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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 17:09

Monumental. C'est le mot qui vient naturellement à la lecture du livre - une œuvre - de Michel de Jeaghere, Les Derniers Jours (Les Belles Lettres). Quinze ans de recherches, de réflexions, d'écriture, pour une question - et des réponses : pourquoi l'Empire romain d'Occident est-il tombé ?

Entretient paru dans le quotidien Présent du 07/02/2015

 

Avez-vous eu conscience, en terminant un tel monument, que vous aviez écrit le livre d’une vie ?

J’espère que la vie m’offrira d’écrire d’autres livres. Il est vrai, cependant, que je n’aurais peut-être plus le courage de m’attaquer à un sujet d’une telle ampleur. Je réfléchis à ce livre depuis plus de trente ans, et sa préparation m’a demandé près de quinze années de travail. J’ai essayé d’y affronter ce qu’un historien allemand, Eduard Meyer, a désigné comme « le problème le plus important et le plus intéressant de l’histoire universelle» : comment une civilisation éclatante, qui régnait sur l’ensemble du monde connu et que ses contemporains croyaient appelée à être éternelle, a-t-elle pu être ébranlée sous les coups de boutoirs de la guerre et de l’invasion, et finir par disparaître pour laisser place à des siècles de fer, dominés par le chaos et l’anarchie ? Il m’a semblé que c’était là une question vitale, essentielle, qui valait qu’on lui consacre sans compter son énergie et son temps.

 

La fin de l’Empire romain d’Occident a été l’objet de nombreuses études. Qu’apporte de « nouveau » et de « neuf » la vôtre ?

Ce qu’on appelait autrefois le Bas- Empire, et que l’on préfère désormais désigner comme l’Antiquité tardive, a suscité depuis la fin de la dernière guerre mondiale un grand nombre d’études de très grande qualité. Mais, du fait du discrédit qui frappe aujourd’hui l’histoire-événement, l’histoire-bataille,

de la difficulté aussi d’embrasser une situation qui se développe sur plus d’un siècle et met en scène une succession de générations sur plusieurs théâtres d’opérations, des peuplades multiples et volatiles, qui se recomposent parfois sous de nouveaux noms, des souverains, des généraux souvent inconnus du grand public, il y avait bien longtemps qu’on n’avait plus tenté de faire le récit de l’ensemble du processus qui a débouché, à la fin du Ve siècle, sur la dislocation de l’Empire romain d’Occident. Mon livre se distingue donc, d’abord, par le choix d’une approche chronologique, la volonté de tenter de reconstituer dans toutes ses dimensions (politique, économique, sociale, religieuse, militaire) l’engrenage qui a conduit à la catastrophe.

 

Et par rapport à l’historiographie dominante ?

Il se sépare également de l’historiographie dominante par l’interprétation que j’ai cru pouvoir donner des événements. La période a fait l’objet, depuis quelques décennies, d’une légitime réhabilitation par des historiens qui ont peu à peu pris conscience de ce que le mépris dans lequel elle était tenue, depuis la Renaissance et les Lumières, avait un caractère idéologique, qu’il relevait, d’abord, de la haine du christianisme. De proche en proche et sous l’influence d’un relativisme hérité de Lévy-Strauss (l’idée qu’il serait vain de tenter d’établir une hiérarchie entre les cultures, puisque toute hiérarchie a elle-même une dimension culturelle, qu’elle relève de la culture de celui qui prétend l’établir), cette réhabilitation a pourtant fini par faire perdre de vue à nombre de chercheurs le caractère dramatique qu’avait pris l’effondrement des structures politiques de l’Empire romain d’Occident, la brutalité des invasions, l’ampleur de la remise en question du bien-être, de la civilisation

urbaine, de la pratique des beaux-arts et finalement de la maîtrise de l’écriture elle-même. On en est venu à nier que l’effondrement de l’Empire se soit traduit par une crise de civilisation. A proclamer que le monde occidental n’avait fait l’objet que d’une féconde mutation, sous l’effet d’une immigration « salutaire ».

Il m’a semblé qu’il y avait là une déformation des faits, tels que nous les font connaître aussi bien les sources littéraires que les traces archéologiques, et que l’histoire de l’Empire romain d’Occident était là, au contraire, pour témoigner à quel point il est vrai, selon le mot de Paul Valéry, que les civilisations sont mortelles, et combien il était nécessaire de les défendre pour empêcher le triomphe

toujours possible de la barbarie.

 

C’est un livre d’histoire très érudit et très sérieux. Diriez-vous aussi que c’est un livre d’« actualité » ?

Dans l’établissement et l’interprétation des faits, il faut se méfier des anachronismes qui peuvent conduire à déformer les témoignages, les sources contemporaines des événements pour les faire coïncider avec l’actualité de son propre temps. Il faut garder à l’esprit tout ce qui nous différencie des habitants de l’Empire romain, dans l’ordre des mentalités, des croyances, des habitudes, des réalités politiques, des moyens matériels. Cette prudence ne doit pas pour autant nous conduire à nier qu’il y ait des invariants dans la nature humaine. C’est ce qui donne leur intérêt aux livres d’histoire. Nous n’étudions pas le passé avec la curiosité d’entomologistes passionnés par les mœurs des insectes.

Nous l’étudions parce qu’il met en scène nos semblables, nos frères, et que ce qui leur arrive nous instruit, nous nourrit et nous touche, parce que, comme le dit Montesquieu, si les circonstances diffèrent, les passions qui animent le cœur humain sont toujours les mêmes. C’est ce qui rend l’expérience de ceux qui nous ont précédés susceptible de nous donner des leçons.

 

Rome n’était plus Rome ?

L’histoire de la fin de l’Empire romain d’Occident est celle de la dislocation d’un empire multinational sous le double effet de l’immigration et des invasions, non pas parce que cet Empire aurait eu à faire face à des foules innombrables (les nouveaux venus n’ont sans doute pas été plus de deux millions, qu’il s’agisse d’immigrés ou d’envahisseurs, dans un empire qui comptait environ 50 millions d’habitants au Ve siècle), mais parce qu’il fut conduit à renoncer, dans l’urgence, au processus de romanisation qui lui avait permis, jusqu’alors, de faire vivre ensemble des peuples d’origines très diverses (il comptait des Calédoniens et des Syriens, des Ibères, des Belges et des Egyptiens !) en

leur imposant le moule de la vie civique (par la constitution de cités, dotées de leur territoire, d’une capitale construite à l’imitation de Rome, d’institutions au sein desquelles leurs élites étaient appelées à renoncer à la loi du plus fort pour rechercher le bien commun par la discussion rationnelle), en diffusant ses mœurs, ses beaux-arts, son architecture parmi leurs élites, et en favorisant par un réseau d’écoles municipales l’apprentissage de la langue latine et l’étude de la littérature classique. Il eut la faiblesse de laisser les immigrants s’installer sur son sol en préservant leurs structures et leurs solidarités tribales, et finit même par leur confier la défense de ses frontières contre d’éventuels nouveaux arrivants. Il ne fut pas vaincu par une civilisation concurrente, par des ennemis venus sur son sol avec l’intention de le détruire, mais par des nomades dont il avait renoncé à faire la conquête (parce que celle-ci eût été trop coûteuse et trop difficile, qu’elle aurait demandé trop d’efforts sans rapporter suffisamment de butin), aimantés par le désir de jouir, par le pillage de ses productions, et admis à constituer, sur son sol, des enclaves étrangères qui se muèrent peu à peu en royaumes indépendants.

