Vendredi 1 août 2014 5 01 /08 /Août /2014 11:04

L’édification de l’église en hommage à Saint Sigismond étant achevée, le petit-fils de Theudoald continua l’œuvre de son aïeul. Au lieu des cabanes qui, jusqu’alors, avait abrité les pèlerins venus des localités voisines, il construisit quelques maisons puis en fit élever d’autres, la renommée du saint grandissant. Bientôt, un village entier entoura l’église, qu’on appela Puits de Saint Sigismond, puis Saint Sigismond. Au XVe siècle, cette localité avait acquis de l’importance, et sur son territoire s’étaient élevés plusieurs fermes et petite-fiefs. Ce fut alors que Louis de Saint-Simon, conseiller et chambellan de Louis XII, sollicita et obtint du roi, en novembre 1498, la création de deux foires par an et d’un marché par 0212.jpg semaine, en faveur « du lieu de sainct Simon qui est, disent les lettres-patentes, ung beau lieu et villaige assis en bon pays et fertil. » Ne cessant de guérir les fièvres depuis le VIème siècle, le puits de Saint Sigismond était placé sous le maître autel dont on soulevait le tablier lorsqu’on voulait puiser de l’eau, au moyen d’une corde qui, frottant sur la margelle, a laissé dans la pierre des traces profondes. Ruinée et reconstruite plusieurs fois, elle fut en dernier lieu démolie presque en entier par les calvinistes, le puits ne faisant dès lors plus parti de l’église et demeurant enclos par des ruines qui furent vendues en 1791 et servirent à édifier quelques maisons.

Chaque année, le 1er mai, fête de Saint Sigismond, la procession sortait de l’église par la porte principale, traversait la cour du prieuré, et entrant dans les ruines par une porte percée au nord, faisait une station au lieu vénéré. Tous les pèlerins et gens du pays suivaient le clergé, et en passant devant le puits, les femmes y jetaient une épingle, afin de se préserver les fièvres. En 1775, le curé de Saint Sigismond, s’élevant avec force contre cette pratique superstitieuse, obtint de Monseigneur de Jarente la défense de faire la station accoutumée au mois de mai ; et les trois dimanches précédents, on lut cette proclamation en chaire. Mais deux marguilliers et la foule transgressant l’injonction, de Jarente et l'intendants de la province ordonnèrent de combler le puits, la tâche étant confiée à Mathieu Pinsard, fermier à Chan et syndic de la paroisse. Il y renonça lorsque, après avoir fait jeter dans le puits la charge de vingt grandes voitures, en pierre et en immondices, il reconnut que le sol ne s’était élevé que de 2 mètres. On dit même qu’ayant, à l’aide de six chevaux, arraché du massif de maçonnerie le couronnement du puits, il ne put parvenir à la traînée hors des ruines. Le peuple cria au miracle, et la sédition fut près de renaître, le calme ne revenant dans la paroisse que lorsque le couronnement eut été rétabli sur sa base.

 

 D’après... Légende de l’orléanais paru en 1846

 

Source : La France pittoresque N° 44

Par Lutece - Publié dans : Histoire de France - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Samedi 19 juillet 2014 6 19 /07 /Juil /2014 17:34

Les débuts du christianisme furent agités par de vives discussions dogmatiques, surtout dans les champs christologique*  et trinitaire** (comment comprendre les paroles du Christ qui se dit fils de Dieu et fils d’une femme, et qui annonce la venue de l’Esprit divin ? Est-il avant tout Dieu, avant tout homme, homme et Dieu à part égale ? Quels sont les rapports qui existent entre lui, le Père et l’Esprit ?)

Les réflexions, les débats, les recherches ont parfois débouché sur ce que l’on appelle des hérésies (du grec hairésis, « choix, opinion, inclination »). Mais il faut savoir que ces dernières n’ont commencé être considérées comme telles qu’après de longs débats, souvent pacifiques ; que certains évêques, dont nul n’aurait contesté la légitimité ont professé telle ou telle d’entre elles ; et que ces courants, dont certains auraient pu devenir majoritaires, n’ont finalement été rejetés comme hérétiques qu’à l’occasion de conciles, à la majorité des votants.

