille riche et par sa mère « noble », nous dit-on, ce qui signifie qu’elle avait parmi ses ancêtres des sénateurs municipaux ou impériaux, Tétradie va épouser le rejeton d’une illustre famille d’Auvergne,Eulalius. Très grand mariage en perspective. L’époux est assuré d’une belle et haute carrière. Cependant, les parents de Tétradie devrait se méfier avant de livrer leur fille à cet homme et écouter les bonnes gens de Clermont (Averna). Eulalius a mauvaise réputation. Dans sa jeunesse, avant 570, il avait une vie si dissolue que sa mère ne cessait de le réprimander. C’est ce qu’on raconte et l’on ajoute en baissant la voix une monstruosité : le garçon, lacets des remontrances de la vieille dame, l’avait fait taire en l’étranglant. Pour une fois, la rumeur dit vrai. Le cas était si patent que le parricide a été privé de communion par l’évêque Cautin sans même avoir été entendu. Grace à sa puissance et à son esprit pervers, dont seulement Eulalius a fait lever la sanction, mais il a obtenu du roi le comté d’Auvergne et sa part qui n’est pas mince sur les impôts de cette très riche « région » (c’est le terme – regio -qu’on emploie parfois pour l’Auvergne). 0227.jpg

Le mariage a donc eu lieu, Tétradie est vite enceinte et elle accouche d’un garçon qui est nommé Jean (Iohannes). Tout semble aller pour le mieux. Pas du tout. Un jour, Tétradie découvre qu’Eulalius se vautre dans le lit de toutes les jeunes servantes. Peut-être endurerait-elle en silence si la débauche de son mari ne commençait à faire jaser à l’extérieur de la maison. Elle se plaint. À la male heure ! Eulalius lève la main sur elle et la roue de coups. Chaque fois qu’elle ose gémir, elle se fait étriller. Pis ! Ce furieux jette l’argent par les fenêtres et il dilapide la dot de sa femme. L’or, les bijoux disparaissent.

Le ménage de Tétradie devient un enfer. Ah, si elle avait épousé Viros ! Il est jeune, beau, vigoureux... et libre. Il vient de perdre sa femme. Mais voilà, Viros elle neveu d’Eulalius. Tant pis. Tétradie se décide à sauter le pas et ne cache pas aux jeunes veuf l’attrait qu’elle éprouve pour lui. Évidemment, les deux jeunes gens ne tardent pas à batifoler ensemble. Adultère. Il n’est pas anodin de remarquer que l’aristocrate de souche gauloise se reconnaît, avec une désinvolture manifeste, le droit de prendre l’initiative en amour.

Est-ce Tétradie qui avance l’idée la première ? Est-ce l’honnête Viros ? Les deux amants décident de... se marier. La bigamie est-elle permise ? Non, mais le divorce l’est. Le roi Gondebaud (480 – 516) qui régnait sur la Burgondie, la région, du Rhône et des Alpes ainsi que la Suisse moderne, l’avait déniché dans le droit romain et intégré dans sa loi (loi Gombette).

Les franks ont trouvé l’institution du divorce à leur goût et l’ont adoptée à la suite de Gondebaud : il suffit aux deux époux de constater la discordia, et c’est le divorce par consentement mutuel. Le mariage étant un contrat, sa rupture ne pose aucun problème si… les deux parties sont d’accord. Est-ce le cas de Tétradie ? Non. Mais elle a vraisemblablement l’idée de répudier son mari par « libelle ». En général, c’est l’épouse qui est victime du procédé, mais pas obligatoirement : au temps de l’Empire (et l’Auvergne est encore imprégnée du modèle romain), des maris rentrant de voyage se sont retrouvés démariés...

L’acte de Tétradie ne semble surprendre personne à Clermont. Profitant d’un voyage du comte, elle prend avec elle son fils Jean, son petit trésor, argent, or, toilettes de prix toutes brodées de brocart, et elle se sauve à Albi.

 -   Dès que possible, j’irai te rejoindre, promet Viros. À Albi, nous nous marierons.

Sur ces entrefaites, Eulalius rentre chez lui, constate l’absence de sa femme, s’informe, apprend qu’il est un mari trompé. Et trompé par son propre neveu. Il part à la recherche de Viros, le repère dans un coin perdu d’Auvergne (« un défilé de montagne »), le surprend et le tue.

 

   La bataille de Carcassonne


À Albi, la nouvelle du meurtre atteint Tétradie. Elle tremble et n’a plus qu’une idée : Eulalius va débarquer. Elle court demander la protection d’un dux de l’albigeois, un chef de guerre issue d’une grande famille gauloise. Son nom : Didier. Lui aussi est un veuf de fraîche date. La jeune femme lui plaît, elle est du même monde et elle est une riche héritière qui possède son trésor. Mariage. Mariage d’apparence conforme aux usages, vite couronné par la naissance d’un enfant, puis d’un autre. Le bonheur conjugal.