Son histoire est celle d’un empire qui avait renoncé à la colonisation pour profiter pleinement des fruits de la paix, en s’imaginant pouvoir laisser à sa périphérie, dans la misère et l’anarchie, des peuples auxquels il avait fait miroiter les fruits de la civilisation sans songer qu’ils seraient irrésistiblement

conduits à franchir ses frontières pour s’emparer des biens dont on leur avait donné le désir sans leur imposer les disciplines qui avaient permis de les produire. Sa chute se traduisit par sa ruine, comme par celle des pays d’origine des immigrants, qui cessèrent de profiter des échanges dont ils bénéficiaient, avant son effondrement, de la part du monde romain. Il me semble qu’il y a là, pour nos contemporains, de quoi nourrir la méditation.

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Published by Lutece
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15 décembre 2014 1 15 /12 /décembre /2014 07:17

Une borne militaire ou milliaire (latin : milliarium) tire son nom de la mesure romaine le mille (1000 pas : 1480 ml. Le monde Romain dont les voies sont un phénomène essentiel a  livré, jusqu’à présent, environ 4000 bornes (en Gaule : 600). La borne de Victorin est un bon exemple de cette documentation très précieuse à plusieurs titres : archéologie des voies, inscription gravée sur la borne...


   Histoire de la borne et intérêts archéologiques


Mise au jour en avril 1822 près du Craon de Birmont (9 km au nord de Reims), lors de travaux de voirie au bord de la route de Vervins, actuelle N. 366 et déjà connu comme voie romaine vers Bavay, elle semble bien avoir été découverte en place sans réemploi depuis l’Antiquité. Les bornes romaines étaient parfois réutilisées pour faire des sarcophages ou des calvaires. La non réutilisation de la borne permet d’étudier sur le terrain sur des cartes les hypothèses concernant le bornage des voies, le point de départ en ville du décompte des distances (ici : 4 lieues) et la survivance dans le paysage de l’emplacement des bornes antiques : parcellaire, chemins, lieux-dits.

 

   La dédicace à l’Empereur : exploitation du texte gravé (épigraphie)


La facture est très médiocre, mais la lecture aisée après interprétation des abréviations et restitution de deux lettres abîmées à la ligne 5. Voici la traduction proposée : A l’Empereur César Marcus Piavonius Victorinus, pieux, heureux, invincible, auguste, grand pontife, consul revêtu de la puissance tribunitienne, père de la patrie, proconsul ; quatre lieues depuis la cité des Rèmes.

 

Cette titulature impériale et de formes courantes au IIIème siècle, elle perpétue l’idéologie impériale, pouvoir réel est donc divin, élaborée depuis Auguste.

Une mauvaise lecture du XIXe siècle (proconsules civilatis remorum) avait fait croire à certains que la cité avait à sa tête des proconsuls...

La distance depuis Reims est mentionnée en lieues, mesure gauloise officialisée au début du IIIème siècle (un lieu : 1,5 mille : 2222 ml. Phénomène fréquent sur les bornes surtout à l’époque de l’empire gaulois.

 

Victorin, empereur gaulois

 

Dans cette période troublée de l’autodétermination face à Rome, Victorin, d’abord associé à Postumus, a régné comme empereur de décembre 268 à début 270. C’est pendant cette courte période que la cité, pour faire preuve de son loyalisme envers l’empereur gaulois, lui a vraisemblablement dédié cette borne au bord d’une voie déjà construite certainement depuis le Ier siècle après J.-C.

0233.jpg

 

La borne est en pierre calcaire de l’Aisne. Cassée, elle fut restaurée en 1963.

 

Hauteur : 1700 mm

Largeur max : 600 mm

Epaisseur : 350 mm

Les lettres gravées ont une hauteur de 55 mm pour la première est de 45 mm pour les les autres lignes.

 

IMP CAES MAR

PIA VONIO VICTO

RINO PF IN AUG

PM TRIB P COS PP

PR OS CREM

            LIIII

 

IMPeratori CAESari MARco

PIA VONIO VICTO(RINO)

Pia Felici Invicto AUGusto

Pontifici Maxima TRIBunitia

Potestate ConSuli/Patri Patriae

PR [oc] OnSuli Civitate

REMorum

Leugae IIII

 

Source : Musée Historique Saint-Rémi à Reims

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Published by Lutece - dans La Gaule Romaine
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11 décembre 2014 4 11 /12 /décembre /2014 16:54

Funérailles ou pompe funèbre (Tac. Hist. IV, 62 ; Cic. Mil. 13 ; Quint. 15 ; Suet. Tib. 32).


Les Romains des classes pauvres étaient enterrés pendant la nuit et sans aucun appareil ; mais les personnes opulentes étaient portées à leur dernière demeure avec beaucoup de solennité, accompagnées d'un long cortège de parents, d'amis et de clients, qu'un entrepreneur (designator) rangeait dans l'ordre suivant :

D'abord venait une bande de musiciens jouant de la longue flûte des funérailles (tibia 0231.jpglonga), et immédiatement derrière eux des femmes payées pour faire l'office de pleureuses (praeficae), qui entonnaient des complaintes funèbres, arrachaient leurs cheveux et chantaient les louanges du défunt ; ensuite marchait le victimaire (victimarius), qui devait tuer autour du bûcher les animaux favoris du défunt, chevaux, chiens, etc. Venait ensuite le cadavre sur une riche bière (capulum, feretrum, lectica funebris) immédiatement précédée par des personnes qui portaient des bustes ou images (imagines) des ancêtres du mort et les récompenses publiques qu'il avait reçues, comme les coronae, phalerae, torques, et aussi par un bouffon (archimimus) chargé de représenter sa personne et d'imiter ses allures. Après la bière s'avançait une longue file d'esclaves et de serviteurs conduisant les animaux qu'on devait sacrifier, pendant qu'on brûlerait le corps, et enfin la voiture vide du défunt fermait la marche, comme c'est encore l'usage chez nous.