Ce fut le cas de l’interprétation professée vers 320 à Alexandrie par le prêtre Arius, selon laquelle des trois personnes de la Trinité divine, seul le père est éternel, inengendré, tout-puissant, et possède la transcendance absolue. Le Christ, sa première créature, ne participe pas de la même identité ni de la même éternité divine, il n’a qu’une divinité déléguée. Cette doctrine fut condamnée en 325 par le concile de Nicée qui fixa, presque une fois pour toutes, l’acte de foi du chrétien (dit symbole de Nicée) : « Jésus-Christ, fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles, vrai Dieu du vrai Dieu, engendré et non créé, consubstantiel au Père. » Les débats ne furent pas clos pour autant, notamment sur la validité du concept de consubstantialité. Certains empereurs, comme 0211.jpgConstance II et Valens, tendirent à une forme nuancée de l’arianisme, que condamna définitivement le concile convoqué en 381 à Constantinople par l’empereur Théodose. Mais entre-temps, la doctrine avait été transmise aux barbares Goths par Ulfila, l’un des leurs, initiée lors d’un séjour dans l’Empire romain d’Orient et qui, revenu chez les siens avec le titre d’évêque vers 350 leur avaient prêché l’Évangile traduit en langue gothique.

Sans doute cette traduction et la pratique du liturgie célébrée dans leur langue explique-t-elle le succès de l’arianisme chez les Goths, qui en firent un marqueur de leur identité et qu’ils transmirent, au rythme de leur migration vers l’ouest (jusqu’en Aquitaine pour les Wisigoths, en Italie pour les Ostrogoths), aux autres peuples barbares avec lesquels ils entrèrent en relations diplomatiques ou matrimoniales : Vandales, Suèves, Burgondes et même Francs.

Ce sont sant doute des émissaires goths, probablement ostrogoths, qui instillèrent l’arianisme à la cour de Clovis Ier, et obtinrent la conversion de Lantechilde, l’une des sœurs du roi franc. Toutefois, Grégoire de Tours raconte que celle-ci se convertit à la vraie foi sitôt après le baptême de son frère et qu’elle fut à cette occasion ointe du saint chrême. Il n’était pas nécessaire en effet qu’elle fut baptisée de nouveau puisque, comme tout arien, elle avait déjà subi le rituel de la purification. En revanche, il était essentiel que par l’onction, elle exprima son adhésion au Credo nycéen et au principe de l’égalité du Père, du Fils et de l’Esprit.

 

 

*relatif à la nature du Christ

**relatif aux liens existants entre les trois personnes de la Trinité

 

Source : Religions & Histoire N° 41

Par Lutece - Publié dans : Catholicisme / Religion - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Lundi 9 juin 2014 1 09 /06 /Juin /2014 08:01

Au début de 286, avant d'aller affronter les barbares du Rhin et de la mer du Nord, le César Maximien eut à combattre en Gaule des paysans et esclaves révoltés.


