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Samedi 25 mai 2013 6 25 /05 /Mai /2013 07:57

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE

 

Chapitre IV - Les Læti.

 

À quelle classe de la population germanique ?

 

On s’est demandé dans quelle classe de la société germaine se recrutaient les Læti, si c’était dans la classe.inférieure ou dans celle des hommes libres, des hommes de guerre. Le rapprochement naturel des Læti et des Lidi, Liti, des lois barbares dont la situation n’était pas sans analogie avec celle des Læti employés au service de Rome, outre la ressemblance frappante des deux noms, a fait supposer que ces émigrés volontaires de la Germanie pourraient bien être d’anciens serviteurs désireux d’échapper à la domination de leurs maîtres, et qui auraient quitté leur patrie pour conquérir, sinon la liberté complète, du moins une indépendance relative[32]. Accueillis favorablement par les Romains, encouragés par des exemples antérieurs, ils se seraient mis au service des empereurs, et la situation particulière qui leur était faite expliquerait la création d’un terme nouveau pour les désigner, terme emprunté à leur langue et à l’état dans lequel ils étaient habitués à vivre. Il ne faut pas attacher trop d’importance aux mots et voir dans les Læti du IVe siècle les continuateurs des Lidi de l’ancienne Allemagne. Il est permis de croire au contraire que les Barbares qui venaient ainsi s’enrôler sous les drapeaux de Rome et changer leur existence nomade contre une vie sédentaire étaient originairement des hommes libres des tribus germaniques. N’étant attachés à aucun chef comme les compagnons, ils consentaient volontiers à suivre la fortune de l’Empire dont le prestige les attirait et qui pouvait payer généreusement leurs services en leur donnant des terres, objet de leur convoitise. Cette opinion du reste a pour elle le témoignage du savant jurisconsulte Pardessus[33] et plusieurs historiens attestent qu’un assez grand nombre des Læti étaient de la tribu Salique, la première entre les tribus des Francs.

À quelle époque de l’histoire apparaissent les Læti ? Quand ce nom fut-il adopté ? Le silence des auteurs anciens sur ce point rend la question difficile à résoudre. Le premier texte où soient mentionnés les Læti remonte à la fin du IIIe siècle ; nous le devons au rhéteur Eumène[34]. Le panégyriste de Constance exalte les victoires des empereurs et se réjouit des heureux résultats qu’elles ont eus pour la Gaule, sa patrie. Les champs déserts se repeuplent ; de vastes plaines demeurées depuis longtemps en friche se couvrent de moissons. Quels sont ces nouveaux habitants, ces nouveaux cultivateurs ? Les Læti rétablis dans leurs premiers cantonnements, lœtus postliminio restitutus ; les Francs admis à faire leur soumission, receptus in leges Francus. Ce texte, si important par sa date, mais malheureusement trop court, a été l’objet de nombreuses discussions qui portent principalement sur le sens qu’il faut donner ici au mot lœtus. Zumpt[35] le prend dans l’acception ordinaire de l’adjectif lœtus et le rapporte au substantif Francus qui suit : lœtus... Francus, ne voyant là qu’une seule et même adoption de Barbares, dans une situation voisine de celle du colonat. Sybel[36], au contraire, s’appuyant sur l’autorité de Pardessus, croit que le passage d’Eumène fait allusion à deux événements simultanés, mais bien distincts ; celui des Læti chassés par des hordes ennemies des terres que l’Empire leur avait concédées et où ils avaient été rétablis, et celui des Francs soumis à l’Empire, qui avaient reçu des terres à cultiver. Évidemment il s’agit de Barbares Læti opposés aux Francs vaincus et établis comme colons, c’est-à-dire dans un état de sujétion plus complète. L’expression postliminio restitutus annonce bien que ce n’était point une condition nouvelle créée par Dioclétien ou Maximien, mais qui existait déjà antérieurement. D’autre part, il est certain qu’elle a été postérieure à celle des colons ou des fédérés ; elle doit être contemporaine de l’époque où les Francs sont entrés en relations suivies avec l’Empire, c’est-à-dire de la seconde moitié du siècle. Avant cette époque nous ne voyons rien qui ressemble à ce que furent plus tard les Læti, et, s’il est reconnu que ces derniers ne descendaient point des anciens habitants des champs Décumates, il est du moins probable que l’abandon de l’ancienne limite transrhénane qui reporta au Rhin la frontière romaine du côté de la Germanie nécessita l’organisation d’une nouvelle population militaire destinée à servir de rempart à l’Empire dans les Gaules. Il est aussi à présumer que parmi les Germains appelés à jouer ce rôle les Francs furent choisis de préférence, ainsi que les Bataves, à cause de leurs qualités guerrières, ce qui expliquerait la mention spéciale de ces deux peuples dans l’énumération des différentes colonies de Læti répandues au IIè et au IIIè siècles sur le sol de notre patrie.