Tous ou presque tous ces détails sont présentés dans l'ordre ci-dessus sur un bas-relief d'un sarcophage romain où l'on voit les funérailles de Méléagre ; sujet parfaitement approprié à une personne qui, pendant sa vie, avait été fort adonnée à la chasse. Il a été gravé par Bertoli (Admirand. Rom. planches 70 et 71).

 

Source : Dictionnaire des Antiquités Romaines et Grecques, Anthony Rich éd. Molière

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5 décembre 2014 5 05 /12 /décembre /2014 18:10

   Chronique maritale

 

Femme battue et adultère par vengeance. La vie de Tétradie possède tous les éléments d’un mélodrame.

Fille riche et par sa mère « noble », nous dit-on, ce qui signifie qu’elle avait parmi ses ancêtres des sénateurs municipaux ou impériaux, Tétradie va épouser le rejeton d’une illustre famille d’Auvergne,Eulalius. Très grand mariage en perspective. L’époux est assuré d’une belle et haute carrière. Cependant, les parents de Tétradie devrait se méfier avant de livrer leur fille à cet homme et écouter les bonnes gens de Clermont (Averna). Eulalius a mauvaise réputation. Dans sa jeunesse, avant 570, il avait une vie si dissolue que sa mère ne cessait de le réprimander. C’est ce qu’on raconte et l’on ajoute en baissant la voix une monstruosité : le garçon, lacets des remontrances de la vieille dame, l’avait fait taire en l’étranglant. Pour une fois, la rumeur dit vrai. Le cas était si patent que le parricide a été privé de communion par l’évêque Cautin sans même avoir été entendu. Grace à sa puissance et à son esprit pervers, dont seulement Eulalius a fait lever la sanction, mais il a obtenu du roi le comté d’Auvergne et sa part qui n’est pas mince sur les impôts de cette très riche « région » (c’est le terme – regio -qu’on emploie parfois pour l’Auvergne).0227.jpg

Le mariage a donc eu lieu, Tétradie est vite enceinte et elle accouche d’un garçon qui est nommé Jean (Iohannes). Tout semble aller pour le mieux. Pas du tout. Un jour, Tétradie découvre qu’Eulalius se vautre dans le lit de toutes les jeunes servantes. Peut-être endurerait-elle en silence si la débauche de son mari ne commençait à faire jaser à l’extérieur de la maison. Elle se plaint. À la male heure ! Eulalius lève la main sur elle et la roue de coups. Chaque fois qu’elle ose gémir, elle se fait étriller. Pis ! Ce furieux jette l’argent par les fenêtres et il dilapide la dot de sa femme. L’or, les bijoux disparaissent.

Le ménage de Tétradie devient un enfer. Ah, si elle avait épousé Viros ! Il est jeune, beau, vigoureux... et libre. Il vient de perdre sa femme. Mais voilà, Viros elle neveu d’Eulalius. Tant pis. Tétradie se décide à sauter le pas et ne cache pas aux jeunes veuf l’attrait qu’elle éprouve pour lui. Évidemment, les deux jeunes gens ne tardent pas à batifoler ensemble. Adultère. Il n’est pas anodin de remarquer que l’aristocrate de souche gauloise se reconnaît, avec une désinvolture manifeste, le droit de prendre l’initiative en amour.

Est-ce Tétradie qui avance l’idée la première ? Est-ce l’honnête Viros ? Les deux amants décident de... se marier. La bigamie est-elle permise ? Non, mais le divorce l’est. Le roi Gondebaud (480 – 516) qui régnait sur la Burgondie, la région, du Rhône et des Alpes ainsi que la Suisse moderne, l’avait déniché dans le droit romain et intégré dans sa loi (loi Gombette).

Les franks ont trouvé l’institution du divorce à leur goût et l’ont adoptée à la suite de Gondebaud : il suffit aux deux époux de constater la discordia, et c’est le divorce par consentement mutuel. Le mariage étant un contrat, sa rupture ne pose aucun problème si… les deux parties sont d’accord. Est-ce le cas de Tétradie ? Non. Mais elle a vraisemblablement l’idée de répudier son mari par « libelle ». En général, c’est l’épouse qui est victime du procédé, mais pas obligatoirement : au temps de l’Empire (et l’Auvergne est encore imprégnée du modèle romain), des maris rentrant de voyage se sont retrouvés démariés...

L’acte de Tétradie ne semble surprendre personne à Clermont. Profitant d’un voyage du comte, elle prend avec elle son fils Jean, son petit trésor, argent, or, toilettes de prix toutes brodées de brocart, et elle se sauve à Albi.

 -   Dès que possible, j’irai te rejoindre, promet Viros. À Albi, nous nous marierons.

Sur ces entrefaites, Eulalius rentre chez lui, constate l’absence de sa femme, s’informe, apprend qu’il est un mari trompé. Et trompé par son propre neveu. Il part à la recherche de Viros, le repère dans un coin perdu d’Auvergne (« un défilé de montagne »), le surprend et le tue.

 

   La bataille de Carcassonne


À Albi, la nouvelle du meurtre atteint Tétradie. Elle tremble et n’a plus qu’une idée : Eulalius va débarquer. Elle court demander la protection d’un dux de l’albigeois, un chef de guerre issue d’une grande famille gauloise. Son nom : Didier. Lui aussi est un veuf de fraîche date. La jeune femme lui plaît, elle est du même monde et elle est une riche héritière qui possède son trésor. Mariage. Mariage d’apparence conforme aux usages, vite couronné par la naissance d’un enfant, puis d’un autre. Le bonheur conjugal.

De son côté, Eulalius ne reste pas inerte. Un jour de l’été 585, il apprend une visite du dux Didier d’Albi au roi Gontran, et il accourt au palais pour réclamer non sa femme (signe qu’il accepte le divorce) mais le trésor de sa femme. Ignorent-ils donc que la causticité proverbiale des courtisans de tous les temps ? Le mari cocu déclenche les quolibets et doit se retirer piteusement sous les rires. Va-t-il renoncer ?

Tétradie et Didier vont s’établir à Toulouse. En 587, le roi montrant décident de chasser les Goths de la Septimanie (Languedoc – Roussillon moderne) et il ordonna Didier de prendre la tête de l’expédition. Tétradie est angoissée, elle a un mauvais pressentiment. Elle presse son mari. Didier partage ses biens entre Tétradie et ses enfants. Faut-il qu’ils soient inquiets, lui aussi !