Mamertin, contemporain des événements et auteur des deux panégyriques de Maximien, en 289 et 291, évoque sans les nommer les monstra biformia qu'étaient ces rebelles, "laboureurs devenus fantassins, bergers mués en cavaliers", dévastant les campagnes 0207.jpg à la manière des barbares. Leur nom celtique de Bagaudes, peut-être dérivé de bagad, "combat", n'apparaît que dans la seconde moitié du IVe siècle, tant chez Aurelius Victor, pour qui les Gaulois appellent ainsi des bandes de paysans mêlés à des latrones, que chez Eutrope et dans la chronique de saint Jérôme, où les Bagaudes sont seulement des rusticani révoltés. Dans des textes hagiographiques beaucoup plus tardifs, les Bagaudes, paysans et esclaves soulevés par la misère et supposés chrétiens, réapparaissent : l'une des Passiones de Saint-Maurice-d'Agaune, abbaye située près d'Octodurum (Martigny), œuvre rédigée entre 475 et 500, ainsi surtout que la Passio des Saints Martyrs de la légion thébaine, écrite par Sigebert de Gembloux au XIe siècle, relient les Bagaudes à la présence du César Maximien dans les Alpes Pennines, à Octodurum : là, les soldats chrétiens de la légion thébaine, venue d'Orient, refusèrent de leur faire la guerre et furent exécutés sur l'ordre de Maximien, récit repris par l'auteur, au XIe siècle aussi, de la vie de saint Babelon, abbé de Saint-Maur-des-Fossés au VIIe siècle.

Si ces textes tardifs s'inspirent sûrement des souvenirs de la grande persécution contre les chrétiens, de 304 à 311, et de la grande révolte des Bagaudes du Ve siècle en Armorique et en Aquitaine, où ces rebelles avaient suscité la sympathie de saint Germain d'Auxerre et de Salvien, il reste que, d'une part, les noms des deux chefs bagaudes, Aelianus et Amandus, donnés par Aurelius Victor, Sigebert de Gembloux et l'auteur de la Vie de saint Babelon, sont reproduits par huit monnaies, d'authenticité douteuse cependant, et que, d'autre part, la Vie de saint Babelon mentionne un castrum bacaudarum dont huit documents des Ve-VIe siècle attestent l'existence à Saint-Maur-des-Fossés, sans qu'on puisse savoir s'il s'agit d'un fort occupé par les Bagaudes de 285-286 ou par ceux du Ve siècle.

Pour tenter de comprendre les Bagaudes, il faut se replonger dans la société gallo-romaine du IIIème siècle. À cette époque l’Empire a connu depuis longtemps son apogée et s’est replié sur des frontières plus faciles à défendre, le Danube et le Rhin. Mais sa richesse attire toujours autant les peuples voisins : à l’est, les Goths, allié envahissant, accentuent leur pression. Au sud, les Maures multiplient des razzias. Et à l’intérieur, l’instabilité gagne. Une période d’« anarchie militaire », se déroula suite aux assassinats des empereurs Sévère Alexandre en 235 et Carin en 285, année qui voit Dioclétien accéder officiellement au trône et restaurer la stabilité. Cette période d’un demi-siècle verra plus de 60 prétendants se disputer le pouvoir, lever des armées, annexer des provinces.

Entre 260 et 274, il existe même des « empereurs » gaulois dans une Gaule indépendante.

Les querelles de ces braves gens ruinent l’économie et affaiblissent le tissu social, tant à l’intérieur qu’aux frontières de l’Empire.

Les légions sont mobilisées pour s’entre-déchirer et la sécurité dans les campagnes n’est plus qu’un souvenir. Les raids germaniques de 276 et une piraterie croissante sur le littoral de la Manche conduisent à l’abandon de nombreux villages et la fuite des habitants vers les forêts. C’est dans les années 280 à 300, par exemple, que les ateliers de salaison installée sur le site de l’actuelle ville de Douarnenez (Finistère) cesse de fonctionner et que le sanctuaire gallo-romain du Haut Bécherel (Côtes-d’Armor), élevé à la fin du premier siècle, est abandonné et incendié. En 312, un notable d’Augustodunum (Autain, Saône-et-Loire), dans un discours voué à remercier l’empereur Constantin d’avoir allégé les impôts de sa ville, rappelle que nombres de ses concitoyens ont été réduits, dans les années précédentes, « à se cacher dans les bois ou même à partir pour l’exil ».