De son côté, Eulalius ne reste pas inerte. Un jour de l’été 585, il apprend une visite du dux Didier d’Albi au roi Gontran, et il accourt au palais pour réclamer non sa femme (signe qu’il accepte le divorce) mais le trésor de sa femme. Ignorent-ils donc que la causticité proverbiale des courtisans de tous les temps ? Le mari cocu déclenche les quolibets et doit se retirer piteusement sous les rires. Va-t-il renoncer ?

Tétradie et Didier vont s’établir à Toulouse. En 587, le roi montrant décident de chasser les Goths de la Septimanie (Languedoc – Roussillon moderne) et il ordonna Didier de prendre la tête de l’expédition. Tétradie est angoissée, elle a un mauvais pressentiment. Elle presse son mari. Didier partage ses biens entre Tétradie et ses enfants. Faut-il qu’ils soient inquiets, lui aussi !

Le premier engagement a lieu sous les murailles de Carcassonne. Didier se bat avec sa hardiesse coutumière mais, avouons-le, ce n’est pas un trait fin stratège. Il a plus de courage que de tête. L’ennemi fuit, Didier le poursuit, ils pénètrent dans la ville. Peu de cavaliers l’accompagnent, le gros est derrière car les chevaux sont épuisés. Les Carcassonnais l’entourent, se jettent sur lui, le massacre. À Toulouse, Tétradie n’est plus qu’une veuve sans appui.

 

Les sénatrices

 

À Clermont, Eulalius se frottent les mains. Il est tout-puissant et prépare son affaire pendant trois ans. En 590, ils réclament les biens de Tétradie un tribunal de circonstance qu’il a créée avec trois évêques de sa région, ceux du Rouergue, du Gévaudan et d’Auvergne, et des grands laïcs - il les a choisis, ce sont ses obligés. Dans ces conditions, Tétradie est évidemment condamné. Elle devra verser au comte le quadruple des biens qu’elle avait emportés et qui était sa propriété ! En échange, elle aura l’autorisation de vivre à Clermont et d’y jouir de l’héritage de son père. C’est ce qu’elle fera. Plus jamais l’on entendit parler d’elle.

Indication notable, sans plus, pour l’histoire du mariage : les évêques et les grands décrètent que les enfants que Tétradie a eus de Didier seront adultérins. Décision singulière, disons-le, car le divorce est autorisé par la loi civile et n’a été condamné par aucun concile mérovingien (sauf en cas de maladie d’un conjoint).

Par sa famille maternelle, Tétradie est une sénatrice. Sous les mérovingiens, auparavant, on parle des « sénatrice » de trêves, d’une « sénatrix » marseillaise nommée Arcutamia ou encore de la « sénatrix » Bobila de Cahors. Ces « sénatrices » étaient les filles ou les femmes de « sénateur », c’est-à-dire que leurs ancêtres étaient les patriciens de l’ancienne Gaule qui avait jadis dominé les curies municipales (on disait « sénateur de curie ») et dont les plus éminents siégeaient au Sénat de Rome. Ces femmes de grandes familles apparaissent furtivement dans les textes. Ainsi l’Angevine Amalia, la Provençale Galla, les auvergnates Syagria et Léocadie, Placidine ou Alchime.

Ces familles, depuis l’arrivée des Franks, formaient, non pas une « noblesse » au sens strict, caste close qui se figera au IXème siècle et pour longtemps, mais la classe sociale des gros propriétaires fonciers, une aristocratie qui fournissait au pouvoir ses comtes et surtout ses pontifes. Avec eux l’évanouissement progressif de l’exemple romain, la sénatrice à disparaître pendant la période mérovingienne.

 

Source : Les mérovingienne, Roger-Xavier Lantéri  éd. Perrin

Par Lutece - Publié dans : Les Mérovingiens - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Samedi 29 novembre 2014 6 29 /11 /Nov /2014 17:19

Lorsque, vers 360, un négociant maritime décrit la partie occidentale de l’Empire romain, il considère que seules sont vraiment peuplées et dotées de ville moderne l’Italie, la Gaule et l’Afrique dans sa partie orientale autour de Carthage. Effectivement, si l’on considère que tous les chefs lieux de cité romain coïncident avec des villes, l’Italie en possède largement plus de deux cents, la Gaule une centaine et l’Afrique plus de cinq cents. En revanche, ni l’Espagne, ni la « Grande-Bretagne » n’atteignent respectivement la cinquantaine et la trentaine. Quant à l’Irlande, hors du monde Romain, elle ignore le phénomène urbain, de même que les espaces boisés ou marécageux situées au-delà du Rhin et du Danube. Comme on le voit, ce sont là des impressions, et dans l’article qui va suivre on se gardera bien de présenter la situation démographique de l’Occident romain - qui devient progressivement l’Europe occidentale du Vème au Xe siècle - en termes numériques. Tous les recensements que pratiquait l’autorité fiscale romaine, de quinze ans en quinze ans ont disparu. L’historien ne peut raisonner que sur des indices indirects et se contenter d’hypothèses ou de données purement qualitatives.