Le premier engagement a lieu sous les murailles de Carcassonne. Didier se bat avec sa hardiesse coutumière mais, avouons-le, ce n’est pas un trait fin stratège. Il a plus de courage que de tête. L’ennemi fuit, Didier le poursuit, ils pénètrent dans la ville. Peu de cavaliers l’accompagnent, le gros est derrière car les chevaux sont épuisés. Les Carcassonnais l’entourent, se jettent sur lui, le massacre. À Toulouse, Tétradie n’est plus qu’une veuve sans appui.

 

Les sénatrices

 

À Clermont, Eulalius se frottent les mains. Il est tout-puissant et prépare son affaire pendant trois ans. En 590, ils réclament les biens de Tétradie un tribunal de circonstance qu’il a créée avec trois évêques de sa région, ceux du Rouergue, du Gévaudan et d’Auvergne, et des grands laïcs - il les a choisis, ce sont ses obligés. Dans ces conditions, Tétradie est évidemment condamné. Elle devra verser au comte le quadruple des biens qu’elle avait emportés et qui était sa propriété ! En échange, elle aura l’autorisation de vivre à Clermont et d’y jouir de l’héritage de son père. C’est ce qu’elle fera. Plus jamais l’on entendit parler d’elle.

Indication notable, sans plus, pour l’histoire du mariage : les évêques et les grands décrètent que les enfants que Tétradie a eus de Didier seront adultérins. Décision singulière, disons-le, car le divorce est autorisé par la loi civile et n’a été condamné par aucun concile mérovingien (sauf en cas de maladie d’un conjoint).

Par sa famille maternelle, Tétradie est une sénatrice. Sous les mérovingiens, auparavant, on parle des « sénatrice » de trêves, d’une « sénatrix » marseillaise nommée Arcutamia ou encore de la « sénatrix » Bobila de Cahors. Ces « sénatrices » étaient les filles ou les femmes de « sénateur », c’est-à-dire que leurs ancêtres étaient les patriciens de l’ancienne Gaule qui avait jadis dominé les curies municipales (on disait « sénateur de curie ») et dont les plus éminents siégeaient au Sénat de Rome. Ces femmes de grandes familles apparaissent furtivement dans les textes. Ainsi l’Angevine Amalia, la Provençale Galla, les auvergnates Syagria et Léocadie, Placidine ou Alchime.

Ces familles, depuis l’arrivée des Franks, formaient, non pas une « noblesse » au sens strict, caste close qui se figera au IXème siècle et pour longtemps, mais la classe sociale des gros propriétaires fonciers, une aristocratie qui fournissait au pouvoir ses comtes et surtout ses pontifes. Avec eux l’évanouissement progressif de l’exemple romain, la sénatrice à disparaître pendant la période mérovingienne.

 

Source : Les mérovingienne, Roger-Xavier Lantéri  éd. Perrin

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 17:19

Lorsque, vers 360, un négociant maritime décrit la partie occidentale de l’Empire romain, il considère que seules sont vraiment peuplées et dotées de ville moderne l’Italie, la Gaule et l’Afrique dans sa partie orientale autour de Carthage. Effectivement, si l’on considère que tous les chefs lieux de cité romain coïncident avec des villes, l’Italie en possède largement plus de deux cents, la Gaule une centaine et l’Afrique plus de cinq cents. En revanche, ni l’Espagne, ni la « Grande-Bretagne » n’atteignent respectivement la cinquantaine et la trentaine. Quant à l’Irlande, hors du monde Romain, elle ignore le phénomène urbain, de même que les espaces boisés ou marécageux situées au-delà du Rhin et du Danube. Comme on le voit, ce sont là des impressions, et dans l’article qui va suivre on se gardera bien de présenter la situation démographique de l’Occident romain - qui devient progressivement l’Europe occidentale du Vème au Xe siècle - en termes numériques. Tous les recensements que pratiquait l’autorité fiscale romaine, de quinze ans en quinze ans ont disparu. L’historien ne peut raisonner que sur des indices indirects et se contenter d’hypothèses ou de données purement qualitatives.

 

La crise démographique de l’Empire romain tardif (IVème – Vème siècle)


Villes et campagnes avant les invasions


Selon Colin McEvedy et Richard Jones (1978), les derniers audacieux qui auraient osé se lancer dans l’entreprise d’évaluation de la situation démographique, la partie occidentale de l’Empire aurait eu, vers 200 après Jésus Christ, donc à son apogée, 26,5 millions d’habitants. Ils en attribuent à l’Italie, vers 400, 3,5 millions, et à la Gaule un peu plus de 5,5 millions. D’autres proposent des « fourchettes » de 3 à 6 millions pour l’Afrique, de 6 à 9 millions pour la péninsule ibérique. Tout cela est supposition vraisemblable, mais dépourvue de preuves. La seule idée qui semble pour le moment rallier l’unanimité des savants qui se sont occupés de cette question est celle d’une dépopulations aux IVème et Vème siècles. En sa faveur, il y a d’abord le témoignage des contemporains. Si, au IVème siècle, sous la dynastie Constantinienne, puis sous la famille Valentiniano-théodosienne (381 – 454), se réparent les dégâts humains de la première vague des invasions, les traces n’en demeurent pas moins. Depuis 260 environ, toutes les villes de Gaule ont été dotées d'une enceinte réduite pour mieux les protéger. En cas de guerre, on s’y entasse. En temps de paix, les faubourgs extérieurs sont fort peuplés ; amphithéâtres et cirques sont toujours fréquentés. La ville est donc devenue rétractile. Elle peut tantôt attirer, tantôt rejeter sa population. Rome elle-même a dû s’entourer, grâce à l’empereur Aurélien, de la plus grande enceinte connue : 1230 hectares ; mais Trèves, pourtant résidence impériale, en arrière du front rhénan, ne fait que 285 ha. Cet vague de fortifications n’a cependant atteint ni l’Italie, ni l’Espagne, et l’Afrique. Ce ne fut qu’en 425, devant l’imminence du danger, que Carthage, la plus grande ville d’Afrique, fut entouré d’une enceinte. L’urbanisation romaine était donc à peu près intacte avant l’arrivée des Germaniques.

En revanche, les campagnes n’étaient point dans la même situation. Selon Roger Agache (1978), qui a réalisé une couverture aérienne de la Gaule du Nord, « les villas détruites [au IIIème siècle] ont été abandonnées par centaines au milieu de la plaine ». Peu furent reconstruite, comme le prouve la rareté des pavements de mosaïque du IVème siècle, sauf en (Grande –) Bretagne où la tendance est inverse. Le peuplement des campagnes dans cette région a donc été bouleversé par les guerres et les invasions. Là où passèrent les troupes de pillards, l’habitat ne s’est donc pas toujours relevé. Des terres furent abandonnées.