Cette crise politico-économico- militaire se déroule à un moment de mutation sociale. L’édit de Caracalla, en 212 a fait de tous les hommes libres de l’Empire des citoyens romains... mais pas égaux pour autant. En réalité, la société est, depuis longtemps déjà, scindée en deux. D’un côté, la classe des « honestiores » (sénateurs, chevaliers, militaires, fonctionnaires, prêtres et leurs familles) : ils détiennent les postes-clés, la richesse et le pouvoir. Leur position les exonère de l’impôt et leur permet d’être jugé par des tribunaux spéciaux. De l’autre côté, l’immense majorité de la population, les « humiliores » : est soumise à l’impôt, les corvées et les droits civils réduits. Il leur était interdit de détenir des armes, de changer de domicile ou de métier. Il existe enfin une troisième et une quatrième classe sociale, souvent négligées : celle des citoyens déchus pour dettes et celle des esclaves. Evariste-Vital_Luminais-Pillards_gaulois.jpg

                                          Pillards Gaulois, par Evariste-Vital Luminais


 Il est intéressant de préciser les régions gauloises concernées par ce soulèvement de petits paysans ruinés, d'esclaves et de colons des grands domaines émancipés à la suite des invasions du IIIe siècle, rusticani que vinrent rejoindre et encadrer des latrones et des soldats déserteurs, tels apparemment Aelianus et Amandus ? Comme les Bagaudes furent les premiers ennemis que combattit, pour gagner le Rhin, Maximien qui était à Mayence en juin 286, il est probable qu'ils sévissaient surtout dans les régions où débouchaient les routes qui, par les cols des Alpes et du Jura, menaient d'Italie en Gaule, régions d'ailleurs sillonnées par les invasions alamanniques depuis 254 et, en 186 déjà, par les bandes de l'ancien soldat Maternus, pillant les campagnes et même attaquant les villes. Là effectivement, le brigandage était endémique à la fin du IIIe siècle, attesté tant par un praefectus arcendis latrociniis institué par la cité de Nyon que par le nombre des trésors monétaires enfouis avec des monnaies terminales de Dioclétien-Maximien dans la région de Genève et, du côté gaulois, dans la Franche-Comté et les départements de l'Ain, de la Saône-et-Loire, de l'Yonne, de la Nièvre, enfin de l'Isère et de la Drôme, c'est-à-dire aux abords des routes allant d'Italie soit vers Lyon et Vienne, soit, par Besançon, vers Chalon-sur-Saône et Autun, d'où partaient les routes de l'Ouest et de la basse Seine, vers le castellum bacaudarum de Saint-Maur-des-Fossés, sur la Marne, à l'entrée de Paris.

Le vaste secteur routier d'au-delà des cols des Alpes occidentales devint le tractus de la Gallia riparensis organisé militairement en duché très tôt : d'après ce qu'il en reste dans la Notice des Dignités, il correspondait au débouché des routes alpines entre le lac de Genève et Marseille, la partie septentrionale dépendant d'un duc de Séquanique, lequel n'avait plus, alors, qu'une petite garnison à Besançon, comparable à celles de Milites distribuées dans les provinces des Lyonnaises à l'ouest de la Saône, sans doute parce qu'au cours du IVe siècle le brigandage était resté très actif dans la zone alpine et sa périphérie.

Maximien ayant soumit les Bagaudes en quelques mois, il reçut, dès avril 286, peut-être même plus tôt , le titre d'Auguste qui consacrait ses succès, il est probable néanmoins que cette rapide soumission fut incomplète et que le César se borna à rétablir des communications sûres dans la région de l'axe Rhône-Saône-Rhin, en guerroyant contre les bandes d'Aelianus et Amandus qui avaient réussi à s'imposer avec le concours des latrones locaux. Vaincus, les deux chefs bagaudes furent abandonnés par les rusticani, puisque Mamertin vante la clémence de Maximien envers ces misérables rebelles. Vainqueur, le César ne chercha même pas à atteindre, par les routes de l'Ouest qu'il avait rouvertes, le littoral gaulois dévasté par les pirates saxons et francs, dont Dioclétien avait confié la défense à un officier originaire de Belgique Seconde, le Ménape Carausius, probablement déjà investi par l'empereur Carin du commandement de ce tractus étendu aux côtes de Bretagne. Il s'empressa de pénétrer en Germanie Supérieure pour y lutter contre des barbares — Aelianus et Amandus avaient-ils essayé de les refouler ? — qui sont vraisemblablement des Alamans, car Maximien était à Mayence en juin 286.