 

[32] Guérard, Polyp. d’Irm., t. I, p. 275.

[33] Pardessus, Loi salique, p. 475.

[34] Eumène, Panég. de Constance, c. XXI.

[35] Zumpt, p. 19-20.

[36] Sybel, p. 32-33. — Pardessus, Loi salique, p. 471.

Par Lutece - Publié dans : Livres/Romans - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Mercredi 22 mai 2013 3 22 /05 /Mai /2013 19:50

284.jpg                                         Huile sur toile réalisée vers 1900. Collection privée.

 

Contrairement à ce que beaucoup de personnes pensent le gui est rare sur les chênes. Aussi n’en est-il que plus précieux. Ce parasite aérien toujours vert est l’objet d’une vénération particulière chez les Celtes qui le considèrent comme un attribut ou même un avatar d’une divinité importante. On dit que les druides utilisent pour sa cueillette une serpe d’or. En réalité, cela est peu probable car l’or est un métal mou. Les serpes sont donc plutôt en bronze ou en fer recouvert d’or. L’or représente le soleil et la faucille le croissant lunaire. Le gui est recueilli dans un linge blanc, et le druide porte une robe blanche, couleur sacerdotal. Il est cueilli le sixième jour de lune, moment où la force du rayonnement lunaire est dans une phase ascendante. Ce même jour, les druides sacrifient deux taureaux blancs, très jeunes puisque « leurs cornes sont unies pour la première fois » (Pline). C’est alors la communion des êtres et des choses (animaux, végétaux, minéraux).


Le gui possède également pour les Celtes des vertus thérapeutiques. Ils pensent que, mélangé à une potion, le gui est un remède à la stérilité. Si l’on regarde la signification de ce mot dans les différents dialectes, on remarque qu’il signifie « qui guérit tout » en irlandais (uileiceadh) et Gallois (oll-iach). En breton-armoricain il signifie « haute branche » (uhelvarr) et signifiera par la suite « eau de chênes » au XVIIIe siècle (deur derhue), le chêne étant la représentation des divinités.

 

Présentation d'Henri Paul Motte ici.

 

Source : www.arbre-celtique.com

Par Lutece - Publié dans : Peintures/Sculpture d'Histoire - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Lundi 20 mai 2013 1 20 /05 /Mai /2013 08:01

Repéré grâce à une photographie aérienne de 1989, le site du Quiou a été acquis par leP1030016.JPG conseil général des Côtes d'Armor au titre des espaces naturels sensibles, ce qui a permis d’en programmer la fouille.

La villa gallo-romaine du Quilliou est un ensemble bâti : thermes, habitat et entrepôts agricoles, se côtoient sur une surface d’un hectare et demi environ. Après la conquête romaine, en 51 avant notre ère, la romanisation s’implante et de grandes fermes s’installent sur le territoire gaulois.

Les fouilles mises au jour ont permis de dater la villa : la première occupation remonte à la période augustinienne (début du premier siècle de notre ère). Cette occupation constitue l’établissement rural de type « romain » le plus anciens actuellement connus en Armorique.

Associé à deux autres villae repérées à moins de 5 km (commune de Plouasne et de Tréfumel), cette occupation « atypique » particulièrement précoce et dense pourrait être due à l’exploitation du calcaire et la fabrication de la chaux indispensable à la construction des édifices romains. Les études montrent que le calcaire utilisé pour la construction de la cité de Corseul (capitale de cité des Coriosolites) et du sanctuaire du haut Bécherel provient du bassin du Quiou.