Nous en sommes d’autant plus sûrs que certaines - mais pas toutes - furent repeuplées par l’autorité romaine. Le nord et l’est de la Gaule, en particulier, furent occupés, avec l’autorisation de l’empereur Julien en 356, par des Francs saliens, qui s’infiltrèrent sur des terres vides. De même des barbares prisonniers de toute origine, rendus à merci, reçurent la vie sauve et furent installés dans des zones abandonnées qu’ils cultivèrent en échange du service militaire. Ils étaient appelés lètes. L’existence de ces demi-libres marqua la société romaine et médiévale jusqu’au IXème siècle. Les textes et les fouilles archéologiques révélèrent leur présence dans l’Amiénois, le Beauvaisis, le Cambrésis et la vallée de la Meuse jusqu’à Tongres. La partie méridionale de la Champagne autour de Troyes et de Langres en reçut aussi. Là où les intérêts stratégiques l’imposaient, des colonies militaires barbares (Francs, Goths, Taïfales, Sarmates, etc.) furent implantées en Italie, en Illyrie, en Gaule, en Espagne même, où l’on n’en dénombre une dizaine.Gaule-romaine-0002.JPG

Cette politique d’implantation était accentuée par le rôle capital de forts contingents barbares ou faiblement romanisés dans les armées officiellement romaines. À trois reprises, des usurpateurs devenus empereur débarquèrent de Grande-Bretagne avec des troupes bretonnes qui restèrent sur le continent, soit sur la frontière rhénane, soit sur les côtes de la Manche, soit encore en Armorique. Bien des troupes franques ou gothique, « alliées » de Rome, fusionnèrent ainsi avec les Romains, au cours du IVème siècle, au point qu’au vu de l’entrée de généraux étrangers dans les plus hautes familles sénatoriales et même impériales, l’empereur Valentinien Ier promulgua, en 370, une loi qui s’imposa longtemps : « Aucun provincial, quel que soit son rang ou son pays, ne doit s’unir à une épouse barbare. Aucune provinciale ne doit s’unir un Gentil […]. Si de telles unions se nouent entre provinciaux et Gentils, la peine de mort fera expiée ce qu’il y a là de suspects ou de dangereux » (code Théodosien, III, 14, 1). Par ailleurs, l’empereur s’était rendu compte que les troupes romaines d’origine (les provinciaux) étaient en diminution. Il avait d’ailleurs été contraint d’abaisser la taille minimale des conscrits de sept à cinq pieds, c’est-à-dire jusqu’à 1,47 m, preuve que leur nombre était insuffisant. Permettre à des citoyens de se marier avec des non-Romains aurait abouti à la prédominance des soldats et des officiers barbares (Gentils), et finalement à la germanisation totale de l’armée. En effet, Valentinien Ier avait été le premier à renverser la proportion entre Romains et Germaniques dans son armée de campagne. Faire carrière comme généralissime d’origine franque dans l’armée romaine devint un phénomène courant dès 370. Ceci devaient permettre à l’empereur de récompenser ses plus fidèles serviteurs germaniques par la citoyenneté romaine ; mais les mariages mixtes restèrent interdits par intérêt politique et militaire.

Une autre preuve de la faiblesse et de l’instabilité des populations de l’Empire avant les invasions nous est donnée par l’exode de certains paysans écrasés d’impôts qui préférèrent s’enfuir de leurs terres et se cacher pour se regrouper dans les zones boisées ou incultes appelées par les Romains saltus. On les dénommait Bagaudes, d’un mot celtique signifiant rassemblement (cf. L’actuel breton bogoad). Ces populations flottantes à l’état endémique, renforcées par des hors-la-loi, s’agitaient de temps à autre. Au IIIème puis au Vème siècle, elles tentèrent vainement de se soulever dans leur zones-refuges, sur la Loire près de l’Armorique, au sud des Pyrénées ou encore dans les Alpes. À ces zones d’insécurité s’ajoutèrent les terres laissées vides, qualifiées d’agri deserti par l’administration fiscale romaine. Celle-ci dut rayer des cadastres, en Italie, 130 000 hectares en 383. D’ailleurs la situation en Afrique était tout beaucoup plus inquiétante encore : en 422 l’État raya des registres 66 578 700 hectares improductifs, sur un total de 149 886 725. Soit, pour les provinces d’Afrique de Byzance, près de 40 % des terres cultivables ! Il s’agissait effectivement de terres abandonnées par la main-d’œuvre et non point d’épuisement des sols. Les esclaves quittaient les domaines ou bien se raréfiaient. La plupart d’entre eux venaient de régions frontalières : la Panonie ou la Mauritanie. Quant aux prisonniers de guerre, ils étaient souvent implantés sur ces mêmes terres. C’est la preuve que la traite non plus que la guerre ne suffisait pas à combler les vides. Il ne restait donc qu’une solution : fixer les paysans libres au sol. Ce que fit Valentinien Ier en 371, lorsqu’il généralisa une mesure antérieure aux paysans d’Illyricum : « nous pensons qu’ils n’ont pas la liberté d’aller et venir [...], qu’ils sont liés à la terre non point pour une raison fiscale mais à cause de leur nom et de leur catégorie de colons, de telle sorte que, s’ils s’éloignent ou se transportent ailleurs, ils soient rappelés, enchaînés et soumis au châtiment » (Code de Justinien, XI, 23). Il s’agit donc bien de fixer les populations pour éviter la désertification, c’est-à-dire le retour des terres à la friche.

 

Source : Histoire des populations de l'Europe, sous la direction de J.P Bardet et J. Dupâquier éd. Fayard  Chapitre III, Michel Rouche

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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 06:16

                           Mon premier livre d'Histoire de France

                             Cours élémentaire - Première année

 

   Image en couleur de René Giffey

                    1946

 

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22 novembre 2014 6 22 /11 /novembre /2014 18:20

 

L’enseignement, l’éducation des jeunes Gaulois, provenait principalement des druides. Cet enseignement druidique, paraît avoir été réservé principalement à la noblesse guerrière des gaulois, ce que César appelait les chevaliers, c’est-à-dire les combattants utilisant le cheval. Comme chez toutes les peuplades issues de la Germanie, l’éducation à la violence guerrière fut certainement primordiale : « il y eut un temps, dit César, où des gaulois l’emportaient en bravoure sur les germains, où c’était eux qui leur portaient la guerre et qui, par suite de leur nombreuse population et de l’insuffisance des terres cultivables, envoyaient des colons au-delà du Rhin. » Certes, cela ne dura qu’au cours des premiers siècles de leur indépendance, puisqu’une des causes de la conquête romaine fut l’appel des gaulois aux Romains pour les défendre contre les germains devenus trop belliqueux. Mais il n’empêche que demeurèrent longtemps chez eux des pratiques qui visaient à ne mettre en honneur que le courage et le mépris de la mort.