Il est amusant de noter qu'à l'issue d'une des dernière bagaude menée en Gaule centrale en 448, par un médecin nommé Euxode, vaincu, celui-ci se réfugia à la cour d'Attila... 

 

Sources : www.theatrum-belli.com / Guerre et Histoire N° 18

Par Lutece - Publié dans : La Gaule Romaine - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Lundi 2 juin 2014 1 02 /06 /Juin /2014 06:34

À la fin du IIIème siècle, Maximilien Hercule envoya à Agaune (aujourd’hui en Suisse) une légion venue de Haute Égypte pour renforcer l’armée impériale qui allait combattre en Gaule.

Le défilé rocheux d’Agaune était un endroit stratégique, conduisant au Grand Saint-Bernard et permettant de franchir les Alpes.

La légion était composée de chrétiens. Elle avait à sa tête un dénommé Maurice. Arrivé sur les lieux, Maurice reçu l'ordre de tuer les habitants récemment convertis au christianisme, d’une ville située aux abords d’Octodure (Martigny). Ce copte, fidèle à sa foi, refusa catégoriquement de ce livrer à un tel crime.

L’ordre fut alors donné de massacrer Maurice, ces officiers Candide et Exupère, ainsi que tous leurs soldats.0208c.jpg 

                          Le Martyre de Saint Maurice par Le Greco

               Peinture sur toile (1582) - Escurial, Monastère de San Lorenzo


  0208.jpg  

 

En 515, Sigismond établit officiellement à Agaune, une abbaye vouée à la laus perennis, la louange perpétuelle de Dieu, et aux cultes de Saint-Maurice et des martyrs de la légion thébaine. Auparavant, une basilique avait été fondée sur cet emplacement par Théodule, évêque du Valais qui, d’un songe, avait vu l’endroit où, reposaient les dépouilles de Maurice et ses compagnons.

Protégé par les souverains burgondes, les papes et les comtes de Savoie, l’abbaye reçut en don de précieux reliquaires qui constituèrent un trésor exceptionnel. Saint patron du Saint Empire romain germanique, saint-Maurice fut vénéré au Moyen Âge par les plus grands souverains d’Occident, pour lesquels il offrait le modèle idéal du chevalier chrétien.

Les pièces les plus spectaculaires du trésor sont celles du premier millénaire, qui n’ont plus d’équivalent en France pour les périodes mérovingiennes et carolingiennes. Parmi celle-ci, le vase dit de Saint-Martin, qui servit de reliquaires au sang des martyrs thébains, offre un rare exemple d’orfèvrerie de la période mérovingienne : il s’agit d’un magnifique vase de Sardoine antique qui fut remonté, probablement au début du VIème siècle, avec une monture de grenats cloisonnés réhaussé de saphirs et d’émeraudes.Vase St Martin

On trouve également une représentation de la scène du martyre de candide, reproduite sur la partie inférieure d’une magnifique pièce de métal représentant le beau visage (idéalisé) du saint.st-candide-face.jpg

 

 
Source : Grande Galerie, le journal du Louvre N° 27
Par Lutece - Publié dans : Peintures/Sculpture d'Histoire - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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Lundi 26 mai 2014 1 26 /05 /Mai /2014 07:30

Le baiser


L’instant solennel du baiser est enfin arrivé. Ah, ce baiser ! On l’appelait encore la « petite bouche » : osculum. Chez les Romains, Ovide lui-même il décelait une atteinte à la chasteté des vierges. À l’époque de Willi, il est entré dans les mœurs. Oh, ce n’est pas un baiser sur la bouche à la façon d’Hollywood ! C’est une simple bise très pudique sur la joue, mais un acte capital.