La villa du Quiou servait de résidence secondaire à une famille de notables. Ces propriétaires demeuraient en zone urbaine (probablement à Corseul) durant la majeure partie de l’année et percevait le produit de l’exploitation agricole alentour, assurée par des domestiques et des esclaves.P1030018.JPG

Le bâtiment principal est installé sous une plate-forme préalablement nivelée et terrassée. Il mesure 40 m de large x 56 m de long. Trois ailes encadrent cette cour de 600 m² divisés en deux. À l’est se trouve l’accès à la cour, et les deux galeries de façade permettaient d’accéder aux galeries des ailes nord et sud. La partie résidentielle, organisé autour d’une grande pièce d’apparat, se trouve à l’ouest au fond de la seconde cour.

Un talus d’environ 1 m de haut délimitait un glacis de 5 m de large contre le mur de l’aile sud. En contrebas du bâtiment principal, des fosses de plantation d’arbres orthonormées et axés sur les murs directeurs de la villa dessinent l’emplacement d’un verger sur au moins 75 m de long (nord/sud). Si la qualité de mobilier est encore faible pour dater les phases initiales de construction, c’est l’édifice thermal  ajouté dans le prolongement de l’aile nord qui permet d’avancer une date précoce soit le premier quart du Ier siècle de notre ère.

L’établissement thermal s’étend sur une superficie de 280 m² (15 m est/ouest x 18,5 m). Il est flanqué, peut-être dès l’origine, de deux galeries disposées de manière à allonger ses côtés sud et est. Constitué d’espaces d’accueil et d’agrément (vestibule, cours, vestiaire), de salles chauffées par un système d’hypocauste sur pilettes, il est doté d’une natatio de 24 m². Ces termes ont connu cinq remaniements principaux matérialisés par des modifications de plan (déplacement des bassins et des systèmes d’évacuation, ajout/abandon de salles) et des réfections (chaufferies et enduits, décors…). Après une phase de croissance architecturale inscrite dans le premier siècle de notre ère, l’on assiste à une lente diminution des surfaces bâties jusqu’à l’abandon des termes dans le courant de la seconde moitié du IIème siècle. P1030019.JPG

                                     Hypothèse de restitution de la villa


C’est au début du IIème siècle qu’un troisième bâtiment est ajouté contre l’aile sud du bâtiment principal. En partie restituée, il s’organise autour d’un espace central allongé (12,6 m x 4 m) bordée de deux couloirs-galeries (2,4 m de large) desservant chacun deux pièces (6x4 m chacune), dont une était chauffée par un hypocauste à pilettes. D’après sa morphologie, l’hypothèse d’une fonction mixte de magasin et de logement, mansio ou habitat du villicus, semble pouvoir être retenu.

La parcelle située au nord des thermes et du bâtiment thermal montre des constructions sur sablières et/ou poteaux, et un puits ; les évacuations (vers l’ouest) des eaux usées des deux bâtiments se présentent sous la forme de fossés successifs. Ces espaces techniques liés au fonctionnement des thermes et de la villa se trouvaient isolée.

La pars rustica de la villa, diagnostiquée lors de la campagne 2009 à la suite d’observations pédestre, s’étend sur près de 5 ha dans les parcelles situées à l’ouest et ce jusqu’au bourg actuel du Quiou, sous la forme de fosses, de trous de poteaux, de fours, de fossés et de radiers de sol.

Au IIIème siècle, l’aile nord du bâtiment principal comporte des aménagements liés auP1030034 chauffage. Un probable chemin bordé de deux fossés s’installe au sud du bâtiment III et l’ancien bâtiment thermal subit à cette période au moins un réaménagement à l’aide de structure porteuse boisée au niveau des anciennes pièces chauffées. Les niveaux de circulation de cette période ont été totalement arasés par les labours, ce qui rend l’appréciation de l’activité humaine difficilement estimable.

Pendant l’Antiquité tardive (IV-Vème siècle), de nombreuses fosses et des fosses-foyers sont implantées dans les cours intérieurs et extérieurs. Les foyers semblent disposés de préférence à l’emplacement des anciennes galeries de la villa (zone 2 et 3). Les fosses se présentent sous des formes diverses : fosses d’extraction « polylobées » et fosses-silos parfois de grande capacité. Après leur utilisation, elles sont remblayées à l’aide d’un sédiment généralement très charbonneux provenant de la vidange de foyers. Le respect des espaces couverts du bâtiment principal de la villa, permet de penser qu’ils sont encore occupés à cette époque.