Les druides par leur enseignement, les prêtresses par l’exaltation consécutive au sacrifice humain, transformèrent la mort en un simple fossé qu’il suffisait de savoir sauter. Ainsi s’explique le fait qu’ils aient poussé des guerriers gaulois à combattre nus, s’offrant ainsi en véritable sacrifice au dieu de la guerre afin de rendre la tribu victorieuse. Ils leur enseignaient une technique d’exacerbation des sens qui permettait au guerrier de provoquer l’adversaire d’abord par une danse sauvage, accompagnée d’un chant ; nu, les armes à la main, l’homme finissait par entrer dans un état de fureur guerrière qui le poussait à ouvrir largement la bouche, tirant une langue énorme jusqu’à faire entrevoir le fond de la gorge et même quasiment (dans son esprit) le fond de son cœur. Cette férocité ainsi exhalée était perçue par les gaulois comme une manifestation du dieu infernal chthonien dévorant comme à l’avance l’ennemi. Cette technique de possession divine rendait ainsi à leurs yeux le guerrier invulnérable et invincible.

Il en reste de nombreuses traces dans l’inconscient collectif. Chimères et dragons sortant une langue démesurée symbolisèrent longtemps ses états de fureur destructrice et maléfique. Le folklore français conserva, lui aussi, par le biais des romans celtiques et bretons, comme Tristan et Iseut, le souvenir des sauvages gaulois coupant la tête de leurs ennemis et, surtout, mettant la langue à part. La légende de la bête à sept têtes en est un exemple bien connu, puisque le véritable vainqueur du monstre est découvert grâce au sept langues qu’il avait soigneusement conservées. Le symbolisme de la langue dans l’éducation gauloise et donc, au strict sens du mot, capital. Siège de la vertu belliqueuse, elle est aussi, par la parole qu’elle émet, la créatrice de l’éloquence politique, porteuse de messages, annonciatrice de prophéties et moyen privilégié d’exacerbation des pulsions homicides.

Ainsi druides, bardes et prêtresses apprenaient aux jeunes aristocrates, la fleur des guerriers, à « craindre les dieux, à ne rien faire qui ne soit noble et à s’exercer aux qualités viriles ». Ceux-ci devaient apprendre à se battre sous la direction des anciens, ce qu’une phrase bien comprise de César souligne lorsqu’il dit que les gaulois « n’admettent pas d’être abordés dans un lieu public par leurs propres enfants, avant que ceux-ci soient en âge de porter les armes ; ils estiment honteux qu’un fils encore enfant se tienne en publics sous les yeux de son père ».

Il fallait donc être considéré comme un guerrier adulte ayant voix à l’assemblée tribale et, pour cela, être passé par toute une formation. De même qu’il fallait vingt ans à l’apprenti druides pour être totalement initié, il devait exister aussi une véritable initiation pour ces guerriers en herbe que sanctionnait un rite de passage. Ces collèges de jeunes sont en effet courants dans toutes les sociétés indo-européennes, et c’est peut-être à eux que l’historien Polybe faisait allusion lorsqu’il parlait des hétairies des Celtes. Ils continuèrent très certainement sous la domination romaine, car, lors d’une révolte gauloise à Autun en 21 après Jésus Christ, Sacrovir « distribua en même temps à la jeunesse des armes fabriquées en secret ». Ainsi l’école romaine prenait-elle la suite de l’enseignement des druides et la noblesse gauloise continuait à faire s’entraîner les jeunes gens aux exercices physiques et militaires puisqu’ils ne possédaient pas d’arme et qu’ils surent manier celles qu’on leur distribua. 0219.jpg

Il est difficile de savoir comment cet entraînement se faisait. La chasse aux sangliers avec des épieux et des coutelas en étaient probablement la première forme. Le dressage des chiens, et peut-être aussi des faucons, constituait un apprentissage lent et difficile où le jeune Gaulois apprenait à lâcher la bête sur la proie de manière à faire se déchaîner toutes ses forces sauvages au meilleur moment. D’ailleurs, les gaulois importèrent jusqu’à la fin de l’Empire romain des chiens de chasse de grande race depuis l’Irlande. Ils les utilisaient aussi à la guerre pour les lancer contre leurs ennemis. De même, ils apprenaient à se servir pour la chasse à l’oiseau d’une espèce de javelot qui se lançait sans propulseur et qui allait plus loin qu’une flèche. Ils s’en servaient également en bataille rangée.

Ainsi la lutte menée contre les animaux permettait-elle de mieux affronter les hommes. La chasse préparait à la guerre. Il en résulterait une sauvagerie et une barbarie qui frappèrent beaucoup Grecs et Romains.

Au retour de la bataille, ils suspendaient à l’encolure de leurs montures les têtes de leurs adversaires. Ils en clouaient d’autres devant les portes. Ils embaumaient même les têtes des chefs de leurs ennemis à l’huile de cèdre et les exposaient dans leurs temples. Ainsi exaltaient-ils la violence pour que leurs jeunes gens devinsent des guerriers émérites.

L’embonpoint leur était interdit, et quiconque négligeant l’exercice physique voyait son tour de taille dépasser la mesure permise se trouvait sévèrement puni. Enfin, comme toujours dans ce milieu de compagnonnage militaire, il était normal que ces jeunes adolescents se prodiguassent mutuellement leurs charmes, car le désir de se montrer digne de son amant ne pouvait que pousser l’aimé à l’éblouir par son audace et sa force. L’amour pédérastique poussait ainsi à l’exaltation des forces physiques. De plus, il devait exister des jeux sportifs ou guerriers, du genre des courses de chevaux ou des combats de gladiateurs, auprès des sanctuaires religieux où se déroulaient de grandes fêtes solennelles, car une espèce particulière de combattants, appelé en gaulois cruppellaire, portait une cuirasse de fer lui couvrant tout le corps. Des esclaves sans cuirasse destinés à ces duels inégaux terminaient leur vie sous les yeux exaltés des spectateurs, ce qui n’était pas sans entretenir le goût du sang au milieu de ces festivités sauvages.

Nous ignorons l’âge auquel commençait et finissait l’adolescence aux yeux des gaulois, de même que nous ne savons pas quand l’enfant se trouvait séparé de sa mère.

 

Source : Histoire de l'enseignement et de l'éducation en France, Michel Rouche éd. Perrin

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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 06:52

Lors de la chute de l’empire romain (Romulus Augustule) en 476, les Francs se sont déjà installés en Gaule, après avoir (comme les Romains l’avaient fait aux Grecs, aux Égyptiens et aux Orientaux) pillé et ravagé les pays vaincus, jusqu’à la conquête du pouvoir par Clovis, roi des francs de 481 à 511.