 

La crise démographique de l’Empire romain tardif (IVème – Vème siècle)


Villes et campagnes avant les invasions


Selon Colin McEvedy et Richard Jones (1978), les derniers audacieux qui auraient osé se lancer dans l’entreprise d’évaluation de la situation démographique, la partie occidentale de l’Empire aurait eu, vers 200 après Jésus Christ, donc à son apogée, 26,5 millions d’habitants. Ils en attribuent à l’Italie, vers 400, 3,5 millions, et à la Gaule un peu plus de 5,5 millions. D’autres proposent des « fourchettes » de 3 à 6 millions pour l’Afrique, de 6 à 9 millions pour la péninsule ibérique. Tout cela est supposition vraisemblable, mais dépourvue de preuves. La seule idée qui semble pour le moment rallier l’unanimité des savants qui se sont occupés de cette question est celle d’une dépopulations aux IVème et Vème siècles. En sa faveur, il y a d’abord le témoignage des contemporains. Si, au IVème siècle, sous la dynastie Constantinienne, puis sous la famille Valentiniano-théodosienne (381 – 454), se réparent les dégâts humains de la première vague des invasions, les traces n’en demeurent pas moins. Depuis 260 environ, toutes les villes de Gaule ont été dotées d'une enceinte réduite pour mieux les protéger. En cas de guerre, on s’y entasse. En temps de paix, les faubourgs extérieurs sont fort peuplés ; amphithéâtres et cirques sont toujours fréquentés. La ville est donc devenue rétractile. Elle peut tantôt attirer, tantôt rejeter sa population. Rome elle-même a dû s’entourer, grâce à l’empereur Aurélien, de la plus grande enceinte connue : 1230 hectares ; mais Trèves, pourtant résidence impériale, en arrière du front rhénan, ne fait que 285 ha. Cet vague de fortifications n’a cependant atteint ni l’Italie, ni l’Espagne, et l’Afrique. Ce ne fut qu’en 425, devant l’imminence du danger, que Carthage, la plus grande ville d’Afrique, fut entouré d’une enceinte. L’urbanisation romaine était donc à peu près intacte avant l’arrivée des Germaniques.

En revanche, les campagnes n’étaient point dans la même situation. Selon Roger Agache (1978), qui a réalisé une couverture aérienne de la Gaule du Nord, « les villas détruites [au IIIème siècle] ont été abandonnées par centaines au milieu de la plaine ». Peu furent reconstruite, comme le prouve la rareté des pavements de mosaïque du IVème siècle, sauf en (Grande –) Bretagne où la tendance est inverse. Le peuplement des campagnes dans cette région a donc été bouleversé par les guerres et les invasions. Là où passèrent les troupes de pillards, l’habitat ne s’est donc pas toujours relevé. Des terres furent abandonnées.

Nous en sommes d’autant plus sûrs que certaines - mais pas toutes - furent repeuplées par l’autorité romaine. Le nord et l’est de la Gaule, en particulier, furent occupés, avec l’autorisation de l’empereur Julien en 356, par des Francs saliens, qui s’infiltrèrent sur des terres vides. De même des barbares prisonniers de toute origine, rendus à merci, reçurent la vie sauve et furent installés dans des zones abandonnées qu’ils cultivèrent en échange du service militaire. Ils étaient appelés lètes. L’existence de ces demi-libres marqua la société romaine et médiévale jusqu’au IXème siècle. Les textes et les fouilles archéologiques révélèrent leur présence dans l’Amiénois, le Beauvaisis, le Cambrésis et la vallée de la Meuse jusqu’à Tongres. La partie méridionale de la Champagne autour de Troyes et de Langres en reçut aussi. Là où les intérêts stratégiques l’imposaient, des colonies militaires barbares (Francs, Goths, Taïfales, Sarmates, etc.) furent implantées en Italie, en Illyrie, en Gaule, en Espagne même, où l’on n’en dénombre une dizaine.Gaule-romaine-0002.JPG