Afin de protéger la femme de tous les harcèlements sexuels menus et grands dont les Franks étaient coutumiers, la loi salique frappée d’amende les coureurs de tous poils : pressez la main (ou simplement le doigt) d’une femme libre coûtait quinze sols d’or. Si la main de l’audacieux s’égarait au-dessus du coude, c’était trente-cinq sols, si elle avait explorer le sein de la dame, l’amende montait à quarante-cinq sols ! On imagine que voler un baiser était un délit ou... Un engagement.

L’empereur Constantin en 336 avait décrété que c’était un commencement de consommation du mariage. Willi et Dagoulf ont pu trouver la même idée dans le roman grec Les aventures de Leucippe et Clitophon (écrit un siècle et demi auparavant par Achille Tatios) : « la fiancée est déjà épouse par le baiser. » Pour les Mérovingiens, ce baiser furtif est, plus qu’une preuve de tendresse, un acte juridique exprimé de cœur et de bouche. Si Dagoulf était mort avant ce baiser, Willi n’aurait eu droit à aucune compensation. Maintenant, si Dagoulf disparaît pendant la période des fiançailles, la jeune fille gardera la moitié de sa « dotation ».

En tout cas, avec le paiement des arrhes, la signature de grands témoins du libelle de dot, la remise de l’anneau et le baiser, Willi a changé de famille.

Les formalités sont achevées. Chez les aristocrates riches comme Willi, elles sont suivies d’un banquet.

 

Le banquet


Notre informateur ne nous dit rien de la fête qui a, selon la tradition, suivi la cérémonie, mais, dans d’autres poésies, il nous a révélé quelques-uns des plats à la mode et « la charmante incertitude [devant] les mets [qui] se multiplient, se confondent et arrivent de tous les côtés. Lequel attaquait d’abord ? »

Dans un repas solennel comme celui de la jeune Parisienne, on peut servir des asperges bouillies arrosées de miel, des moules, un porc farci dont les quartiers sont « dressés en forme de montagne », en dessert, des crêpes -« de la farine, des eux battus dedans, des dates, des olives » -servies toutes brûlantes encore dans la poêle. Les dames boivent du vin cuit, les hommes ont un faible pour le « vin biturige », c’est-à-dire le Bordeaux, mais le poète, qui s’en désole, note que Dagoulf préfère la bière, une boisson obtenue avec des grains d’orge germés, grillés au feu de bois et macérés longuement dans l’eau.

Un romancier scrupuleux nourrit de tous les textes, de toutes les chartes, de toutes les Vies des Pères, des martyres et des confesseurs, lecteur attentif des miracles et observateurs de leur décor, n’aurait aucun mal à imaginer la scène à partir d’une poussière de détail, à travers des bribes de témoignages ou des comptes rendus de fouilles archéologiques. Il nous montrerait la « salle » (comme disent les Franks dans leur langue) avec les invités qui s’installa table, les esclaves, les vieux serviteurs portant fièrement la calotte ronde des affranchis, l’orchestre avec les joueurs de tibia et les harpistes qui commencent à zonzonner. Mais nous n’avons aucune indication sur le banquet des fiançailles de Willi. Disons simplement que ces festins étaient interminables. Commencés vers neuf heures du matin, ils pourraient se prolonger fort loin dans la nuit. Les jeunes gens avaient coutume de s’y déchaîner, d’y chanter d’« infâmes fescennies », c’était à qui racontera l’histoire la plus salace.

En revanche, notre poète nous révèle que les fiançailles de la jeune Parisienne ont duré un an.