 

À cette date, le concept de puissance publique n’existe pas encore ; le roi n’est reconnu que si, au gré des conquêtes de nouveaux territoires, il impose aux populations un prélèvement de leurs biens et les partages en récompense avec ses fidèles. Pillage et partages sont les deux piliers de l’identification au chef. Pourtant, les Francs pour les Wisigoths, découvre un oxydants romanisés, ou l’une des règles majeures du droit écrit et la reconnaissance de la propriété privée.

 

La dislocation de l’empire entraîne une désagrégation progressive de l’État et corrélativement de l’administration romaine, alors que symétriquement, en Orient, naissent des états puissants qui vont se doter d’une administration centralisée, dont les ressources proviendront pour l’essentiel de l’impôt (Empire byzantin, Empire des sassanides, Empire chinois...).

 

Pendant ce temps, en Occident, à Clovis se succédèrent des rois mérovingiens célèbrent sous leur nom de « rois fainéants » qui ne se donnèrent aucune peine pour le recouvrement des impôts. À l’époque, les rois tirent leurs ressources financières de l’agriculture et de la terre, par une confiscation de la quasi-totalité du territoire et des hommes qu’il occupe, au mépris de la propriété privée.

 

En pratique, le fonctionnement de l’État mérovingien (puis carolingiens) repose sur une participation directe des habitants, sous forme de corvées ou de prestations obligatoires, au rang desquelles celles du droit de gîte ou de transports issues des obligations d’hospitalité et de la poste imposées à l’époque romaine. Ainsi, un envoyé du roi pouvait exiger, où qu’il se trouve, d’être nourri, logé et de bénéficier de chevaux et voitures ; seule l’église était exempte de cette obligation. En effet, il est interdit aux agents royaux de pénétrer dans les territoires qu’elle possède au contrôle ; dans ce périmètre, l’église seule peut percevoir les ressources du roi.

 

À la fin de l’époque romaine, la puissance de l’église, lui a permis progressivement d'échapper à l’impôt et même d'en accaparer une partie à son profit. Les Évêques sont ainsi des percepteurs et de facto les plus gros collecteurs d’impôts, à telle enseigne qu’à la fin du VIIIème siècle, la vocation des gens de l’église peut être suspectée d’être inspirée davantage par des convictions d’ordre patrimonial que spirituel.0218.jpg

 

Au-delà du privilège de collecteurs, l’église réussie en outre à bénéficier à son seul profit d’un nouvel impôt, la dîme. Cet impôt obéissait aux mêmes principes que celui rencontré au cours de l’histoire, c’est-à-dire le paiement d’environ 1/12e ou 1/13e des revenus, récoltes, fruits... ; elle était perçue en amont des prélèvements seigneuriaux.

 

Progressivement, il s’est agi d’une véritable taxe parafiscale avec affectation spéciale, puisque la dîme comportait quatre parts égales réparties entre :

 

-          l’évêque lui-même ;

-          les Clercs ;

-          l’entretien de l’église ;

-          les pauvres.

 

La dîme rencontra un « grand succès », au point de se généraliser et donner naissance à différentes dîmes : « prédiale », qui portait sur les héritages, « mixte » (sur les fruits du travail et de la terre), « grosse » (blé ou vin...), « menue » (poulet, agneau, cochon...), « verte » (pois, les fèves et les lentilles...).

 

Le Clergé percevait le « casuel », une redevance due lors de la célébration des principaux sacrements (baptêmes, mariages et sépultures).

 

Cette pression fiscale supplémentaire au profit de l’église entraînera des réactions. Ainsi, le roi Clotaire II, père de Dagobert, promulguera en 615 un édits importants, contenant en germe l’idée d’un consentement à l’impôt ; c’est édit dispose que si un cens nouveau est ajouté de manière impie, après enquête et sur réclamation du peuple, il sera réformé. 250 ans plus tard, Charles le chauve (qui instaurera le serment de fidélité féodale) déclare dans l’édit de Pistes (864) que « le consentement du peuple confirmé par le Roi, est tel la loi. »

 

Source : Histoire du droit et de la justice en France, ouvrage coordonnée par Eve François éd. Prat

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12 novembre 2014 3 12 /11 /novembre /2014 18:35

Etudier, imaginer, tester la cuisine gauloise ; c'est ce qu' Anne Flouest et Jean Paul Romac ont réalisé dans leur livre : "La cuisine Gauloise continue" présenté ici

 

Les viandes

Quelles viandes mangeaient les Gaulois ? À cette question on serait tenté de répondre : du sanglier. Et pourtant, dans les restes d’animaux issus des déchets culinaires, les archéozoologues identifient à peine 1 % d’os d’animaux sauvages, et les restes de sanglier, au demeurant facile à distinguer du porc, qui sont très rares.

On ne peut qu’être frappé, comme l’ont été les observateurs étrangers de l’Antiquité, par l’importante consommation de viandes et de laitages chez les Gaulois. L’ampleur des restes archéologiques en témoigne. Ces restes renseignent sur les espèces consommées, leur fréquence relative, leur stature, les modes d’élevage, leur mode de préparation (découpe, conservation, cuisson). Si une part des viandes était réservée aux morts, l’examen des parts réservées aux vivants montre que, globalement, tous les morceaux étaient consommés.

 

Viande de boucherie

Les archéologues ont mis en évidence la petite taille du bétail (bœufs, veaux, vaches, moutons et porcs). La qualité des viandes, alors moins grasse qu’aujourd’hui, n’en pâtissait cependant pas. Cette petite taille atteste que les gaulois étaient sans doute peu portés à sélectionner les races.

 

Gros bétail

La viande de bœuf (et de vaches) apporte près de la moitié de l’alimentation carnée. Les traces de découpe observée sur les eaux montrent qu’on distinguait, avec la même attention qu’aujourd’hui, les différents morceaux selon leur qualité : les pièces de premier choix (viandes à rôtir ou à griller : filet, gîtes, jumeaux, macreuse, culotte), puis les viandes à braiser (plat de côte, etc.) et, enfin, les viandes à bouillir (pieds, queue, etc.). L’âge d’abattage et le sexe sont aussi des paramètres qui jouent sur la qualité. Selon les maisons, la qualité diffère : les familles paysannes se contentent souvent de la consommation d’animaux de réforme, vieilles vaches laitières et vieux animaux de trait, tandis que des animaux jeunes sont appréciés dans d’autres maisons, peut-être plus aisée.