Des fosses et un four contenant du mobilier carolingien et du bas Moyen Âge se situe dans l’axe d’entrée du bâtiment I et contre le bâtiment II (four).

 

Source : L'Archéologue N° 106

Par Lutece - Publié dans : La Gaule Romaine - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Samedi 18 mai 2013 6 18 /05 /Mai /2013 10:05

ESSAI SUR LA CONDITION DES BARBARES ÉTABLIS DANS L'EMPIRE ROMAIN AU IVè SIÈCLE


Chapitre IV - Les Læti.

 

À quelle nationalité appartenaient les Læti ?

 

L’origine des Læti est plus facile à déterminer que le véritable sens du mot par lequel ils sont désignés. Zosime que nous avons déjà cité en fait un peuple de la Gaule, έθνος Γαλατικόν[15]. On ne peut s’arrêter à cette hypothèse contredite par des textes formels. Les Læti n’étaient ni des Romains, ni des Gaulois, mais des Barbares, c’est-à-dire des étrangers, peregrini, admis dans l’Empire. Ammien Marcellin nous le dit expressément dans plusieurs passages ; tantôt ce sont les Loti, Barbares habiles à la rapine, qui se glissent secrètement entre le camp romain et celui des Allamans pour fondre sur Lyon à l’improviste et brûler cette grande cité[16] ; tantôt c’est Julien qui, proclamé Auguste par son armée, écrit de Paris à l’empereur Constance et promet de lui envoyer un corps de Læti, descendants des Barbares établis sur la rive gauche du Rhin[17]. Zosime, lui-même, par une sorte de contradiction, peut-être plus apparente que réelle, nous parlant de l’usurpateur Magnence, qui appartenait à là colonie des Lei, a soin de nous apprendre que, Gaulois de naissance, provincialis, il était d’origine barbare[18]. Les historiens qui se sont appuyés sur le texte de Zosime pour soutenir que les Læti étaient des Gaulois, l’ont mal interprété. Sans doute les cantonnements qui leur sont assignés dans la Notitia Dignitatum se trouvent exclusivement dans les Gaules et nous voyons associés à leurs noms des noms de peuples gaulois, tels que les Lingonenses (habitants de Langres), les Edui (Éduens), les Nervii (Nerviens), les Nemetacenses (habitants d’Arras), les Contraginenses (habitants de Noyon)[19], mais tous ces noms marquent les lieux où ils avaient résidé dans 286.gif leur nouvelle patrie adoptive et n’ont rien de commun avec leur origine primitive : on les distinguait ainsi les uns des autres par les villes sur le territoire desquelles ils tenaient garnison et par les provinces qui leur avaient été assignées. On en trouve dans les Lyonnaises, dans les deux Belgiques, dans la première Aquitaine et dans la deuxième Germanie[20]. La grande majorité était dans la deuxième Belgique, c’est-à-dire dans une des provinces de la Gaule les plus rapprochées du Rhin. Sybel[21] et les auteurs qui ont adopté l’étymologie celtique[22] pensent que, si les premiers Læti ont été des Barbares, plus tard cette condition spéciale a dû être commune aux Gaulois et aux Romains réduits à une sorte de colonat, comme les Romains du Ve siècle dont nous parle Salvien[23]. Cette hypothèse toute gratuite ne repose sur aucun fondement historique ; elle a été réfutée par Böcking[24]. On a également prétendu que les Læti pourraient bien être des descendants de ces colons gallo-romains établis dans les champs Décumates, mêlés à une population germanique antérieure et qui, dès le III siècle, refoulés par les invasions, durent se replier sur la Gaule où ils obtinrent de nouveaux cantonnements voisins de la frontière du Rhin. L’autorité de Gaupp[25], si considérable qu’elle soit, ne suffit pas à justifier cette opinion qui n’est point confirmée par les textes.