Cette politique d’implantation était accentuée par le rôle capital de forts contingents barbares ou faiblement romanisés dans les armées officiellement romaines. À trois reprises, des usurpateurs devenus empereur débarquèrent de Grande-Bretagne avec des troupes bretonnes qui restèrent sur le continent, soit sur la frontière rhénane, soit sur les côtes de la Manche, soit encore en Armorique. Bien des troupes franques ou gothique, « alliées » de Rome, fusionnèrent ainsi avec les Romains, au cours du IVème siècle, au point qu’au vu de l’entrée de généraux étrangers dans les plus hautes familles sénatoriales et même impériales, l’empereur Valentinien Ier promulgua, en 370, une loi qui s’imposa longtemps : « Aucun provincial, quel que soit son rang ou son pays, ne doit s’unir à une épouse barbare. Aucune provinciale ne doit s’unir un Gentil […]. Si de telles unions se nouent entre provinciaux et Gentils, la peine de mort fera expiée ce qu’il y a là de suspects ou de dangereux » (code Théodosien, III, 14, 1). Par ailleurs, l’empereur s’était rendu compte que les troupes romaines d’origine (les provinciaux) étaient en diminution. Il avait d’ailleurs été contraint d’abaisser la taille minimale des conscrits de sept à cinq pieds, c’est-à-dire jusqu’à 1,47 m, preuve que leur nombre était insuffisant. Permettre à des citoyens de se marier avec des non-Romains aurait abouti à la prédominance des soldats et des officiers barbares (Gentils), et finalement à la germanisation totale de l’armée. En effet, Valentinien Ier avait été le premier à renverser la proportion entre Romains et Germaniques dans son armée de campagne. Faire carrière comme généralissime d’origine franque dans l’armée romaine devint un phénomène courant dès 370. Ceci devaient permettre à l’empereur de récompenser ses plus fidèles serviteurs germaniques par la citoyenneté romaine ; mais les mariages mixtes restèrent interdits par intérêt politique et militaire.

Une autre preuve de la faiblesse et de l’instabilité des populations de l’Empire avant les invasions nous est donnée par l’exode de certains paysans écrasés d’impôts qui préférèrent s’enfuir de leurs terres et se cacher pour se regrouper dans les zones boisées ou incultes appelées par les Romains saltus. On les dénommait Bagaudes, d’un mot celtique signifiant rassemblement (cf. L’actuel breton bogoad). Ces populations flottantes à l’état endémique, renforcées par des hors-la-loi, s’agitaient de temps à autre. Au IIIème puis au Vème siècle, elles tentèrent vainement de se soulever dans leur zones-refuges, sur la Loire près de l’Armorique, au sud des Pyrénées ou encore dans les Alpes. À ces zones d’insécurité s’ajoutèrent les terres laissées vides, qualifiées d’agri deserti par l’administration fiscale romaine. Celle-ci dut rayer des cadastres, en Italie, 130 000 hectares en 383. D’ailleurs la situation en Afrique était tout beaucoup plus inquiétante encore : en 422 l’État raya des registres 66 578 700 hectares improductifs, sur un total de 149 886 725. Soit, pour les provinces d’Afrique de Byzance, près de 40 % des terres cultivables ! Il s’agissait effectivement de terres abandonnées par la main-d’œuvre et non point d’épuisement des sols. Les esclaves quittaient les domaines ou bien se raréfiaient. La plupart d’entre eux venaient de régions frontalières : la Panonie ou la Mauritanie. Quant aux prisonniers de guerre, ils étaient souvent implantés sur ces mêmes terres. C’est la preuve que la traite non plus que la guerre ne suffisait pas à combler les vides. Il ne restait donc qu’une solution : fixer les paysans libres au sol. Ce que fit Valentinien Ier en 371, lorsqu’il généralisa une mesure antérieure aux paysans d’Illyricum : « nous pensons qu’ils n’ont pas la liberté d’aller et venir [...], qu’ils sont liés à la terre non point pour une raison fiscale mais à cause de leur nom et de leur catégorie de colons, de telle sorte que, s’ils s’éloignent ou se transportent ailleurs, ils soient rappelés, enchaînés et soumis au châtiment » (Code de Justinien, XI, 23). Il s’agit donc bien de fixer les populations pour éviter la désertification, c’est-à-dire le retour des terres à la friche.

 

Source : Histoire des populations de l'Europe, sous la direction de J.P Bardet et J. Dupâquier éd. Fayard  Chapitre III, Michel Rouche

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Mardi 25 novembre 2014 2 25 /11 /Nov /2014 06:16

                           Mon premier livre d'Histoire de France

                             Cours élémentaire - Première année

 

   Image en couleur de René Giffey

                    1946

 

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