 

        Bœuf éduen

 

   • 1,5 kg de bœuf bourguignon

   • 1 l de cidre

   • 1 bouquet garni

   • Saindoux

   • Carottes

   • Champignons

   • Oignons

   • Echalotes

  Cuisson 2 heures

 

La veille, voir l’avant-veille, placer les morceaux de bœuf dans un pot, ajouter du sel fin, des condiments et un oignon coupé en tout petits morceaux ainsi que deux échalotes, mélanger le tout et laisser reposer une nuit.

Pendant ce temps, préparer la marinade. Faire bouillir un pot de cidre avec un bouquet garni, une pointe de miel et un petit morceau de couenne salée (la présence d’un morceau de salé et la courte salaison permettent à la viande de garder quelques couleurs sans devenir terne). Quelques bouillons, laisser refroidir une nuit environ. Verser la marinade dans le pot sur la viande, remuer, couvrir et laisser au frais une nouvelle nuit.

Le lendemain, laisser reposer la viande quelque temps pour qu’elle s’égoute ; au besoin, passer un linge pour enlever l’excès d’humidité. Dans une belle terrine, faire rissoler les morceaux de bœuf dans deux cuillerées de saindoux salé, faire dorer. Ajoutez la marinade chaude, faire prendre un bouillon, ajouter un bon bol de jus de veau ou, à défaut, un reste de bouillon de pot-au-feu, ajoutez les carottes, deux au minimum, des petits oignons, des champignons, un bel os fendu, laisser mijoter quelques heures, rectifier l’assaisonnement et servir !0216.jpg

Garniture : soit les carottes de l’accompagnement, soit autre chose, par exemple des pâtes fraîches, un plat de champignons ou des quenelles cuites dans un bouillon de pot-au-feu.

 

Source : Anne Flouest, Jean-Paul Romac, La cuisine Gauloise continue - éd. Bibracte & Bleu autour

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 09:15

Les romains appelaient le coq : gallus, nom qui avec une majuscule désignait un habitant de la Gallia, de la « Gaule », un gaulois donc. Au Moyen Âge, les Anglais et les Allemands, se souvenant du double sens latin de gallus, ont par dérision associé le coq, volatile réputé 0215orgueilleux, prétentieux et vaniteux, aux français, lesquels ont assumé la comparaison, et adopté le coq comme image de leur fierté nationale.

Mais c’est surtout à partir de la révolution de 1789, que le coq gaulois s’est imposé comme symbole de la France, pour remplacer la fleur de lys, qui était l’emblème de la monarchie déchue.

En ancien français, le coq était appelé jal (ou gal, ou jau), mot issu du latin gallus. Mais, à partir du XIIe siècle, jal a été concurrencé et peu a peu éliminé par coc et coq, nom qui a très probablement été formé à partir d’une onomatopée. On sait qu’en latin l’onomatopée imitant le chant du coq était coco coco...

On a aussi retrouvé la trace, en latin tardif, du coccus, autre onomatopée, évoquant le caquettement de la poule. Mais, par ailleurs, en latin classique, le terme coccum désigne une couleur « rouge écarlate », comme la crête du coq : y a-t-il un rapport entre coccum et coq ? C’est possible, auquel cas le coq que serait un cousin de la coccinelle, insecte qui doit son nom à la couleur écarlate de ses ailes.

Quelle que soit son origine, le mot coq, dès lors qu’il s’est imposé en français, a donné naissance à une famille de mots nouveaux, parmi lesquels coquerycoq, puis coquerico, pour désigner le cri du coq. Car, jusqu’au XIXe siècle, dans les basses-cours françaises, les coqs poussaient des coquericos sonores, et ce n’est que dans les années 1860 que les coquericos sont devenus des cocoricos…0214

Coquerico, l’ancien cri du coq, avait une variante, coquelicoq : ces deux mots, à partir du XVIe siècle, ont été également employés pour désigner une fleur des champs aux pétales rouges vifs, ressemblant à la crête d’un coq ; cette fleur, qui jadis était un coquerico ou un coquelicoq, est aujourd’hui appelé le coquelicot.

Au Moyen Âge, le coq, augmenté du suffixe péjoratif -ard, a donné le nom cocard ou coquard, lequel a d’abord désigné un « vieux coq », puis a pris un sens figuré, inspiré par l’allure et par le comportement du coq se pavanant dans la basse-cour au milieu des poules : ainsi, un coquard est devenu un « homme sot prétentieux », et l’adjectif coquard, a qualifié une « personne sotte et vaniteuse ».

L’adjectif coquard n’est plus guère utilisé aujourd’hui, mais deux de ses dérivés en revanche sont toujours bien vivants : le nom cocarde et l’adjectif cocasse. Commençons par la cocarde : ce nom, à partir du XVe siècle, a désigné, dans l’expression coiffée à la cocarde, une coiffe ornée de plumes de coq ou de rubans, et ressemblant à une crête de coq. Puis, au XVIIIe siècle, une cocarde est devenue un « nœud de ruban » décerné aux soldats comme décoration militaire, et un « un signe, généralement rond, que l’on porte en signe de ralliement à un parti politique » : ainsi, durant la Révolution française, certains portaient la cocarde blanche des royalistes et d’autres la cocarde tricolore (bleu, blanc, rouge) des révolutionnaires.

C’est au XVIIIe siècle également qu’est apparu, par déformation de coquard, l’adjectif cocasse : il qualifie « ce qui est d’une bizarrerie ou l’extravagance comique », « ce qui est d’un ridicule qui fait rire », comme le coq vaniteux et fanfaron, faisant de l’esbrouffe parmi les poules.

Dans la famille du coq, on trouve aussi le diminutif coquet, qui à l’origine a servi à nommer un « petit coq » ou un « jeune coq », avant de prendre, au XVIIe siècle, un sens figuré : un coquet devient un « homme qui cherche à plaire, à séduire ». À cette époque également, la coquette, version féminine du coquet, entre en scène : en effet, au théâtre, dans certaines comédies, on prend l’habitude de parler de la coquette ou de la grande coquette pour désigner le principal rôle féminin de séductrice et d’intrigante dans certaines comédies.

Employé comme adjectif, coquet, coquette qualifie, au XVIIe siècle, « celui ou celle qui cherche à plaire », et la coquetterie est le « souci de plaire ». C’est au XVIIIe siècle que ces mots prennent leur sens moderne : coquet, coquette signifie alors « qui a le goût des vêtements élégants, des belles toilettes et parures » ou « qui a le souci de plaire par sa mise, sa manière, ces attitudes, son esprit » et la coquetterie devient le « goût de plaire par ses vêtements, sa mise ».

 

 

Source : Virgule N° 86

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