 

Le mariage


Willi a donc quatorze ans lorsqu’elle se marie dans le Poitou. Un mardi soir ou un jeudi à la tombée de la nuit, si la tradition a été respectée. Insistons, c’est une petite cérémonie que le mariage. La famille de la jeune fille offre une dote à la veille des noces, c’est sa contribution au patrimoine du ménage. Puis on rédige un autre acte, la carta traditionis, c’est-à-dire la « charte de la remise de la fille » (traditio puellae), les assistants prennent part ensuite à un banquet, offert cette fois par la famille poitevine. Enfin, coutume ultime, le franchissement du seuil de la chambre. Hymen, Ô hyménée. Curieusement, ce n’est pas dans les bras de son mari que la jeune épousée accomplie ce dernier rite mais porté par un de ses proches parents. Enfin, écrit sans détour notre poète informateur :

_Elle joint son corps à lui dans le lit conjugal, mais plus que son corps, elle lui donne son cœur.

Après la nuit de noces, la jeune Mérovingienne reçoit en échange de sa virginité, selon la tradition des Franks, un « don du matin ». Nous ne savons pas si Willi a reçu un don de son mari poitevin. Par rapport aux fiançailles si importantes, cette cérémonie marque surtout la consommation de l’union.

 

Le mariage est civil


N’y a-t-il donc pas de prêtre, ni aux fiançailles ni au cours de cette cérémonie sommaire 0205.jpg ? Non. Si le mariage, en tant qu’institution, intéresse l’église qui égrène interdit et quart d’inceste, il n’est pas encore considéré comme le VIIème sacrement et le mariage religieux n’existe ni chez les Romains, ni chez les Mérovingiens, ni chez les Carolingiens. En 866 encore, le pape Nicolas Ier l’écrira : « la bénédiction nuptiale avec le voile n’est pas nécessaire. Il n’y a d’essentielles que le consentement mutuel entre époux. »

Le mariage est donc civil. Le libelle de dot de Willi a été enregistré à la municipalité aux Gesta municipalia. Mieux : il est conseillé de remplacer le notaire par le premier magistrat de la ville, le defensor, et la cérémonie bénéficie alors d’un lustre officiel.

Dans des familles pieuses comme celle de Dagoulf et de Willi, l’union des jeunes gens a pu être néanmoins couronnée par une bénédiction. Le poète ne nous le dit pas. En ce cas, Willi les cheveux couverts d’un voile rouge, sera allé s’agenouiller avec Dagoulf sous un petit drap blanc – la palla -tendu par quatre témoins. Ainsi faisaient et font les juifs.

 

La vie de Willi


Le mariage est heureux, la conversation des jeunes gens est une fête de bons mots, Willi et généreux et secours les pauvres, mais la première année se passe sans grossesse. La deuxième année, Willi à des espérances et elle a dix-sept ans lorsqu’elle accouche. C’est le moment le plus dangereux de la vie d’une femme du VIème siècle, il est fatal à la petite parisienne qui aimait tant rire.

_ Elle était dans sa fleur et le temps pouvait attendre mais une fin prématurée brisa cette vie décente, nous dit le poète.

Le nouveau-né, un garçon, lui survivra pas et l’écrivain à ce mot terrible : « il était né dans la bouche de la mort. » C’est par le chant funèbre commandé par Dagoulf au poète Venance Fortunat que nous connaissons la petite parisienne à « la silhouette tendre ». Le mari se consolera à la bière. Ce qui lui vaudra plus tard cette apostrophe amicale de notre poète qui était italien et aimait le bon vin : « Que la triste cervoise et les impuretés qu’elle dépose fassent crever Dagoulf. Qu’il en devienne hydropique ! Que celui qui empoisonna ainsi l’eau naturelle ne rafraîchissent son stupide gosiers que de cette désagréable boisson. »

 

Source : Les Mérovingiennes, Roger-Xavier Lantéri  éd. Perrin

Par Lutece - Publié dans : Les Mérovingiens - Communauté : L'HISTOIRE DE FRANCE
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