Après avoir démontré que les Lei étaient des Barbares, il reste à déterminer si c’était un peuple à part ou s’ils appartenaient à différentes nations admises sur le territoire romain dans des conditions identiques. Perreciot, auteur d’un ouvrage très curieux et important sur l’état des personnes et la condition des terres dans l’ancienne France, avant la Révolution[26], établit qu’on doit voir dans les Læti un ramas de diverses nationalités qui a subsisté trois siècles en corps de peuple ; chassés du sol qu’ils habitaient par des hordes puissantes et guerrières, ils s’étaient répandus en Europe, avaient reçu des empereurs romains des terres en friche dans la Germanie et dans la Gaule, pour les cultiver et fournir des troupes auxiliaires à l’Empire, et s’étaient perpétués après la conquête des Francs, pour exercer plus tard une influence décisive sur la constitution politique de nos gouvernements modernes, en produisant le système féodal. Les Læti, selon Perreciot, étaient donc une tribu, une nation à part, distincte des autres corps germaniques par le nom qui lui était propre, et destinée à servir de rempart à la Gaule contre les invasions des autres Barbares de la Germanie. Il n’a pas été le seul du reste à professer cette opinion. Du Cange[27] présente les Lei comme des peuples du Nord qui s’étaient joints aux Francs et à d’autres nations barbares pour envahir les Gaules et la Germanie et qui, arrivés sur la frontière du Rhin, s’y seraient établis avec la permission des empereurs en s’engageant à la culture du sol et à l’obligation du service militaire. Il les distingue essentiellement soit des Francs, soit des Germains, et explique les différents noms qui leur sont donnés dans la Notitia, par les lieux de résidence qui leur avaient été assignés dans les Gaules[28]. Godefroi combat déjà victorieusement cette assertion dans son commentaire du Code Théodosien[29]. Quel était, en effet, ce peuple ou ces peuples du Nord dont il n’est jamais fait mention dans l’histoire de la Germanie et qui apparaît sous le nom de Læti alors seulement qu’il entre en rapports avec les Romains ? Ne doit-il pas plutôt se confondre avec les Francs et les autres tribus d’origine germanique qui ont lutté avec l’Empire et fini par s’établir dans son sein, soit comme colons, soit comme auxiliaires (ex multis gentibus sequentibus Romanam felicitatem) ? La dénomination de Letavia, pagus Leticus, donnée à certains lieux de l’ancienne Gaule, n’implique point, comme on a voulu le soutenir, l’existence d’un peuple spécial désigné sous le nom de Læti[30] ; ce n’est que la perpétuité d’une tradition relative aux Læti de l’Empire, que le souvenir d’une de leurs colonies ou préfectures[31]. Comment pourrions-nous trouver dans la Notitia les différents noms des Bataves et des Francs mentionnés à propos des Læti, si tous les Barbares reçus dans cette condition avaient appartenu à un peuple unique ? On s’explique très bien au contraire ces diverses dénominations, du moment où le terme générique de Læti désignait un mode particulier d’admission pour des tribus de même race. Les Bataves et les Francs formaient deux nations distinctes, mais qui toutes deux avaient une origine commune et appartenaient à la grande famille des Germains. Les Læti étaient donc des Germains, plus rapprochés de la frontière du Rhin que les autres peuples barbares, qui, par conséquent, avaient avec les Romains des rapports plus fréquents et qui obtinrent dans les Gaules des établissements d’une nature spéciale.

 

[15] Zosime, lib. II, c. LIV.

[16] Ammien, lib. XVI, c. XI.

[17] Ammien, lib. XX, c. VIII.

[18] Zosime, lib. II, c. LIV.

[19] Not. Dignit., Böcking, II, p. 119-122.

[20] TABLEAU DES PRÉFECTURES DES LÆTI

D’après la Notitia. — Édit. Böcking, Not. imp. Occid., p. 119-120

Præfecti Lœtorum, in Galliis :

1. Præfectus Lœtorum Teutonicianorum Carnunta Senoniæ Lugdunensis,

2. Præfectus Lœtorum Batavorum... Baiocas et Constantiæ Lugdunensis Secundæ,

3. Præfectus Lœtorum... Cenomannos Lugdunensis Tertiæ.

4. Præfectus Lœtorum Francorum Redonas Lugdunensis Tertiæ,

5. Præfectus Lœtorum Lingonensium per diversa dispersorum Belgicæ Primæ,          

6. Præfectus Lœtorum Actorum Epuso Belgicæ Primæ,

7. Præfectus Lœtorum Nerviorum Fano Martis Belgicæ Secundæ,

8. Præfectus Lœtorum Batavorum Nematacensium Atrabatis Belgicæ Secundæ,

9. Præfectus Lœtorum Batavorum Contraginnensium Noviomago Belgicæ Secundæ,

10. Præfectus Lœtorum... Remos et Silvanectas Belgicæ Secundæ,

11. Præfectus Lœtorum Lagensium prope Tungros Germaniæ Secundæ,

12. Præfectus Lœtorum... Arvernos Aquitanicæ Primæ.

[21] Sybel, Die deutschen Unterthanen, p. 40.

[22] Raepsaet, Anal. hist. et critiq. des Belges, Gand, 1824, t. I, p. 75.

[23] Salvien, De gubernat. Dei, lib. V.

[24] Böcking, II, p. 1062-1064.

[25] Gaupp, op. laud., p. 556. — Mone, Urgesch. des badisch. Land. (Die Läten), t. II, p. 248, note 132.

[26] Perreciot, De l’état civil des personnes et de la condition des terres dans les Gaules, depuis les temps celtiques jusqu’à la rédaction des coutumes, 1786, 2 vol. in-4°, t. I, liv. IV, p. 322 et suiv. — Pardessus, Loi salique, p. 471 et suiv.

[27] Du Cange, Glossarium mediæ et infimæ latinitatis, Leti seu Læti.

[28] Du Cange, Glossarium mediæ et infimæ latinitatis, Leti seu Læti.

[29] Godefroi, Cod. Théod., VII, tit. 20, loi 10.

[30] Raepsaet, Œuvres, t. III.

[31] Böcking, De Lœtis, II, p. 1030.

Par Lutece - Publié dans : Livres/Romans - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Mercredi 15 mai 2013 3 15 /05 /Mai /2013 19:21

Un personnel varié vivait de la navigation fluviale. Débardeurs, conducteurs de trains de bois flotté et haleurs appartenaient aux catégories les plus humbles. Les derniers surtout, qui s'attelaient aux cordages des bateaux et suaient sang et eau sur les mauvais sentiers doublant les voies d'eau. Il est à noter d'ailleurs qu'à l'époque gallo-romaine, seul les hommes tiraient les embarcations, du moins aucun document figuré représentant des animaux effectuant ce travail ne nous est-il encore parvenu. 283.jpg

La fonction exacte des utriclaires (utriclarii) demeure imprécise. Il devait fabriquer des outres utilisées non seulement pour transporter du vin et de l'huile mais aussi pour soutenir les radeaux. Si les utriclaires sont mentionnés dans les grands ports de Lyon, Arles et Narbonne, on les rencontre aussi à proximité de cours d'eau modestes où ils assuraient vraisemblablement un service purement local. À Cimiez, un patron de corporation d'utriclaires offre et dédie une statue de Mercure, affirmant ainsi son appartenance à la classe des notables.

Entrepreneurs de transports par radeaux et par bateaux à fond plat (rates), bateliers chargés de la conduite des embarcations et passeurs pour bacs, ressortissaient de la catégorie des ratiarii.

Les nautes, c'est à dire les bateliers, armateurs et entrepreneurs de navigation fluviale, jouaient un rôle prépondérant dans les relations commerciales en Gaule. Quand on sait que sous l'empereur Dioclétien (284-305), le transport par voie d'eau coûtait, selon la nature de la cargaison, cinq à dix fois moins cher que l'acheminement par la route, on mesure mieux toute la puissance de ces bateliers. Souvent investis de la charge de sévir augustal, les nautes s'enrichissent par le négoce. À Paris, sous le règne de Tibère (14-37), ils offrent un pilier «aux frais de la communauté».

Les inscriptions les mentionnant, particulièrement nombreuses à Lyon, attestent que la ville était bien le port fluvial majeur de toute la Gaule. À l'exception de Paris, les nautes s'affirment bateliers d'un fleuve ou d'une rivière bien précis. Ainsi sont connus les nautes de la Durance à Arles, les nautes de l'Ardèche - qui ont des places réservées à l'Amphitéâtre de Nîmes - les nautes de la Loire, de la Moselle, de l'Aar à Avenches, du Rhône et de la Saône à Lyon.

Par Lutece - Publié dans : La Gaule Romaine - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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